CE QU'A DIT LA PRESSE
L hommage d\tn adversaire
Le décès dû à des complications de la grippe, causées par des imprudences commises par excès de zèle professionnel, de M. Paul- Émile Lamarche, un des avocats-conseils de la ville de Montréal et ex-député de Nicolet causera des regrets universels à Montréal et dans tout le pays.
M. Lamarche était un des plus brillants de nos jeunes avocats; ses talents de jurisconsulte se doublaient d'un superbe talent d'orateur et si son caractère droit, fier et indépendant s'y était mieux prêté, il eût fait sa marque aux sommets de la politique comme il l'avait faite au barreau.
Nous n'avons pas toujours partagé ses idées en politique, mais nous ne pouvions nous empêcher d'admirer la sincérité de ses convictions ainsi que la chaleur qu'il mettait à les défendre sans jamais se laisser tenter par des compromissions qui eussent pu lui être matériellement avantageuses.
De sa carrière au parlement et au barreau, il restera parmi ceux qui l'ont connu le souvenir d'un croyant, d'un convaincu, d'un intransigeant lorsque son devoir lui apparaissait clairement tracé.
C'était, dans la vie sociale, un excellent camarade, un ami dévoué, vers qui toutes les sympathies étaient attirées comme par un puissant magnétisme.
C'est une vie qui promettait de fructifier en œuvres de mérite, en exemples à citer et en dévouements pour sa nationalité, que la mort est venue faucher dans sa fleur.
Nos plus sincères sympathies vont à sa famille et à ses nombreux amis.
(Le Canada, 12 octobre 1918.)
Chevalier sans peur
La mort vient de frapper l'un de nos plus brillants jeunes compatriotes dans la personne de Paul- Emile Lamarche, aviseur légal de la cité et ancien député du comté de Nicolet à la Chambre des communes.
Doué d'une intelligence perspicace et d'une éloquence persuasive, M. Lamarche, bien qu'il ne fût âgé que de 37 ans, avait déjà fait sa marque dans la vie publique. Son caractère droit et sa fière indépendance donnaient du poids aux opinions qu'il exprimait.
Nos lecteurs trouveront dans une autre colonne de la Presse la biographie de ce chevalier sans peur et sans reproche, dont toute la race canadienne-française avait raison de s'enorgueillir.
Comme avocat de la ville, il a rendu d'éminents services à ses concitoyens; comme politique, il a, en maintes occasions, donné à ses compatriotes des leçons d'énergie et de courage, qui méritent de ne pas être oubliées.
Nous prions la famille Lamarche d'agréer nos sincères sympathies dans le deuil qui l'afflige.
(La Presse, 12 octobre 1918.)
Désintéressement et droiture
Une des personnalités les plus brillantes de chez nous vient de disparaître dans la personne de M. Paul- Emile Lamarche, C. R., décédé hier soir, à sept heures et quart, à sa résidence, appartements Pierrefonds, angle des avenues du Parc et Villeneuve.
L'ancien député de Nicolet, qui était âgé de 37 ans, a succombé à la pneumonie. Il est mort à la tâche, victime de son dévouement à la cause publique car, quoique malade, il n'en continua pas moins de se rendre à son bureau jusqu'à ces derniers jours.
M. Paul-Êmile Lamarche était l'un des membres du contentieux municipal. Depuis quelques mois, il était chargé de sauvegarder les intérêts de la ville dans l'affaire Cook, à laquelle la cité est intéressée pour plusieurs millions. M. Lamarche, esclave de son devoir,
se rendit à son bureau lundi pour assister à une réunion concernans cette affaire. Mardi il dut abandonner tout travail et jeudi set collègues apprirent avec regret qu'il était gravement atteint d'une pneumonie qui le terrassait hier soir.
