‹ Paul Duvert (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Quelle est cette charmante personne ? demanda Paul rapidement et à voix basse.

— C'est, je pense, mademoiselle Thérésa Bianchi, la pupille de ma tante et ma parente à un degré assez éloigné.

— El cet imbécile en jupon !

— Je l'ignore, mai-...

En ce moment, une voix douce et tremblante d'émotion demanda si l'un de ces -icir-, n'était, pas M. Charles Laheccio. C était Thérésa qui. debout a quelques pas. semblait attendre avec une sorte d'anxiété la réponse qui allait lui être faite. Les deux jeunes gens se regardèrent avec hésitation dans ce moment décisif; mais Paul prenant bientôt son parti s'avança ver- la jeune fille et lui dit en la saluant avec plus d'aisance qu'on ne l'en eût jugé capable:

— C'est moi, mademoiselle, c'est moi qui suis Charles Laboccio ; à mon tour ne pour-

-je pas vous demander -i ce n'est pas a mademoiselle Thérésa Bianchi que j'ai l'honneur.,.

— A votre cousine, Charles, dit la jeune tille avec un abandon charmant en tendant à la fois

deux mains et sa joue au faux Labeccio; vous parlez à votre cousine Thérésa, que notre tante commune envoie au-devant de pour vous souhaiter la bienvenue.

Paul déposa un gros baiser sur les joues fraîches et pressa les deux petites mains qu'on lui abandonnait ; puis, lançant à son ami un regard oblique qui pouvait signifier : « Cela ne commence pas mal ! » il reprit avec une politesse exagérée :

— Va\ vérité, ma chère cousine.... mademoiseUe.... je suis heureux... je suis fiait, ...

— Allons, allons, mon cousin, dit la jeun a fille gaiement, laissez là les compliments avec moi ; nous savons déjà ici que vous êtes

tout franc, tout naturel; agissez avec moi comme avec une sœur...

— Eh bien, sapristie, j'aime mieux ça.

dit Paul entraîné par cette aimable simplicité; aussi je vous dirai, ma cousine, que, sans compliment, vous êtes charmante et que je vous aime déjà de toute mon âme.

Et pour ajouter le geste aux paroles, il embrassa encore une fois la jolie Thérésa, qui le laissa faire. Elle rougit cependant eu voyant les yeux du véritable Charles fixés sur elle, et Paul lui-même se mordit les lèvres avec un peu de confusion en remarquant ce témoin attentif et muet de ses transports.

— Monsieur est sans doute, demanda la jeune tille en saluant avec embarras, l'ami dont vous nous avez parlé dans votre lettre datée d'Ajaccio...

Charles s'inclina en silence.

— Soyez aussi le bien venu, monsieur, continua Thérésa; l'ami de Charles Labeccio sera vu avec grand plaisir à Casabella, et tout le monde s'efforcera de lui en rendre le séjour agréable.

— Je désire qu'il soit traité comme moimême, dit Paul d'un air jovial; il est mon ami, presque mon frère... Agissez donc, ma cousine, comme s'il était de la famille...

Et avant que la jeune fille eût le temps de s'en défendre, il la prit par la main et la força presque d'embrasser Labeccio, tout déconcerté de celle étourderie. La jeune fille se prêta en riant à cette familiarité, pendant que Paul murmurait à part lui : — Au moins il n'aura rien à me reprocher!

Pendant cette petite scène aucun des inler-

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— Bonjour, mon cher, bonjour; je vous remercie beaucoup de votre politesse, mais j e ne comprends pas bien ce que vous me dites ; ainsi vous pouvez en rester là.

Le Grec se releva vivement, et un regard oblique, aussi bien que la rougeur qui couvrit subitement son visage, laissa deviner qu'il était vivement blessé. Cependant le son de sa voix était aussi insinuant et aussi dou-

cereux qu'auparavant, lorsqu'il ajouta en grimaçant un sourire :

— Que mon jeune maître me pardonne !

je suis un dévoué serviteur de la famille Labeccio, et je prends part à tout ce qui lui arrive d'heureux! Corpo! je vois avec plaisir, avec bonheur...

