‹ Paul FévalChapitre 9 sur 15 · A. DE PONTMARTIN · texte numérisé non relu

A. DE PONTMARTIN

Paris, mars.

Mon cher ami ,

Donnez ce Cardinal Maurice ^ à Palmé. Je suis baigné dans un grand machin du Divorce, et ne puis hre votre manuscrit ligne par hgne; mais en le parcourant à la vapeur, j'ai vu que c'était un bon roman à la Dumas, mouvementé et catholique. Voilà le froid qui reprend, je sens que je vais être retapé en marmotte. Cette année, le froid m'anéantit. Ne portez pas votre livre ailleurs que chez Palmé. Je ne puis dire que je l'aie lu en détail, puisque je tombe de fatigue aux heures où je pouvais lire autrefois; mais j'en ai vu assez pour saisir l'intérêt et pour regretter de ne pouvoir lire comme on lit. Le Divorce ressemble à la marée, cela n'attend pas.

Pardonnez-moi, allez chez Palmé, et faites faire un beau volume. Je ne puis dire le jour où j'irai au palais librairicatholique , mais* j'irai cette semaine, et je dirai mon sentiment au puissant Victor. Priez Dieu qu'il me dégèle, et préparez-vous à dégainer pour le Divorce, qui est une réponse à Dumas.

A vous de bon cœur.

L'article Saint -Michel de d'Aurevilly est un pur chef-d'œuvre. Je garde votre manuscrit, pour que vous soyez forcé de venir le chercher. "

' Roman d'aventures, de cape et d'épée, publié en feuilleton dans le Pays, et ensuite en volume sous le titre : Les Coups d'épée de M. de Puplinge.

Samedi.

Mon cher Buet,

Je vous remercie bien tardivement de votre bonne lettre avec extrait de Pontmartin. Vindex va bien au Paris-Journal . Le roman du Foj/er commence très bien. L. Gautier m'a dit que Palmé vous avait enfin commandé un roman pour la Revue. Là, j'avais poussé une pointe à fond de train, mais Palmé m'avait eu l'air résistant : je vous parle d'un mois, je soi's très peu. Je suis harassé. Votre portrait' vaut mieux que le fameux mien à la Ilevne , il y a deux ans. De loin, vous me paraissez très hlen inarcher.

L. Gautier m'a parlé aussi de vos pièces. Là, j'ai moins foi. C'est un métier de métier '-^^ et qui (( éloigne » de toute manière, fatalement. La bonne intention n'y fait rien -K Je suis rudement las.

A vous,

DimaiKhe.

Qu'est-ce que vous devenez, Vindex, Buet, Charles et tout? Combien de journaux faites-vous? Combien de livres? Moi, Siaint-Michel me détraque; je suis pilé. — Votre journal du dimanche est très bien fait et réussira , c'est sûr. Soigne/ les Scènes de la vie cléricale.

A vous,

Fkval.

^ Un porlroit gravé par Adolphe Soupey el publié dans

les journaux de Paln)é.

'^ Et des trappes et des attrapes. [Note do Paul FcvaL] •' Allusion à une pièce de théâtre que je voulais tirer

de mon roman le Crime de Maltavcrnej et qui fut jouée

plus tard sous le titre le Prêtre.

Mercredi des Cendres.

Mon cher ami

J'ai oublié tout à l'heure de vous demander de faire mettre dans Paris -Journal, dans les Échos, première page, s'il se peut, que mon livre Pas de i)iuo>'ce/ paraîtra la semaine prochaine. Ce sera bien une polémique d'ancien romancier et d'auteur dramatique, mais polémique sérieuse en même temps que piquante, car mes arguments divisent le livre en cinq parties :

Le Droit naturel ,

La Morale ,

La Politique ,

Le Droit positif,

La Religion.

Plus mes conclusions : l'Homme, la Femme, l'Enfant.

A vous de cœur,

Paris, jeudi.

