‹ Paul FévalChapitre 8 sur 15 · LETTRES A M. CHARLES RUET · texte numérisé non relu

LETTRES A M. CHARLES RUET

Dimanche.

Mon cher confrère et ami ,

Je n'ai pas l'adresse d'H. Gantel -. Je l'ai déjà remercié pour cet article; mais deux fois n'est pas de trop. Chargez-vous de lui serrer la main pour moi, et grand merci à vous-même pour la lumineuse hospitalité donnée à mon nom.

Maintenant, chapitre de ma sottise. M. Pourcelle

^ La très spirituelle M'"« Alphonse Daudet, qui a publié plusieurs livres charmants , entre autres les Impressions d'une Parisienne.

^ Henri Gantel , qui a publié plusieurs volumes de romans et de remarquables poésies, entre autres les Poèmes du souvenir, couronnés par TAcadémie française, remplaça naguère Alfred de Musset à la Revue des Deux- Mondes. 11 voyagea beaucoup en Gircassie et au Caucase. C'était un des amis de Féval, de Barbey d'Aurevilly, et un de mes collaborateurs à la Revue gauloise et au Foyer.

PAUL P^EVAL 189

m'a rapporté ce matin la lettre où je lui donnais votre adresse, rue de Breteuil, 18. J'ignorais profondément qu'il y eût une rue de Breteuil. Il y en a une, et elle est au diable, au Marais. Il y est allé. Il n'y a que moi de coupable, comment m'excuser? Je l'ai chargé de vous envoyer à tout hasard des fauteuils * pour le cas où vous voudriez y aller. Je suis honteux et désolé. Rue de Breteuil!!! je deviens gâteux. Je vous demande mille et mille fois pardon, c'est là un mauvais coup.

Votre penaud ,

Gantel est un vrai talent. Votre journal est très charmant. C'est impossible que ça ne marche pas. Le bout de roman que j'ai là est très amusant.

Et ne m'en veuillez pas. Là! c'est trop bête, cette nie !

Mercredi.

Mon cher confrère et ami ,

J'ai lu avec grand soin et grand plaisir. Je trouve l'article très remarquable, et, à la place de M. Palmé, je ne le ferais pas attendre, — à moins qu'il n'ait quelque raison particulière de penser qu'il peut blesser Louis Veuillot. — Mais en quoi ??? C'est

' Pour la première représentation d'une reprise du Bossu, au théâtre de la Porte- Saint -Martin. Je demeurais avenue, et non rue de Breteuil, et l'une est à six kilomètres de l'autre.

bien pensé, bien dit, bien jugé. Et Veuillot, grand homme d'esprit, ne peut y voir que cela \

A vous ,

Paris, dimanche des Rameaux 1879.

Ah! beau Buet, jeune Buet, Buet mondain, non je ne vous en veux pas et ne vous en ai jamais voulu. J'ai été un instant surpris et contrarié, croyant que vous aviez donné dans un panneau. Votre lettre me rassure.

J'ai fait mes Pâques ce matin , n'oubliez pas les vôtres. Je vous aime assez pour ne pas craindre de vous parler ce français-là. Vous combattez vaillamment, donc vous devez viser à genoux , comme le premier rang.

Je reçois à l'instant les Chevaliers de la Croix blanche. Je suis content de vous voir dans la librairie Blériot. Je vais le hre et vous enverrai mes ouvrages.

Vous avez raison, P*** est bon. Je l'aime véritablement,et je comprends qu'il faut lui passer le surprenant entourage qu'il s'est fait.

A vous de tout cœur,

^ A propos d'un article sur Louis Veuillot considéré comme romancier, conteur et poète, que je publiai dans la Revue du Monde catholique.

PAUL FÉVAL \9i

Paris, samedi.

Chevalier de la Ooix blanche,

Vous faites bien les romans, très bien même, mais les articles? Je suis allé chez Palm»'' jeudi pour vous boxer à fond, vous n'étiez pas là.

A part la splendide chose de Pontmarlin, je n'ai eu que des pâleurs , excepté la charmante chose de Daniel Bernard '.

Je comptais sur vous, qui avez du « diable au corp^ ». Il en est besoin, puisque le livre marche.

Si vraiment, pour ceci ou pour cela, vous êtes empêché de faire au Paris-Journal qui vous attend, dites-le franchement, et croyez bien que je n'en suis pas moins k vous de tout cœur.

