LK PRIX DU SANG
Ce serait un terrible tableau à présenter aux méditations de l'homme que le récit des expiations réservées aux traîtres; car heureusement il a été donné à bien peu de ces misérables de profiter du prix de leur perfidie et de leur lâcheté; perdus de remords, poursuivis par de sanglantes visions, voués à l'exécration de tous, ils sont bientôt retombés dans la misère, d'où le prix du sang les avait peut-être un instant fait sortir.
C'est 16 , il faut le reconnaître, une éclatante sanction des vengeances divines, un terrible enseignement que les traîtres de toutes les époques , de toutes les nations et de tous les partis ne devraient jamais oublier.
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Deux hommes onl vendu Paul Didier, Sert el Balmain ; oublions Dusserl et Durif ; nous n'avons pas la force de les accuser; ils avaient été trompés par Didier; il s'agissait pour eux de la vie, et d'ailleurs , ils n'ont pas, que nous sachions , pris leur part de la récompense promise par le ministre de la police, à celui qui livrerait mort ou vif le chef de l'insurrection de Grenoble.
Que sont donc devenus Sert et Balmain ? Sert, qui d'abord n'avait demandé que la vie sauve pour ses deux parents, exigea bientôt après le prix de la dénonciation dont Balmain vint lui disputer encore l'honneur et les profits. Ce qu'il fit après cela, les lignes que voici nous l'apprendront. Ce sont quelques passages d'une supplique adressée en 1828 au ministre de Tintérieur : nous en respecterons scrupuleusement tous les termes.
J'étais bien loin do prévoir qu'une action commandée par mon zèle allait devenir pour moi et ma famille une source de persécution et de ruine : qu'il me faudrait abandonner une propriété qui valait au moins 45,000 fr., pour aller régir une perception dans le département de la Nièvre, pour m'élolgner de mes nombreux ennemis.
A la vérité, elle me fut confiée très généreusement ; je fus dispensé de verser mon cautionnement en entrant en fonctions ; elle m'offrait un revenu de l,800fr. mais qui, àchaque exercice, diminuait de 40 à 50 fr. par la réduction des contributions. Le peu qui me restait ne pouvait plus faire substituer ma nombreuse famille, qui est de six enfants, et veuf que je suis.
Considérant alors que j'avais abandonné une propriété assez considérable, que dix années s'étaient écoulées depuis ma triste expatriation , et qu'après un si longtemps je n'aurais peut-être plus
d'ennemis au pays, ces malheureux motifs m'ont décidé, les larmes aux yeux, à dire adieu à mes très honorables et respectables chefs et à mes braves contribuables.
A mon retour, j'ai trouvé mes bâtiments en ruine, mes forêts dévastées, mes propriétés usurpées, et les plus grands malheurs et la persécution ont recommencé pour moi, comme en 1816.
Ma position est telle, Monseigneur, que je suis forcé de me tenir à l'écart et toujours isolé comme celui qui a fait un grand crime. Voilà douze mois que je n'ai pas pu assister au saint sacrifice de la messe.
On d'en prend à tout ce qui m'appartient ; mes enfants sont souvent maltraités ; c'est ce qui les force à me faire de sanglauts reproches pour avoir fait arrêter un brave homme que tout le monde regrette, sans que les Bourbons m'en aient aujourd'hui aucune obligation.
J'avais longtemps ignoré que la faction avait établi son quartier général au Bourg-d'Oisans depuis le mois de novembre 1815 jusqu'au mois de mai 1816. Après avoir échappé à la recherche de la police de Lyon qu'il voulait aussi révolutionner, et au grand mépris des lois il vient continuer sa conspiration en présence de tous les fonctionnaires publics du lieu, maires, notaires , receveurs de l'enregistrement, percepteurs, qui s'étaient coalisés avec lui, trahissant leur roi et leurs serments ; ainsi, jugez des autres.
Cela n'empêcha pas que Monseigneur le Dauphin fut reçu aux cris de vive le roi\ lorsqu'il passa au Bourg-d'Oisans, après cet événement.
Les perfides l'ont fait coucher dans le lit où le pertubateur avait couché pendant six mois. Le prince clairvoyant dit à son hôte que c'était ici le foyer de la conspiration ; mais l'hôte nia le fait ; et le bon prince n'a pas été loin qu'ils en ont fait une risée ensemble : voilà l'esprit des habitants du pays que j'ai le trop grand malheur d'habiter : jugez le bien qu'ils me veulent.
Sans compter ses enfants qui habitent Grenoble, et qui sont aussi témoins que mon attachement sans bornes à la légitimité et au repos public m'a poussé à conduire leur père entre les mains de la justice,
et sur l'échafaud où il a perdu la vie , pourront-ils jamais me le par donner ?
C'est dans cette position , Monseigneur, que je me vois forcé do solliciter un prompt et dernier secours du gouvernement paternel, soit qu'on veuille me rembourser la valeur de ma propriété, que j'abandonne au gouvernement à 30 pour 100 au-dessous de sa valeur réelle, d'après l'estimation qui en sera faite à mes frais , et avec ce qui pourra me revenir, j'irai avec ma famille, loin de mes ennemis.
Monseigneur, si ce n'est pas en votre pouvoir de m'accorder uu prompt secours, que l'humanité, la grande justice, la saine politique réclament, il vous sera très facile d'en donner connaissance au roi : il a promis qu'il n'abandonnerait pas ceux qui le soutiendraient : s'il m'abandonne, H ne serait pas Adèle dans ses promesses, il serait injuste et barbare envers ses sujets. Mais, avec autant de confiance que d'amour, j'espère qu'il sera fidèle dans ses promesses; Sa Majesté ne pourra jamais trouver une plus belle occasion de le prouver.
Cette curieuse pièce est le dernier souvenir , la dernière trace que nous ayons trouvée du nom de Jean-Baptiste Sert. On devinera facilement la triste fin que pouvaient faire présager de pareils aveux.
Les voyageurs qui ont visité les montagnes de la Maurienne, vous raconteront qu'il y a peu de temps encore, un homme errait à St-Sorlin-d'Arves , en proie aux hallucinations terribles que les remords allumaient dans sa raison depuis longtemps perdue ; la femme de ce malheureux était morte pendant un voyage qu'il avait fait jusqu'à Paris pour y mendier le prix d'une trahison auquel il croyait avoir droit etqui ne lui fut point accordé; ses deux enfants avaient été forcés de fuir, l'un après l'autre, un pays où le nom de leur père était un sanglant
reproche, une cruelle injure : ils étaient morts aussi , misérablement tous deux. Alors, rebuté de tous, maudit par tous, presque sans asile, cet homme était devenu fou; et, dans chaque étranger qui passait devant sa porte, il croyait voir encore celui qui, souffrant et proscrit , était venu un soir lui demander asile....
Cet homme était l'aubergiste Balmain.