Mon cher Buet,

J'ai été vous voir hier à trois heures. Merci de tout cœur. Votre article ' est très beau. Si je ne craignais de vous traiter comme un Buetin, je vous dirais que vous êtes en progrès, fait très remarquable dans votre dernier livre. Vous savez que je ne parle jamais au point de vue du succès, qui ne nous appartient pas, mais de la valeur intégrale. J'ai vu un homme extraordinaire, talent très éton-

' Sur Pas de divorce!

naiit et qui niérile qu'on en cause '; mais vous êtes probablement accablé. Moi, je n'en peux plus, j'ai un procès qui m'achève. Si vous pouvez me donner un rendez -vous vers trois heures, j'irai. Pas vendredi.

Merci encore , et à vous ,

Jeudi.

Cher ami ,

Tout est encore bien bouleversé chez nous; je vous envoie la lettre de mon petit Jean, mais l'article de Léon Gautier a disparu. Vous avez dû recevoir Douze femmes.

Palmé m'écrit à l'instant pour me dire qu'il ne pourra crémailler. Il a peur de la neige. Il est trop tard pour vous dire que cela fait une place vide dans mon trou -à- manger, et d'ailleurs le temps n'est pas engageant, c'est vrai. Il était venu hier, et nous avions causé des deux journaux et de vous.

Je croyais que votre article sur moi était pour lui.

A vous de tout cœur,

Paul.

Dimanche des Rameaux 1878.

Hier, quatre heures exact. Pendule.

Palmé généralement assistant à l'assemblée générale du Je ne sais pas quoi universel. Président : Lui-même. Buet rambluiy oui.

* Léon Bloy.

Beau temps. L'exposition marche. Visité le pavillon gynagogue des Foyers semi- cléricaux, où l'on retaille les jeunes romanciers en vieilles femmes de lettres.

R.encontré M. Olmer, qui en avait sept dans chaque poche, pour viriliser sa librairie. Éternué. Content. Repasserai.

Samedi.

Voilà ce qui se passe dans Paris. Saint Lumbago m'a visité. Je voulais tous ces jours aller vous inviter à un célèbre diner de prêtres qui a lieu demain dimanche, chez moi, six heures et demie. Mercredi, il était encore temps, et j'étais chez Palmé. Je n'ai pas pu depuis lors, je suis plié comme un journal. La guillotine de ce matin m'a réveillé. Superbe, la guillotine M Venez tout de même, si vous avez du cœur. Il n'y aura de lahic que vous et Palmé. Sept abbés. Votre article est très beau, et fera du bruit. Si vous n'avez pas le temps de répondre, votre couvert sera mis. Le lumbago n'est pas une maladie contagieuse, mais fait pardonner les étourderies.

Votre

Paris, mardi, 1879.

Mon cher Buet,

J'ai été bien contrarié de ne pas m'être trouvé là , car il y a joliment longtemps que je ne vous ai vu.

^ Un des articles de Vindex, dans Paris - Journal . l'Échafaud.

Cela ne m'empêche pas de vous suivre, et je trouve que vous allez très bien. Je parle souvent de vous. Vous avez fait de très bons articles chez de Pêne. Voti'c talent se forme certainement. J'ai vu le cher chanoine la semaine dernière, et nous avons causé de vous; il vous aime beaucoup. Je ne vois pas souvent Palmé, mais je ne crois pas l'avoir jamais vu sans que vous soyez venu sur le tapis, et je lui ai écrit h l'occasion de vos articles chez Pêne. Il y a là des influences drôles h considérer, mais Palmé est hon. Croyez d'ailleurs que le poison médiocral est partout. Il y a un père jésuite qui a fait une brochure intitulée Suis- je Française et qui se trouve n'être pas médiocre. J'étais dimanche à la fête du père Richard de Vaugirard. Il y avait un monde fou. J'ai voulu parler de la brochure qui m'avait fort ému, la veille même(hsez-la); on m'a répondu à l'unanimité : « Oui, ah! oui, mais c'est peut-être TROP BIEN fait! )) Vous trouvorcz ce mot partout. Il est le succès de Fanchon. Palmé trouve mon pauvre livre sur Saint- Michel, non pas trop bien fait, mais trop étudié. Il faut pourtant bien faire, mon cher Buet, toujours, toujours, envers tout, contre tout, et mourir en bien faisant. C'est le devoir, si ce n'est pas le succès. Je vois encore ce pauvre grand Veuillot, et je crois que je suis le seul. Il ne m'a jamais servi, c'est vrai; mais que de pensées viriles on récolte dans sa parole! Ces gens-là s'en vont. Travaillez, vous êtes jeune. Quoique vieux, je travaille. E.rpecta DominitDi , viriliter (it/e , et confortetHr roy Imitii, et fit(yifi)ir Dotniïiutn. Et zut aux iléfaillances!