Paul, sans l'écouter, avait pris le bras de sa prétendue cousine, et il se disposait à s'avancer avec elle vers la maison ; mais Césario barrait le passage sans y prendre garde, et le jeune voyageur lui dit avec impatience:

— Eh bien! l'ami, laissez-nous donc passer. Allez-vous faire comme l'individu que nous avons rencontré en haut de cette colline, et à qui il a presque fallu disputer le passage le bâton à la main? Ne seriez-vous pas fils ou parent de ceMarliani?

— Marliani ! répéta la jeune fille en tressaillant; vous avez vu Marliani? il a su que vous étiez ici? il vous a parlé?

— Il m'a dit une foule de choses que je n'ai pas comprises, non plus que M. Charles... M. Paul Duvert, veux-je dire. Mais sauriez-vous, ma charmante cousine, ce que pouvait nous vouloir ce vieux mal appris?

Thérésa examina d'un air inquisiteur les traits de Césario, qui resta impassible.

— Je l'ignore, monsieur Charles, dit-elle enfin avec embarras; mais vous, Césario, vous oubliez, je crois, que madame attend avec impatience la nouvelle de l'arrivée de son neveu? Précédez-nous ; allez lui annoncer ce que vous avez vu; une pareille mission vous sera agréable, à vous qui êtes un ami si zélé de la famille Labeccio ! . . .

Il sembla que la jeune fille avait mis dans ces paroles une sorte d'ironie qui fut parfaitement comprise de celui à qui elles s'adressaient, car Césario se mordit les lèvres, et après un salut rapide, il se dirigea vers la maison. Lorsqu'il fut à quelque distance, Thérésa pressa le bras de Paul et lui dit d'un ton mystérieux et confidentiel :

— Vous l'avez piqué, monsieur Charles, et moi-même je ne l'ai pas épargné. Peut-être, pendant le séjour que vous ferez ici, ne trouverai-je pas l'occasion de vous avertir qu'il faut vous défier de cet homme; il s'est emparé de l'esprit de ma tante, et déjà il a cherché à vous nuire auprès d'elle, vous qu'il ne connaissait pas. C'est lui sans doute qui aavertiMarlianide votre arrivée; ceMarliani est un ancien ennemi de notre famille,

et je ne sais dans quel but on a été le prévenir... Enfin, défiez-vous de Césario. Vous ne pouvez imaginer jusqu'où il a poussé ses insolentes prétentions. Mais je ne le crains plus, maintenant, et je n'ai plus de ménagements à garder ; car vous serez près de moi, vous, mon parent, mon ami, mon défenseur !

— Oui, oui, votre défenseur ! dit Paul avec une chaleur factice en regardant Charles comme pour avoir l'explication de ces paroles; mais pourrais-je savoir, mon aimable cousine, à quels dangers...

— Allons, monsieur Charles, dit la jeune fille en entraînant son cavalier afin d'échapper aux explications qu'elle prévoyait, notre tante se tourmente sans cloute de ne pas nous voir; marchons bien vite, car elle s'est

déjà sans doute bien agitée dans son fauteuil, et l'impatience serait capable de faire remonter sa goutte à la poitrine.

— Ma tante est-elle donc si âgée que déjà elle souffre des infirmités de la vieillesse? demanda Paul.

— Elle n'est pas encore très-âgée, mais ce pays est si malsain à cause du voisinage des marais, que notre parente est presque toujours malade. La goutte la quitte rarement, et, dans ses accès, elle est un peu grondeuse... Mais vous ne pouvez comprendre combien votre présence va la rendre heureuse ! Oh ! elle a sur vous de grands projets!

ta jeune fille s'arrêta tout à coup, comme si elle eût craint d'en trop dire.

— De grands projets! répéta curieuse-

ment Paul; mais vous, ma chère cousine, ne pouvez- vous me dire à l'avance...

— Nous voici arrivés ! dit Thérésa en entrant sous le porche sombre et délabré de la maison ; suivez-moi, messieurs, je vais vous montrer le chemin.

Pendant qu'elle s'engageait dans un escalier tortueux et criard, les deux jeunes gens se trouvèrent côte à côte un instant :

— Courage , dit Charles à voix basse; sou venez- vous de mes instructions.

— Ma foi, dit Paul de même, je ne comprends rien à tout ceci ; mais notre cousine est charmante, et le diable m'emporte si je ne suis pas enchanté du marché.

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