Dans la personne de M. Lamarche disparaît non seulement une des plus grandes figures du Canada tout entier, mais surtout un politicien d'une honnêteté et d'un courage moral des plus remarquables. La sincérité fut toujours la base de ses opinions politiques et sociales. Il était estimé de ses adversaires autant que de ses amis qui admiraient sa courtoisie vraiment française et sa tolérance à l'égard de ceux qui ne partageaient pas ses opinions politiques. Le regretté défunt était l'un des membres les plus brillants du Barreau. Il a brillé partout où il a passé : à l'Université, au Barreau et au Parlement. Il était un avocat remarquable et les services qu'il a rendus à la cité, comme membre du contentieux, sont intestimables.
Entré au Parlement, alors qu'il n'avait pas encore trente ans, le regretté défunt aurait pu devenir une des têtes dirigeantes du pays, si sa conscience lui avait permis de transiger avec le devoir et la loyauté. Il suffit de se rappeler les cinq années qu'il a passées au parlement fédéral pour se rendre compte de son désintéressement et de sa droiture. M. Lamarche était un orateur remarquable autant par son éloquence que par sa vaste érudition. Les discours qu'il a prononcés sur les écoles du Keewatin, sur le canal de la Baie Géorgienne, sur les écoles d'Ontario et sur la prolongation du terme parlementaire, sont de véritables modèles d'éloquence.
M. Lamarche démissionna en 1916 comme député de Nicole*' sur une question de principe. Il prétendait inconstitutionnel de la part du gouvernement de prolonger le terme parlementaire au delà de cinq ans, terme fixé par la constitution. Fidèle à ses principes, M. Lamarche résigna son mandat, interrompant ainsi sa carrière politique qui promettait d'être des plus brillantes.
Depuis lors, le regretté défunt se consacra presque exclusivement à la pratique de sa profession. Il continua néanmoins à s'intéresser de très près à tout ce qui concernait le progrès de la nation dont il était un des sujets les plus brillants.
(La Patrie, 12 octobre 1918.)
Un champion
« Les journaux de ce matin nous apprennent la triste nouvelle de la mort de M. Paul-Emile Lamarche, ancien député de Nicolet aux Communes. M. Lamarche a été emporté, comme bien d'autres, par la terrible grippe qui ravage actuellement notre pays et sa mort causera un deuil profond parmi ses compatriotes.
« M. Lamarche fut un des quelque vingt nationalistes qui entrèrent au parlement en 1911 et il fut le seul qui demeura inébranlable devant le pouvoir. Lors du débat mémorable des écoles du Keewatin, le jeune député de Nicolet fit une impression profonde au milieu de la députation, par l'exposition claire et serrée des droits des minorités. Il se fit toujours le défenseur sincère des droits des minorités et de la constitution, et ceux qui ne partageaient pas son credo politique ne purent s'empêcher d'admirer sa sincérité, sa constance et sa franchise.
« Croyant qu'il est toujours dangereux de se rire de la constitution établie du pays, il ne voulut pas accepter la prolongation du terme parlementaire de 1916, et dans un discours mémorable et qui resta sans réponse, il combattit vigoureusement ce projet et annonça que n'a}^ant plus de mandat du peuple, il n'était plus député. Il donna sa démission.
« La vie politique de M. Lamarche ne fut pas précisément longue, mais elle fut bien remplie et elle restera dans l'histoire comme un modèle que nos jeunes qui voudront se lancer dans la vie publique feront bien d'imiter.
« La "minorité ontarienne sera particulièrement affectée par cette mort, car elle perd en M. Lamarche un compatriote qui ne refusa jamais de faire servir son intelligence et sa parole convaincante à la défense de ses droits outragés.
« Le Droit prie Madame Lamarche et la famille en deuil de bien vouloir accepter l'expression sincère de ses profondes sympathies.
(Le Droit, 12 octobre 1918.) T. P.
« Si Lamarche était ici ! »
Notre ami — ainsi que l'appelaient tous ceux qui le connais saient — notre ami Paul- Emile Lamarche est mort. Dans la plénitude de son beau talent, il a été brusquement ravi à sa famille, à ses amis, à sa race.