A vous,

P. Fkval.

Paris, mercredi.

Mon cher ami ,

Débiner mon quartier, c'est manquer de respect à la vénérée Louise Michel : vous êtes un lâche ! Des mots, je n'en ai jamais fait ni dit, mais vous avez celui que vous m'avez rapporté de ce léger Sarcey en parlant de moi : « Il a mal tourné ! » Je vous envoie Douze femmes, où se trouve le premier amour de Charles Nodier. Les deux autres que vous me demandez sont supprimés intégralement. Ne le dites même pas, car le Siècle a conservé le droit légal et usuraire de tirer les Amours de Paris en plaquettes, et s'il savait me consterner en le faisant, il n'y manquerait pas.

C'est assez gentil chez nous , mais mon cabinet et la salle à manger sont beaucoup plus petits qu'aux Ternes, On pend la crémaillère demain. Je ne sais pas où ma femme mettra tous ses prêtres dans cet espace exigu. Je voudrais bien que ce fût passé.

J'ai plus jeune que Ferdinand et que Victor, et même que Clément \ sans que ma pauvre femme ait renouvelé pourtant le prodige de Sara. C'est un terre-neuve de un mois et demi, déjà aussi gros que M. Gambetta. Il est légitimiste de la petite école, et croit qu'il pourra vaincre la postérité de Blanqui sans aller à confesse.

P*** a bien fait de vous donner ses deux journaux. La dernière fois que je l'ai vu, nous avons parlé longtemps de vous. Il a de bonnes intentions, a-t-il de bons conseils? Autour de lui, on n'aime pas le talent. La Revue est bien faible.

• Les fils de Tauteur.

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Les Scènes de la vie cléricale forinent un charmant volume, je l'altends.

Palmé est destiné à se bas-bleuir en vieillissant. On en meurt, mais c'est la pente du temps qui n'a plus de dents et ne sait manger que la bouillie.

Avez-vous lu une page peu apparente comme place , mais admirablement écrite, que Léon Gautier a publiée sur moi dans le Mo)ide ? C'est vraiment fort et chaud, je lui en ai grande reconnaissance. Poussez vos journaux, virilisez ça, le public chrétien attend du mâle.

A vous, et à bientôt,

Paris, mercredi.

Ah! mais non, brillant Buet, non possumus. Je serais très heureux et très flatté que M. Oudin pubHe ma biographie faite par vous , avec celle du cher d'Aurevilly; mais y pousser moi-même, c'est l'impossible, et je suis sûr que vous le sentez déjà.

En fait d'anecdote , pourquoi n'arrangez-vous pas celle du Coup de grâce, ma plaidoirie dans l'affaire Planchon? (l^"" N»). Elle est vraie.

L'affaire des Mystères de Londres aussi, et l'affaire du Fils du diable de même.

C'est samedi, après-demain, qu'il faut venir dîner; je suis sûr d'être là, parce que j'ai Biré (de Nantes"), l'auteur de ce livre qui refait l'histoire de la révolution en sincérité : la Légende des Girondins. Venez à sept heures, je vous raconterai l'histoire Véron, l'histoire Sardou , l'histoire Mirecourt, l'histoire Vapereau. Si vous êtes assassiné en chemin, je

porterai plainte à l'autorité. Les* voitures viennent à ma porte par les rues Lepic, Damrémont, Marcadet.

En somme, c'est à quinze minutes de Notre-Dame de Lorette, et Louise Michel y a demeuré.

A vous ,

Paris, lundi.

Tenez, Buet, rendez -moi un service capital. Je suis sans personne, et vis à la cave. Envoyez -moi l'article de d'Aurevilly sur moi si vous l'avez, je vous en prie. Et si vous ne l'avez pas, envoyez - LE-MOI TOUT DE MÊME; c'est si près de Paris- Journal.