Mais les journaux qui sont à moi sont bien rarefi, et le Paris-Journal est presque le seul. Si vous ne pouviez pas, ayez la charité de me le dire; j'irai voir de Pêne avec mes pieds en miettes. Surtout ne vous fâchez, chevalier! ce serait le comble.

Votre

Mon cher ami ,

Je vous félicite très sérieusement. Frère Nutridus et le reste sont de belles choses. — Votre titre

' Daniel Bernard, esprit fort délicat, excellent crilique, était cliari^^é, au journal l'Union, du feuilleton (dramatique et littéraire. Cet écrivain, mort prématurément, a laissé un volume do vers, les Virelais, et a publié la correspondance du grand musicien Hector Berlioz. Il faisait partie de notre petit clan littéraire.

est (( assez marchand ' », mais bien singulier et bien mal appliqué. Où voyez-vous de la rose là dedans? — Ma préface le rend meilleur, et il était bon pour faire une préface. — Vous valez bieiî la peine de chercher un peu vos titres.

Je vous demande comme un service d'adoucir l'allusion à cette malheureuse femme ^. C'est brutal si

' 11 s'agit d'un recueil do nouvelles, les Contes à l'eau de rose, et pour lequel mon maître voulut bien me faire une préface, sous forme de lettre adressée à M^' van Cartuyswel, recteur de luniversité catholique de Louvain

^ Il n'est pas inutile d'expliquer ici à quoi fait allusion cette parole. J'avais demandé à faire partie de la Société des gens de lettres. Or j'y complais un terrible adversaire dans la personne d'une femme de lettres presque célèbre, morte aujourd'hui, et que je ne veux pas nommer. Elle fit tout au monde pour s'opposer à mon admission, et elle y réussit. Peut-être, dans mon livre, laissai -je passer quelque méchante raillerie. C'est ce que me reproche Féval. Je m'en repens. Néanmoins la lettre que m'écrivait alors le comte Armand de Pontmartin, et que voici, me justifie.

ft Mon cher confrère,

a Étant donné la composition du comité de la Société des gens de lettres, je crois que vous êtes en bonnes mains, avec Paul Féval à votre droite, et Jules Clarelie à voire gauche. Je vais écrire à mon ami Albéric Second, que je crois sympathique à tous les partis, et qui représentera le juste milieu. A moins de dessous de cartes que j'ignore, voire silualion ne semble pas la même que celle de M. d'Ideville. Quant à M'"° de Z*'*, dont le vrai nom, comme vous savez, est M'""^ S. D***, si j'avais avec elle une conversation de cinq minutes, je lui rappellerais la saison des eaux d'Ems de 1865, ces dîners oiî elle trouvait moyen de scandaliser Albert Wollf, Aurélien Scholl,

on ne devine pas; si on devine, c'est féroce, et si je n'avais craint de souligner, je vous en aurais blâmé dans la préface. — Faites un livre comme les six petites choses, voilà du talent.

Bravo! à vous.

Arsène Iloussaye, et même une danseuse du bal Mabille, que l'aimable et incorrigible Arsène avait amenée avec lui. Peut-être ces souvenirs la désarmeraient-ils. Au surplus, je me demande par quel charme , quel talent, quelle beauté ou quelle jeunesse elle pourrait exercer de l'influence sur nos confrères. Ce que vous me dites de notre cher Paul Féval m'a consterné; il se sera surmené, surtout dans ces derniers temps, et ce n'est pas impunément que Ton produit deux cent cinquante volumes dans une trentaine d'années. Il me semblait que les journaux, ceux même qui ne sont pas tout à fait nôtres, ne l'abandonnaient pas. Le Figaro, si variable, a pourtant préparé une belle entrée à son livre contre le divorce. Quant à ses ouvrages antérieurs, je les vois chez notre libraire et poète catholique Roumanille,avec le chiffre de 9® ou 10® édition sur la couverture. Quand on essaye de réagir contre toutes les mauvaises idées et toutes les mauvaises passions, c'est déjà beaucoup d'atteindre à ce chiffre- là. Il n'en est pas moins vrai que notre parti a toujours assez mal encouragé ses écrivains, et, comme je le disais à propos de X***, qui nous tourna le dos trois mois après son ai rivée à Paris, tout défenseur des bonnes causes ne ferait pas mal de s'assurer préalablement quinze à vingt mille livres de rente. Quant à votre admission dans notre société, elle ne me paraît |)as pouvoir faire l'objet d'un doute, et c'est avec cette certitude, mon cher confrère, que je vous serre cordialement la main.

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