D'autres rappelleront sa carrière politique où sa droiture pouvait passer, à notre époque, pour de l'intransigeance; sa carrière professionnelle où son esprit clair et juste le faisait exceller. Nous, nous le pleurons. Mais, refoulant nos larmes, nous voudrions montrer qu'il n'est pas disparu tout à fait, puisque son exemple vivra longtemps, beaucoup plus longtemps que nous eussions pu souhaiter qu'il vécût lui-même.
Il semblait pressé de vivre. D'une extraordinaire activité intellectuelle, il voulait tout savoir, tout comprendre. Ce n'était pas un dilettante. Ce qu'il acquérait, il le mettait au service de sa race, car il considérait toute chose du point de vue général : aucun fait, aucune idée ne lui apparaissait autrement qu'en tant que facteur susceptible d'avoir des répercussions sur la collectivité. L'altruisme était son naturel. Il aimait le peuple, non pour s'en servir, mais pour le servir.
La netteté de ses convictions, sa mâle franchise, son courage moral, qui lui firent des amis qui ne l'oublieront de leur vie, lui fit des adversaires; mais ceux-ci l'estimaient autant que ceux-là l'aimaient.
Il est mort. Nous qui fûmes ses amis, nous dirons souvent. « Ah ! si Lamarche était ici ! » Et souvent, aux jours d'épreuves, des braves gens, qui ne l'auront même pas connu, le diront aussi. . .
Dieu accueille son âme, qui fut sur terre celle d'un juste !
(Le Nationaliste, 13 octobre 1918.) Léon Lorrain.
Sur la mort de Lamarche
Ottawa, 13 octobre.
Comment pourrait-on faire aujourd'hui de la chronique politique sans parler tout d'abord de l'événement si attristant du jour, la mort inattendue de Paul- Emile Lamarche ? Autant qu'à Montréal cette nouvelle a causé une stupeur dans la capitale, où le brillant député de Nicolet avait laissé un si avantageux souvenir de son passage pendant un parlement, un parlement et pas plus, ainsi qu'il l'a fièrement marqué par un acte de rare désintéressement. Aujourd'hui, tous les hommes publics que l'on rencontre sont unanimes à
regretter la perte que fait en lui la vie publique canadienne, et chez nos compatriotes en particulier le chagrin est sincère et universel. L'Ontario français n'a pas oublié, et n'oubliera jamais vraisemblablement, la part considérable, prépondérante même, qu'avait prise Lamarche au grand débat sur la question des écoles, en 1916, « le débat bilingue », comme on l'appelle encore couramment. On se doutait dans le public de ce que les cercles intimes connaissaient de toute sûreté, à savoir que la cheville ouvrière, l'instigateur persévérant et plein de ressources de cette explication ouverte entre les deux races sur la scène parlementaire, fut le député de Nicolet, discret, constant, actif, poussant à la roue, y faisant pousser les autres, sans s'arrêter aux objections, sans tenir compte des obstacles jetés sur le chemin par des adversaires acharnés, autrement que pour les enjamber ou en faire le tour sans jamais perdre le courage et l'entrain qui l'ont toujours caractérisé. Quand vint le moment de prendre la parole à son tour, il le fit avec une maîtrise, une érudition, une sûreté de vue qui firent de son étude l'une des pièces maîtresses de la discussion; commencé dans l'après-midi et interrompu par l'intermède de six à huit heures, son discours se poursuivit jusque vers neuf heures, toujours écouté attentivement même parmi les plus obtus de nos adversaires. Et l'exposé constitutionnel et juridique qu'il fit de la question constitua un appoint précieux à l'ensemble du dossier édifié aussi par plusieurs autres bons défenseurs.
Le débat et le vote se prolongèrent toute la nuit et ce n'est que vers quatre heures du matin que l'on put songer à prendre du repos Mais Lamarche n'en avait pas besoin. Au café de la gare d'Ottawa où nous le retrouvâmes en compagnie d'une demi-douzaine de collègues, un peu de pain grillé et de café suffirent à lui conserver l'entrain dont il faisait preuve, et qui était à ce point évident que quelqu'un ne put s'empêcher de le constater : « Vous avez des ressources physiques que je vous envie », lui dit-on devant son humeur joyeuse et les saillies qu'amenait sur ses lèvres une amicale discussion avec le reste du groupe, dont les membres, rouges ou bleus, étaient tous pour lui adversaires en politique, mais camarades et amis dans la vie privée.