Il faut que j'en écrive un mot à d'Aurevilly, et il me semble que je suis à mille lieues du Constitutionnel. En grâce, envoyez-le-moi. Votre volume est très charmant ^ Dès que vous m'aurez envoyé l'article, j'écrirai à d'Aurevilly pour lui dire de faire la préface du deuxième volume- (tout en le remerciant).

A vous,

Vous serez un de premier ordre si vous envoyez l'article.

' La Comédie politique, un volume signé Vindex. "^ Les Propos de Vindex, qui n'a jamais été publié.

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Lundi. 1879. Mon cher ami ,

Sûrement, j'irai vous voir mercredi, quoique je me couche à sept heures. Vous ne serez pas étonné de ma fuite hâtive, je me lève de bonne heure. Et ce, néanmoins, vous êtes un farceur assez vil de m'appeler grand et riche. C'est un trope connu, mais lugubre. Glamart est un lieu où l'on apprend à supporter ces cataphores.

Bravo pour votre travail ! Ma religion est que vous n'auriez pas fait un passable savetier. Vous iturez ad astnt sans manique niligneul, c'est dit.

Cependant savetier vient-il de savoîtier, comme gâteau? Breton vient bien de galeul par galette! Il y a sept ans que je n'ai vu le cher Léon Gautier. Où sont- ils donc tous? A mercredi.

Votre

Votre bel article a arrosé à point ce petit livre de Saint- M if] ici qui semble marcher assez fort. Remerci.

Paris, 26 septembre.

Mon cher Buet,

Tout grandit chez vous, jusqu'à ce jeune premier de Ferdinand, qui est bien gentil. J'ai eu grand plaisir à présenter mon respect à votre bonne mère, qui ne serait pas du tout un vieux bas-bleu , si elle était femme de lettres. C'est un grand bonheur que d'avoir une mère encore jeune, on l'a longtemps. Mon voi-

sin de dix-huit ans , — M. S., je crois, — a une très heureuse physionomie. Le pauvre Itahen qui m'a dit si doucement et si justement que j'avais parfois parlé de son pays avec buserie , s'est enfui dans son deuil et m'a fait de la peine. Tout ce qui touche aux mères me touche par choix , et pourtant ce n'est pas pour nous attendrir que je vous griffonne ceci. Je me suis souvenu hier au soir que vous m'aviez dit avoir l'intention de faire un grand article sur moi au Gaulois. J'avoue que j'en éprouverais un plaisir très vif parce que j'y ai une clientèle. Je vous remercie donc même de la pensée. Si vous la réalisiez, vous serait-il possible de dire un mot contre la scie de mysticisme qu'on commence à me monter? Je suis catholique, et c'est tout. Quelle mysticité y a-t-il à suivre le dessein de Dieu, selon les données théologiques et historiques? C'est dans Michelet que j'ai vu resplendir surtout ce dessein au point de vue de l'histoire de France. Je crois ardemment, c'est vrai, mais sans cela je tomberais comme une chiffe rouillée sous mon fardeaa; car je ne le supporte plus que par grâce. Vous montez, et c'est naturel; je descends, et c'est naturalissime. Louons Dieu tous deux. Vous irez vite désormais, moi aussi. Prenez votre élan, paratus esto. I am ready in a good enough. Boum!

A vous.

Paris, 29 septembre 1879.

Mon cher Buet,

C'est aujourd'hui le jour de naissance du roi et le mien : une bien illustre et une bien pauvre destinée. J'ai monté ce matin à la chapelle du Sacré-Cœur de

