PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX
A un double titre, comme président de la Société médicale des hôpitaux et comme médecin de l’hôpital de la Charité, ma place était marquée auprès de cette tombe prématurément ouverte pour venir saluer d’un dernier adieu notre collègue Paul Duflocq.
La mort semble, à la fin de cette année 1903, s’acharner sur notre corps médical des hôpitaux. Hier c’était Proust que nous conduisions à sa dernière demeure, aujourd’hui c’est Dullocq. Mais, tandis que le premier disparaissait, comblé d’honneurs et de distinctions, au soir d’une brillante, longue et heureuse carrière, celui que nous pleurons aujourd’hui nous a été enlevé dans la force de l’âge et d’un talent plein de promesses, par une de ces maladies qui nous font hésiter à dire si elles tuent trop vite ou trop lentement. Tout a été fait pour éviter, ou du moins retarder, le fatal moment ; mais, ni les soins éclairés que médecins et chirurgiens, ses amis, lui prodiguaient, ni la tendre sollicitude d’une épouse aujourd’hui désolée, n’ont réussi à conjurer le mal inexorable qui devait en quelques mois, à la fois bien courts et bien longs.
terrasser un organisme qui a lutté et résisté bien longtemps.
Et voilà que tout aujourd’hui s’estelTondré rjoiesdu présent, espérances de l’avenir, tout est anéanti. Et il ne nous reste plus qu’à dire en quelques mots ce que fut notre collègue, enlevé précisément à l’Age où l’on voit, d’ordinaire, se réaliser les légitimes espérances d’un succès Justifié par une science solide, fortifiée encore, à ce moment de la vie, par une expérience que le temps seul peut donner.
Ce qu’il fut, je le résumerai en deux mots : il fut un homme de travail et de devoir. Travailleur il se montra toujours: nommé le premier de sa promotion à l’Internat, plus tard chef de clinique, enfin médecin du Bureau central. Dans ces différentes fonctions, et dans les différents services qu’il occupa comme titulaire, notamment à Tenon, il a laissé le souvenir d’un laborieux qui, sans se ménager, sans compter sa peine, voulait mener de front l’hôpital et le laboratoire, la clinique et la science.
Esprit distingué, curieux, investigateur, il cherchait sans cesse à reculer les limites de nos connaissances, et, comme il était sévère pour lui-même, il arrivait rarement à condenser, en un mémoire qui lui donnât pleine satisfaction, les observations et les expériences qu’il avait, pendant longtemps, recueillies et suivies avec un intérêt toujours en éveil.
Homme de devoir, il le fut toujours et jusqu’au bout. Car ce n’est pas à une clientèle déjà nombreuse et fidèlement attachée qu’il dérobait les heures consacrées à ses études persévérantes : c’était sur son propre repos qu’il les prélevait, soucieux avant tout de faire exactement et consciencieusement son devoir, tout son devoir.
Aussi ne fallut-il rien moins qu’un mal implacable pour lui faire abandonner son service et le faire renoncer à sa visite hospitalière quotidienne. Il tenait tellement à ne priver ses malades d’aucun des moments qu’il pouvait leur consacrer, que depuis son arrivée à l’hôpital de la Charité, il y a un an bientôt, il adopta pour règle de conduite de ne jamais paraître à notre salle des médecins, craignant sans doute de s’y laisser attarder et de s’arracher difficilement aux causeries amicales qui, souvent, nous réunissent le matin pendant quelques instants.
C’est à la Charité, comme premier interne dans le service du professeur Gosselin son maître, qui fut aussi le mien, — et dont je neveux pas prononcer le nom sans lui adresser un souvenir reconnaissant, — qu’il puisa l’amour de la clinique et des malades. C’est à la Charité qu’il avait débuté; c’est là que, vingt ans après, il revenait titulaire d’un service, heureux de rentrer en maître là où il avait été élève, et d’initier à son tour ceux qui viendraient suivre son enseignement. Ce fut, hélas! pendant bien peu de temps. C’est encore à la Charité qu’il devait terminer sa trop courte carrière.
Au nom du corps médical des hôpitaux, dans lequel vous ne comptiez que des amis, et, en particulier, au nom des médecins de la Charité, je vous adresse, cher et regretté collègue, un dernier et suprême adieu !
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