— Oui, je suis très bien, je ne me plains pas, répondait-il avec contentement. Et deux ou trois heures après, il était à son bureau, plaidant devant la Cour ou accomplissant sa part du travail légal de la municipalité. L'oisiveté n'eut jamais de prise sur celui-là.
Les journalistes parlementaires ont échangé ces heures-ci des anecdotes à son sujet, et des appréciations de sa haute valeur comme homme public. Les rares discours que nous lui avons entendu prononcer en Chambre constituaient de petits événements. D'habitude placé modestement dans la dernière partie de l'enceinte, tout droit debout à côté de son pupitre, Lamarche débutait avec tranquillité, procédant méthodiquement, avançant d'un degré à l'autre dans une argumentation inattaquable. L'interruption ne faisait qu'aider à son succès, et nous revoyons comme d'hier sir Herbert Ames, à demi couché sur son pupitre à quelques pas seulement de distance de Lamarche, pendant que celui-ci racontait l'alliance de 1911 et la diffusion du Devoir comme il a déjà été exposé dans ces colonnes. Sur un mot d'éloges à l'adresse de ce journal, M. Ames interrompit :
— « Paie-t-il des dividendes ? » sans prendre la peine de relever la tête, qu'il avait appuyée sur ses poings, placés sur le pupitre.
— Je n'en sais rien, répondit Lamarche du tac au tac, et je n'essaierai pas de faire comprendre au député de Saint- Antoine qu'il existe des œuvres instituées pour autre chose que la poursuite des dividendes.
La réponse de l'interrupteur est encore à venir. Plus tard, après l'incendie du Parlement et à la fin de la cinquième session le député de Nicole t, de cette voix pleine et incisive dont on ne peut croire qu'on ne l'entendra plus, fit ses adieux au Parlement en condamnant le projet de prolongation dont il était question. Les Anglais regardaient avec étonnement ce jeune avocat sans fortune qui rejetait du bout du pied une, peut-être deux indemnités sessionnelles, pour une simple satisfaction de conscience. Cet acte leur est resté gravé dans la mémoire et forme aujourd'hui la note dominante de leurs souvenirs et commentaires, tant dans leurs journaux que dans les conversations, au club ou à la maison. Cet acte de valeur morale et de désintéressement impressionna jusqu'aux plus violents contempteurs de notre race et nul d'entre eux ne trouva un mot d'attaque à l'adresse du démissionnaire. Aussi est-ce entouré du respect universel qu'il descend aujourd'hui dans cette tombe où sa race le regarde avec des larmes de regret affectueux et reconnaissant. C'est la fin d'une carrière féconde et généreuse, et qui fût sans doute devenue plus grande encore avec la pleine maturité de l'âge et du talent.
Des voix plus autorisées lui rendront l'hommage qui convient à sa' mémoire; mais nous avons voulu écrire ici avec simplicité ce qui se dit autour de nous, dans les cercles qui ont connu surtout le député exceptionnel et chez lesquels on sent le regret sincère se mêler à un grand sentiment de respect et d'admiration.
(Le Devoir, 14 octobre 1918.) Ernest Bilodeau.
Lamarche et la presse anglaise de Montréal
One of the most highly esteemed members of the city law department, Paul Emile Lamarche, K. C, fell a victim to the Spanish influenza last evening, passing away at 7 o'clock from an attack of pneumonia, after only a brief illness. His death was undoubtedly due in large measure to his dévotion to his duties at the City Hall, for he was first attacked by the disease at the end of last week. On Sunday he had a température of 103 degrees, but on Monday he was down at the City Hall and told his colleagues, who saw that he was looking far from well, that he had important business to attend to in connection with the arbitration proceedings between the city and the Cook Construction Company over the aqueduct work, and that he had been advised that he could leave his house for the purpose. His friends strongly urged him, however, to leave the office, but he persisted in staying until his strength, much weakened by his previous attack, gave out, and he went home. The following day he was again confined to his bed, and he never left it, for pulmonary complications set in, and despite every effort of his médical attendants, the dread malady slowly gained the mastery and he passed away.