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Montmartre pour ce Bourbon qui est le salut, et dont personne ne veut, pas même les preux de l'écritoire caracolant sur leurs biques blanches dans le désert. Quand il parle français, ils trinquent basbreton , et croient qu'il suffit de boire beaucoup d'esprit pour en avoir un peu. J'aime Henri V avec obstination , j'ai foi en lui. Il a tort de parler, comme cet autre avait tort de faire tomber des perles devant du lard. Je ne vous ai pas répondu hier parce que c'était le dernier jour de vacances (côté filles); mes pensionnaires se sont envolées après déjeuner, et ma femme va partir pour voir ses deux petits moines à Notre-Dame de Sion, près de Nancy. Je vais rester seul avec la troisième de mes filles, grosse réjouie d'apparence qui est loin d'avoir une bonne santé. Je pense faire moi-même un petit voyage pour éviter cette grande table vide qui m'effraye d'avance. Je suis toujours là le matin, mais ce n'est pas une heure pour votre bonne mère, et je crains tellement d'être absent quand vous viendriez tous les deux l'aprèsmidi, que je propose d'intervertir les facteurs, comme dit l'algèbre. Donnez -moi le jour de ces dames, je leur dois ma « visite de thé », ou indiquezmoi un jour quelconque où vous resterez à la maison , entre trois et six; j'irai avec la fière liberté des divorcés sans enfants. Je serais vraiment content de causer avec M™" ou plutôt MM""^'^ B***; car, si je ne craignais d'être impertinent, je vous dirais que l'autre M"'^ B*** a monté aussi, ({uoique vous repoussiez le mot pour vous-même. Un mot, plus tôt que plus tard , et

A vous ,

Lundi, octobre 1879.

Vindex, votre article de ce matin est très bon. Que par la grâce de NèplièVeguërèta Zens votre civis puisse s'embêter encore davantage ! Je n'ai pas foi, c'est vrai , et si le roi revenait entouré de certains de ses comiques , j'aurais une atroce frayeur... pour lui. Mais si j'écrivais autrement qu'en confidence, je me croirais obligé de dire à peu près comme vous. Assurément, tout se peut, et c'est assez de Dieu, surtout quand il y a un tel roi, pour neutraliser bien des piètres. Et il est certain que dans l'armée du roi il y a de nobles talents , mais...

Si je n'ai pas eu le plaisir de voir votre chère mère avant son et mon départ, c'est bien vous qui l'avez voulu. J'attendais un mot. Je suis tout à fait seul à partir de demain, et je pense partir jeudi. God save the king! and everg hodg who says : God save the king! Ses pères sont morts pour avoir eu plus de maîtresses encore que de confesseurs, mais Dieu est infmiment bon, et il aime ce roi qui aime la France. Prions! et croyez que je ne dis pas mes litanies tous les soirs pour que nos a Loyalistes » n'aient pas tout l'esprit qu'ils devraient avoir. Au contraire.

A vous,

1" novembre 1879.

Mon cher ami ,

Je suis au grenier, et j'avais compté fuir, car on secoue mon cabinet (c^ qu'on )i'ava\t pas fait depuis la guerre). C'est pire que votre Maëlstroml Je no

veux pas partir sans vous avoir remercié. Je ne partirai même pas sans avoir été chez P***, pour lui redire mon avis sur vous et votre talent grandissant. Il y a dans cette très remarquable page un sentiment que je n'aime pas; mais vous me direz avec raison que j'ai mis soixante ans à me résigner, mais à ci<sai/cr loyalement, constamment, mais encore bien souvent en vain, comme vous l'avez pu voir au dîner du bon chanoine. Si jamais il y eut un animal tourné vers la récrimination, c'est moi. Eh bien! je vous le dis en toute vérité, je n'ai jamais eu de consolation qu'en acceptant, et le courage ne se trouve pas ailleurs.

Songez à ceci : a'ous êtes chrétien depuis votre enfance. Quand même vous hésiteriez dans votre foi, jamais vous n'iriez jusqu'aux blasphèmes de parti pris, qui sont le succès hors delà droite voie. Je suis certain de ce que je dis : vous ne fourriez pas avoir de passion contre la foi, or il faut de la passion pour avoir du talent. Vous n'êtes pas gréé en Renan pour jésuiter le succès. Le succès productif est désormais séparé de vous par un rien, et il est dans la voie même où vous le cherchez : voie triomphante (vous le dites vous-même, puisque la persécution y grouille). Vous n'av(v. ni désir ni possibilité de faire coude. Allons, ]iuetmanoir, bois ton sang, mais avec la confiance que c'est un cordial souverain, et que Dieu regarde les pochards de cette liqueur- là! Hier, à la messe de 6 heures, j'ai prié de tout mon cœur au bon moment. J'ai cru voir que vous passeriez pardessus le malheur et par- dessus vous-même. Je le demande à Dieu du fond du cœur. Votre article est beau ; le style vous arrive abondamment. Je ne puis aller chez l'abbé G. avant de partir, mais je lui écris en vous quittant, pour souligner encore davantage

le besoin qu'ils ont de vous : ce n'est pas à vous de le faire sentir. On a toujours propension à nier cela : c'est la nature. Merci encore, et foi, foi, foi, — et foi ! Les audaces quos fortunée juvat sont ceux qui sourient à Dieu. Une risette.

