‹ Paul DuvertChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

En approchant delà forge l'étranger semblait en proie à une douloureuse émotion ; son pas se ralentit, on eiit dit qu'il hésitait encore avant de pénétrer dans cette enceinte où un intérêt puissant l'appelait sans doute.

Quand il ne fut plus qu'à quelques pas de la porte, il fut obligé de s'arrêter, et il s'appuya contre une borne, comme si les forces et le courage lui eussent manqué à la fois.

Sylvain au contraire entra fièrement le premier dans la cour d'honneur, comme un homme qui connaît parfaitement les êtres et qui est certain de ne pas être mal accueilli.

Cependant il avait trop présumé de son crédit sans doute, car à peine eut-il fait quelques pas, que d'effroyables aboiements se firent entendre dans une petite cabane placée à côté de la porte, et en même temps un énorme bouledogue s'élança avec un cliquetis de chaîne.

Mais au même instant une voix fraîche et pure domina les hurlements du chien :

— Paix là! silence donc. Fox! disait-on; est-ce que tu ne reconnais pas Sylvain, un ancien ami?...

Mais déjà sans doute l'honnête animal s'était aperçu de son erreur, car avant même que l'on eût cessé de parler, ses aboiements et ses grincements de dents s'étaient changés en caresses pour le vieux vagabond, qui semblait tout heureux d'une pareille affection.

— Vous voilà donc dans nos quartiers, mon pauvre Sylvain? Que devenez-vous?

L'archange Michel vous protége-t-il toujours? Catherine, Catherine! voyez donc si vous n'avez pas quelque chose que vous puissiez donner à ce pauvre Sylvain.

Le son de cette voix parut rendre à Léon toute son énergie, et faisant un effort sur lui-même, il entra brusquement dans la cour.

La première personne qu'il aperçut était le vieux mendiant; accroupi devant la loge du boule-dogue, il ne semblait pas songer à

Page 1