Mr. Lamarche's services to the city hâve always been of a brilliant character, and his work in connection with the arbitration proceedings, which won high praise from everybody connected with the case, was only one of the many important proceedings which he has conducted on behalf of the city. He was extremely popular with ail his fellow employés at the City Hall, being of a génial and frank disposition, and his untimely démise will be mourned by ail who knew him.
(The Star, Montréal, 12 octobre 1918.)
Mr. Paul Emile Lamarche, K. C, assistant city attorney, and one of the most promising of the younger members of the Montréal Bar, succumbed last night to the dreaded influenza which developed into pneumonia after an illness of a few days. He became ill last Friday and after remaining at home for the week end, reported at his office Monday. Too ill to appear since that day he grew worse until the influenza developed into pneumonia. Yesterday, it was seen that he could not survive the attack and the last rites of the church were administered to him. Death came at 6.45 o'clock last evening. He is survived by a widow, Marie Forgues, daughter of L. S. Forgues, notary, and one child.
Mr. Lamarche was 37 years of âge. Born in Montréal. He was educated at St. Mary's Collège and Laval University, becoming bachelor in Science and Doctor in Laws. He was elevated to the house of parliament as a member from Nicolet when he was 30 years of âge. During his law career at the bar, he specialized in corporation work before joining the city attorney' s staff at the City Hall in 1914. He was a member of se ver al political organizations and served as an officer in the 64th régiment of the Canadian militia, Mr. Lamarche, was a graduate of the Rockcliffe School of Musketry.
(The Herald, Montréal, 12 octobre 1918.)
By the sudden death yesterday, a victim of the prevailing épidémie, of Mr. Paul Emile Lamarche, the city of Montréal loses a capable and respected officiai who rendered good service to the municipality in important cases. The public life of the country also sustains a loss. Mr. Lamarche was for five years a member of Parliament, resigning his seat to emphasize his opposition to the extension of the term of the House of Commons beyond the date when by law it should expire. He difïered from the majority of his colleagues; but did not lose their respect. He was one who could sacrifice individual advantage for the sake of what he held to be a principle. His kind will hâve opportunity to be useful in the early future.
(The Gazette, Montréal, 12 octobre 1918.)
Perte pour la race
Vraiment, la race canadienne-française vient de perdre l'un de ses meilleurs enfants par la mort prématurée de M. Paul- Emile Lamarche, ex-député de Nicolet.
Tout jeune encore, il avait fait sa marque et servait de modèle aux jeunes et d'exemple aux vieux. Déjà, la race canadienne-française avait profité de ses talents. Dieu nous Ta ravi dans la fleur de Tâge, mais il laisse un souvenir inoubliable qui permettra à beaucoup de jeunes de s'orienter dans la vie publique. Son désintéressement et l'esprit public qui l'animait avaient fait de lui l'un de nos meilleurs hommes publics. Il a prouvé par ses actes que l'on peut être politicien sans pour cela payer tribut au servilisme. Estimé de ses amis et considéré par ses adversaires, il a su suivre la route qu'il s'était tracée, sans s'arrêter aux petits sentiers qui conduisent aux honneurs, mais où il faut invariablement sacrifier l'honneur par lambeaux aux ronces qui les ornent.
Que la jeunesse puise dans sa vie la salutaire leçon de l'homme qui va droit son chemin et sait se faire respecter tout en ne louvoyant point. 11 n'a jamais transigé sur une question de principe, sa démission comme député de Nicolet en est une preuve irréfutable.
De celui-là seul, le nom est écrit en lettres d'or au chapitre de l'histoire.
J.-Oscar Seguin {Journal de Waterloo, 17 octobre 1918.)