A vous de cœur.

Mon cher Buet,

Louis Veuillot a fait hier un article sur vous, non pas écrit, mais parlé, et un bon, devant tout V Univers. Texte : le Crime de Maltaverne. Je ne l'ai pas lu, mais j'ai riposté par Philippe Monsieur et la Savoie. Vous avez été absolument bien traité. J'ai pensé que vous ne dédaigneriez pas cette information.

C'était un dîner de rédaction. Tous ces messieurs m'ont paru charmants, j'ai peu causé, j'ai eu beaucoup de plaisir à écouter, surtout Veuillot. Je me sentais petit compagnon.

A vous de bon cœur,

M. Auguste Roussel parle aussi bien qu'il écrit. M. Ghauvelot est fort intéressant et spirituel. Généralement, j'ai été très content de les connaître.

Je vous dirai ce qui a été dit de vous, c'est excellent. J'ai aprouvé, mais toute l'initiative venait de Louis Veuillot.

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Rochefortville, 13 juillet, veille de la Saint- Pyat.

Mon cher Buet,

Je n'ai pas reçu votre volume. Il y a bien longtemps que je n'ai vu les Blériot, ni personne. Je ne m'étonne plus de ne pas savoir ce que vous faites, puisque vous m'écrivez sans me le dire.

J'ignore tout. Je sais seulement qu'on dansera demain au rond-point des Ternes. J'y conduirai ma famille, qui aime le bal. Quel temps gai! La fraternité souffle et embaume. Je ne me sens pas de joie.

Le comité de la Société des gens de lettres va être tout entier décoré, y compris M, Henri Martin. J'espère, pour vous, qu'on dansera un peu aussi devant la grille des Invalides. M. Farre a promis d'y venir.

Je reste un peu endolori de l'afl'aire des Jésuites, mais on les a bousculés dans leur intérêt. Se plaindre serait d'un mauvais cœur, si près de « la fête ».

Nous avons Rochefort! Il n'a pas vieilli. Si j'avais des orteils, j'irais vers vous , mais ils sont partis; il faudra que vous veniez.

J'ai vu, il y a un mois, de Pêne, qui vous aime beaucoup. Quel charmant cœur! mais il est réactionnaire.

Travaillons tout de même, et croyez-moi bien à vous.

Paris, mercredi 1880.

Ebbuet ! comme on dit Evviva ! dans l'ardente Italie, nous sommes bien contents que votre chère petite protégée entre au bercail ^

Vous ne devez aucune visite. On ne doit point de visite en ces pays; seulement, à des époques plus clémentes, on sera toujours enchanté de vous voir,

. . . Mexique où le sol tremble, Et l'Espagne [bis) au ciel bleu...

Ainsi parle la chanson de ma jeunesse, qui est, je crois, d'Alfred de Musset, musique de Monpou.

Vous êtes un fier caporal, puisque vous vous titrez ainsi; moi, si j'ai été un sergent d'occasion, je l'expie aux Invalides.

Ma femme est enchantée d'avoir réussi votre commission, mais ce P. Chauveau est si angéUquement bon! Hommages à M'"<^ B***. Le Coup de grâce va paraître. Si vous pouvez quelque chose pour ce bouquin, il se recommande à vous, ô puissant caporal .

Adieu, mon beau navire Aux grands mâts pavoises !...

M. Gambetta chantait ça à Procope. Le siècle a marché depuis lors. Maintenant ce sont les bas-bleus seuls qui grincent, qui hurlent ou qui grognent.

Tant mieux si vous travaillez beaucoup !

A vous de bon cœur.

' Une orpheline que M"^° B*** avait placée dans un orphelinat par Fentremise de M'"*^ Féval.

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Vendredi.

