‹ Paul FévalChapitre 7 sur 15 · LETTRES A M. ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

LETTRES A M. ALPHONSE DAUDET

Samedi.

En avez-vous, neveu, du talent, du vrai, du cher, du charmant, du bon et du vif! J'ai toujours idée

que vous allez glisser vers les pays de Robert Hclmont, et je veux vous voir, Bébé aussi, et la jeune mère d'icelui. Mardi, vers quatre heures, sauf contreordre, je déboucherai dans vos contrées, et nous taillerons.

A vous, jusqu'à mes cheveux.

L'oncle Paul.

Dimanche.

Aléa lançata est. Je pars pour Tartarinville \ à moins de tempêtes inconnues dans nos climats tempérés; j'emprunte un zarapé '^ à Aymard et, cachant mes traces avec minutie, j'entre dans votre sentier de chasse. Nous forcerons deux ou trois comédies dont les peaux seront partagées fidèlement.

Neveu aimé, je vais être bien content de vous voir, ainsi que la chère et charmante poète.

A mardi, je vous aime de tout cœur.

Votre oncle,

Dimanche.

Mon cher ami.

Je n'ai vu que Blavet. Il avait votre note avec une quantité d'autres documents qu'il gardait, disait-il, pour faire un article sur moi. L'article n'a pas paru

^ Champrosay, la campagne d'Alphonse Daudet. '^ Allusion aux romans d'aventures indiennes, de feu Gustave Aymard.

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hier, — ne sais s'il reviendra. — Merci de votre bonne amitié; le fait est que, dans cette circonstance, il était bien difficile de savoir si les journaux ont été naturellement au vainqueur. Mes dernières visites (MM. Guizot, de Rémusat, Duvergier de Hauranne et Vielcastel) ont été adorables de bienveillance et de cordialité. Nous verrons en 1910.

Je vous embrasse , neveu chéri ; merci de ce que vous me dites de Kéramour.

Mais c'est pour le deuxième mercredi de février ! Veau de famille. Ma fille de dix-neuf ans chantera Il pleut, hergëre, et la toute petite diixt une fable de Lachambaudie. Les deux sauvages n'endommageront pas du tout Bibi. Je n'ajoute même pas que c'est sans façon. Vous verrez qu'il y a encore des antiquités indépendamment de Tartarin, et, malgré tout, votre chère femme aimera la vieille maison.

Oh ! l'Académie ! Et le malheur des temps ! Et la grippe ! Je ne suis vraiment pas gai.

Dimanche soir.

Je comptais aller vous voir aujourd'hui, mon seul neveu, mais je n'ai pas pu. C'est bien mercredi, et le cavalier^ est attendu comme le Messie par un tas de gredins sauvages assez bons enfants, mais il en mangera quatre.

^ Le cavalier désigne M. Léon Daudet, tout jeune alors, qui, pendant le dîner, avait fait une scène pour avoir du vin de la cavalerie, et qu'on avait emporté criant : « Je veux du vin de cavalier. »

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Sept heures ci demie, Vous aimerez, j'espère, ma bonne femme, qui se fait une joie de vous voir tous trois. Elle sent le renfermé, mais c'est une forte Ame.

Convives : Marie Fechter et sa mère, le pianiste V***, également capitaine d'état- major, Saint- Georges sans Leuven ', et une jeune cousine à moi avec son mari, M. do Champlieux, plus un bon prêtre, l'abbé Sauvage, notre ami absolument intime. Ma nièce sera auprès de moi, et à l'abri de tout mal, danger ou accident; vous, à cause de vos mœurs, on vous mettra auprès d'une jolie femme.

Merci d'avoir lu Kéramour usque ad finem, et à mercredi. Baisers à mon ami de mon âge, qui est Bébé, dit Léon, et tendresses à ma nièce.

Votre oncle Tartarin ,

P. Fkval.

T'as menti, bébé père! Papa bibi, vous avez trompé votre oncle! C'est mal, car il a la migraine, il y a quelque chose. C'est sûr qu'il y a quelque chose. Impossible d'en passer h l'auteur du liandagistc! Ce qu'il y a, je n'en sais rien, et je m'y perds. Est-ce Maiie Kechter? Est-ce Dentu? Est-ce Saint-Georges? ou mon oflicier-piano? ou mon petit cousin douanier? ou mon confesseur de ma femme? Je ferai une descente chez ma nièce, et nous verrons bien. Enfin tout mon monde, gros et petit, vous regrette amèrement. Ma grande lille em[)loie à votre égard des mots qui feraient rougir Gille. Au fond, vous

' Adolphe de Leuvcii , ancien directeur de rO|iéra-Coniique, et Sciint-Oeoryes, le Ubreltiste.

ne valez rien, et je vous aime tout de même. Baisers à Léon, mon seul ami.

Paul Féyal.

Si c'est ma nièce ^ qui est cause, je Uii ferai du tort dans son quartier. Au fait, ma colère est sans bornes, craignez des casses de ma part.

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