Trop brève carrière
Il y a déjà bientôt deux semaines que la mort l'a frappé en pleine jeunesse, comme la plupart des victimes du grand fléau. Trop occupés à pleurer nos plus proches amis, notamment notre cher Conrad Ringuet, et à leur rendre un dernier hommage nous n'avons pu déposer nos regrets sur sa tombe du beau soldat canadien que fut Lamarche. Nous le faisons aujourd'hui, et nous joignons notre humble salut aux voix éloquentes des Héroux, des David, des Montpetit et des Lavergne. Nous n'avions pas comme ceux-ci le plaisir de compter parmi les amis du disparu; nous ne l'avions même jamais rencontré. Mais de loin nous avions suivi sa ficre,
distinguée et trop brève carrière, et comme tous les Canadiens sinè res nous avions appris à compter sur le grand caractère et le grand a ent, de cet HOMME. Déjà nous nous le représentions comme un des champions de NOTRE Canada, demain, quand la guerre sera finie, quand la folie de l'heure actuelle sera passée, quand la liberté sera rendue à la parole des citoyens et à la plume des journalistes. . . La mort détruit avant qu'elles se réalisent nos espérances patriotiques. Du moins trouverons-nous une petite consolation en songeant que la vie de Lamarche reste dans notre histoire comme un grand exemple, et que la jeunesse de demain s'efforcera de reprendre le sillon où l'ont laissé les grands disparus. L'heure décidément est sombre. Mais
Demain sur les tombeaux Les blés seront plus beaux. . .
Et notre plainte d'aujourd'hui se changera en un chant de reconnaissance envers ceux qui par les leçons de leur forte vie auront façonné la race.
Flic (Le Progrès du Golfe, 25 octobre 1918.)
Sur une tombe
La mort soudaine et prématurée de Paul-Emile Lamarche a créé un deuil profond dans tous les coeurs des vrais patriotes. Les vrais journalistes — non pas les mercenaires de la plume — ont versé un pleur sincère et navré sur sa tombe. Au Canada comme au Devoir, et au Droit, comme aussi à la Gazette, on a pieusement rappelé sa courte, mais belle, mais féconde carrière.
Cette mort si soudaine, dans la fleur de l'âge et dans le plein épanouissement des qualités et du solide talent qui le caractérisaient, a jeté la consternation parmi tous ceux qui l'ont intimement connu. M. Orner Héroux, M. Edouard Montpetit, M. Fernand Rinfret, M. J.-Albert Foisy, M. Armand Lavergne, ont rendu hommage au défunt. Et M. Athanase David, pour faire connaître des détails intimes sur la vie du défunt, n'a pas cru déroger en devenant, pour l'occasion, collaborateur du Devoir, où il a publié de très touchants souvenirs sur celui qui n'est plus.
Ce n'est pas pour faire l'apothéose de Lamarche que nous rappelons ces particularités. Notre humble voix ferait un trop grand contraste à côté des autres. Mais c'est pour tirer de la courte carrière de celui que tous nous pleurons, les enseignements qu'elle comporte au point de vue de la race.
Si adversaires comme amis s'unissent dans un concert unanime où pas une voix discordante ne se fait entendre, pour rendre hommage à Lamarche, c'est parce qu'il a été, toute sa vie, un honnête homme dans toute l'acception du mot, un vrai patriote, un bel esprit développé par une étendue; c'est parce qu'il a été un studieux, qu'il a mis le fruit de ses connaissances au service de sa race, et que toujours il a placé au-dessus de ses intérêts personnels les intérêts de ses compatriotes.
La carrière de Lamarche offre un exemple à nos jeunes gens. Elle devrait leur inspirer le goût de l'étude, le culte du patriotisme, l'amour de la lutte, l'esprit d'abnégation et de sacrifice pour une cause chère, la soif de bien remplir une carrière et de faire fructifier dans toute leur plénitude les dons qu'ils ont reçus du Ciel.
Si nous avions eu dix Lamarche parmi nous, nous serions plus respectés que nous ne le sommes; si nous avions eu dix Lamarche parmi nous notre province serait mieux connue, plus respectée qu'elle ne l'est.
