CHAPITRE XIII
— Si je ne me trompe, monsieur, reprit Anna, ce qui a surtout excité la sévérité de mon père et par suite la vôtre à l'égard de cet étranger, c'est le silence absolu qu'il a gardé sur la cause de son séjour ici et sur les
^ 224 — démarches qu'il a faites pour pénétrer dans nos ateliers. Mon père et vous, préoccupés de cette pensée que ce jeune homme ne pouvait avoir que de- mauvais desseins, vous n'avez pas songé qu'on pouvait trouver à ces allées et ces venues, sans doute un peu singulières, une autre explication plus simple peut-être...
La jeune fille s'arrêta avec embarras et rougit en baissant les yeux.
— Et cette explication....
— Ecoutez, reprit Anna en faisant un effort sur elle-même pour continuer, je sens bien qu'il n'est peut-être pas très-convenable que j'aie fait l'observation que je m'en vais vous communiquer; mais les circonstances sont assez graves pour que jesorte un peu de la réserve ordinaire aux jeunes filles, et je
. suis surprise que ni mon père ni vous n'ayez songé que... l'amour, peut-être, était laseule
cause des démarches de ce jeune homme qui ont tant excité de soupçons !...
— L'amour, dites-vous? En effet cette idée....
— Je me trompe peut-être, mais il faut prévoir toutes les possibilités avant d'arriver à celle d'un crime. Ne serait-il pas possible donc, qu'après s'être arrêté un jour en passant, lui voyageur et curieux, devant la porte de la cour, il ait aperçu par hasard une jeune fille qu'il ne cherchait pas et qu'il ne connaissait pas; que cette jeune fille ait fait sur lui quelque impression, et que depuis ce jour le voyageur se soit fixé dans le pays et ait cherché à revoir la jeune fille dont la vue l'avait frappé? Ne serait-il pas possible que plus tard, se trouvant sous le poids d'une accusation terrible, il n'ait pas voulu, par délicatesse, mêler le nom de celle qu'il avait