Lors du pèlerinage des croisés ontariens de la Bonne Entente, seul Lamarche a eu le fier courage de dire poliment, mais énergiquement, à tous ces apôtres, ce que nous étions, ce que nous voulions, ce que nous ferions, et à cette occasion il a fustigé d'importance tous les plats valets — sénateurs ou autres — qui se sont lâchement prosternés devant les hérauts du mercantilisme ontarien. Les fières paroles que Lamarche a alors crânement prononcées, les nobles principes qu'il a émis, et la sincérité qui se lisait sur ses traits ouverts, ont rempli tous ses auditeurs d'admiration pour ce jeune homme qui ne craignait pas de dire — et avec quelle délicatesse, avec quelle fermeté, avec quelle maîtrise, — toute sa pensée. C'est en cette circonstance que le colonel Mulloy — ce vétéran aveugle de la guerre sud-africaine — quittant spontanément son siège se fit conduire auprès de Lamarche à qui il serra affectueusement la main en le félicitant sincèrement, les larmes aux yeux.
En Lamarche revivaient les nobles et patriotiques caractéristiques qui nous ont appris à vénérer la mémoire des Etienne Parent, des Bédard, des Viger, des Lafontaine, des Cartier, des Mercier.
Souhaitons qu'il fasse école, qu'il ait de nombreux prosélytes. Espérons qu'il inspirera nos jeunes gens de talent, que les exemples qu'il leur offre stimulera leur ardeur, aiguillonnera leur ambition et contribuera à faire surgir des chefs vraiment dignes qui sauront par leur désintéressement, par leur fermeté, par leur patriotisme, relever le niveau de nos aspirations et nous diriger sûrement dans l'accomplissement des destins que la Providence nous réserve»
(Le Franc-Parleur, 25 octobre 1918.) R. R.
Son exemple
Tous les journaux, à quelque religion politique qu'ils appartiennent, ont accueilli la nouvelle de la mort de Paul- Emile Lamarche avec des marques de sympathie profonde. Tous ont admiré en lui l'homme politique désintéressé, soucieux de ses devoirs et inébranlable dans ses convictions. A peine est-il descendu dans la tombe, qu'il est donné en exemple à la jeunesse canadienne-française.
Et pourquoi? c'est qu'il fut en plus d'un patriote ardent et sincère, un travailleur acharné. « Vivre, c'est travailler, » disait-il un jour à M. Athanase David, qui rapporte cette phrase dans un article publié dans le Devoir, à la mémoire du défunt.
« Toute la vie de Paul-Emile Lamarche, écrit en concluant le député de Terrebonne à la législature québécoise, est une leçon de volonté, d'énergie, de courage dans le travail. Essayons, s'il est possible de combler le vide que sa mort a créé dans les rangs des travailleurs de notre race, afin que le grand œuvre auquel il s'est dévoué : l'affirmation de la supériorité intellectuelle du groupe français au Canada, devienne une réalité qui ne s'applique pas seulement à une élite, mais qui, se généralisant, à défaut de la prépondérance numérique sur laquelle nous ne pouvons pas compter, nous donne la prépondérance intellectuelle dont nous avons besoin si nous voulons survivre. »
Cultivons cette supériorité dans tous les domaines, religieux et moral autant qu'intellectuel. Ayons le courage de nos convictions
dans le domaine religieux et national. Nous imposerons ainsi, toujours et partout, le respect de notre race, de notre langue et de notre religion, et comme Lamarche, nous arracherons, même à nos ennemis, des témoignages d'estime et d'admiration.
(La Tribune, 25 octobre 1918.)
Un défenseur
Un concert d'éloges mérités s'est élevé sur la tombe de l'ancien député de Nicolet. Ce lutteur distingué, disparaît dans la force de l'âge — à peine 37 ans — après avoir fourni une carrière féconde et fertile en beaux exemples. Son talent transcendant sut toujours s'élever bien haut dans les différentes sphères où les éventualités de la vie l'ont placé tour à tour.
Ce fut un vaillant défenseur de la langue française qu'il maniait avec bonheur, et il fut l'intrépide gardien des droits constitutionnels de notre pays. Il sut sacrifier de légitimes ambitions politiques, pour respecter les principes sacrés du droit, et cette vie prématurément fauchée reste un exemple inamovible du devoir accompli.
Nous déposons sur sa tombe les respectueux hommages de nos regrets et de notre sympathie.
(Le Canadien, 24 octobre 1918.)
L'homme
C'était une tête bien française. Il voulait avoir des clartés sur tout. Esprit curieux, juste et ferme, il éprouvait un irrésistible besoin de connaître, de raisonner, de conclure. A l'époque où, grâce à des prodiges d'organisation, les fausses nouvelles et les informations colorées font le tour du monde en quatre-vingts minutes, où les braves gens sont d'autant plus facilement trompés qu'ils se croient malins, Lamarche avait, devant les affirmations généralement acceptées, un scepticisme cartésien. A l'époque où des bonshommes, que la plupart du temps nous ne connaissons même pas, pensent pour nous moyennant un sou par jour, Lamarche avait l'originalité de penser lui-même. Personne ne peut se vanter de lui avoir bourré le crâne : c'est peut-être le meilleur éloge qu'on puisse faire
de son intelligence. Épris de vérité, il ne se formait une opinion qu'après étude et réflexion, et rien ne l'impatientait autant que celui qui parle sans savoir et juge sans connaître. Il avait tôt fait d'aiguiller, avec une spirituelle brusquerie, un interlocuteur dont les propos déraillaient soudain.
Il dut bien des fois réfuter les erreurs, dénoncer les mensonges, confondre les calomnies que l'ignorance, le préjugé et la mauvaise foi accumulent contre nous. Il le fit toujours avec la plus courageuse netteté, souvent avec des traits qui resteront dans notre arsenal défensif. Car il avait le don de l'image qui éclaire, de la formule qui frappe. Il ramassait sa pensée en des phrases lapidaires d'un relief puissant, tout de suite saisies et longtemps retenues par un public resté assez français, malgré tout, pour aimer les éclairs de l'intelligence. 11 faisait des mots inoubliables; de ces mots qui peignent un personnage parce qu'en le caricaturant un peu ils soulignent ses caractéristiques, qu'un obligeant photographe s'efforcerait plutôt d'atténuer; de ces mots qui eussent été cruels s'ils n'avaient été vengeurs, et qui jaillissaient du vieux fond de gaîté gauloise qui est peut-être ce que nous avons conservé de plus français. Au cœur de l'Amérique anglo-saxonne Lamarche, merveilleusement pourvu des fruits de la civilisation française, en cultivait aussi la fleur : il avait le sourire.
L'un de ses anciens professeurs a rappelé de lui ce cri révélateur : « C'était un beau devoir : il était difficile ! » Et cela aussi est bien français, car cela explique la geste française au Canada, comme cela explique, sur un autre plan, la carrière de Lamarche. Sa vie publique, connue et comprise de tous parce qu'elle s'est déroulée en pleine lumière et en bonne logique, demeurera pour tous un salutaire exemple. Il avait mis sa belle intelligence au service de la race, et rien de ce qui la touchait ne le laissait indifférent. Les questions de droit constitutionnel l'intéressaient particulièrement : il se passionnait pour l'étude des textes et l'examen des faits dont l'enchaînement établit le droit que nous avons de nous développer, sur tout le territoire canadien, dans le sens de nos traditions.
Il nous a laissé une œuvre, une doctrine politique et patriotique. De pieux amis en recueilleront l'essentiel, afin que la jeune élite canadienne-française puisse suivre, en même temps que l'exemple qu'il lui a donné, la direction qu'il lui a indiquée.
(Le Petit Canadien, novembre 1918.) Léon Lorrain
Notre collaborateur Paul-Emile Lamarche
Et voilà que, dans son silence, son nom même nous anime.