Cher ami ,

Je passe par Paris (429, rue Marcadet, Montmartre), en revenant de voir ma religieuse, auprès de qui j'ai passé dix délicieux jours , bien noyé en Dieu, et je prends le temps de vous remercier de votre très bel article de Paris- Journal : Un Breton. Je pars pour la Bretagne, où je passerai à peine quelques jours. Ma fille m'avait demandé de vos nouvelles, et je lui ai répondu que je ne vous avais pas vu depuis bien du temps. Nous traversons un abominable moment, et les affaires semblent mortes. En revenant, je tâcherai de vous serrer la main de tout cœur.

Votre

Paris, 10 septembre 1880.

Mon cher ami ,

S'en aller jusqu'à Saint- Jean- de-Maurienne pour être malades en famille et tous ensemble, voilà ce que j'appelle une faiblesse. Je ne pars que lundi, et j'espère que vous serez tous guéris à cette date.

La maison est un gâchis, un bouleversement, une commune. Je n'ai pas vu Palmé, qui était hors Paris le jour 011 j'ai fait le voyage de Montmartre chez lui. Je souhaite que sa maison aille bien: je rencontre des gens qui lui trouvent l'air assez triste. Il édite certains livres que je ne juge pas. Il a des conseillers que je ne me permettrais pas d'apprécier. Dix millions de capital pour faire ce qu'il fait me semble une lourde chose.

Vous souvenez -VOUS de Ms^ Gartuyswel, à qui j'avais adressé votre livre et sa préface ? E est venu nous voir vous et moi, l'an dernier, et n'a trouvé ni vous ni moi. Cette année il ne vous a pas encore trouvé, mais j'ai eu le plaisir de le recevoir ce matin, et il m'a dit le plus grand bien de voire livre. J'ai été d'autant plus content, que c'est un homme tout particulièrement distingué, qui mène cette université de Louvain , la première du monde , où il y a plus de quinze cents élèves catholiques fervents. Nous sommes bien éloignés d'avoir quelque chose de pareil, en France.

Tout va mal, hélas! mal, mal, mal. Nous sommes peut-être de mauvais soldats, et en tout cas, nous sommes bien mal armés, sans compter que nos chevaux de bataille sont des rosses. Quelqu'un me disait que nous étions montés sur des vaches. Avec des braves bêtes de cette sorte, on ne peut renouveler les charges de cavalerie de Reischolïen, ou gagner le prix des courses à Longchamp. Je crois qu'il faut prier et travailler en acceptant franchement les déboires. Pour mon compte, j'essaye, mais je ne puis me vanter de ne jamais grogner. Je vous souhaite bon courage et bonne santé à tous les vôtres. Si vous êtes auprès de votre bonne mère, dites-lui bien tous mes respects.

A vous.

Paris, 3 janvier 1881.

Cher ami ,

Il faut venir à pied, vous prenez la place de la Concorde, la rue Tronchet, la rue d'Amsterdam, la

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rue liepic; vous buvez un verre de Syracuse au moulin de la Galette, vous descendez les rues Guandon et Fontaine du But, et vous entrez en Marcadet, la voie la plus longue de Paris, quatre cents numéros et un cimetière !

J'allais vous écrire. J'ai eu un lumbago qui m'empêche encore de marcher. Ne voyant pas venir votre lettre, j'avais peur, car je n'ai pas vu Palmé depuis longtemps. Ledernier humain que j'ai vu, c'est Bloy.

Depuis votre bel article de la revue avec une si laide gravure, j'ai fait une fille religieuse ( ah ! la chère créature!), le Mont Saint-Michel , Pas de divorce ! Jésuites ! et les derniers volumes des Étapes. Je ne vois rien à changer dans mon souvenir. Il y a pourtant la lettre de mon petit oblat qui a fait le tour du globe (sans qu'il en sache rien). J'ai fait aussi Corbeilles dldstoires et près de trente volumes d'expurgations. Dites, je vous prie, que j'ai retiré de la reproduction tous mes livres, excepté les expurgés. C'était un petit sacrifice à faire.

Les Compagno7is du silence sont plus dramatiques que Châteaupauvre. Il y a aussi la Louve avec Valentine de Rohan, dont on me parle beaucoup.

Venez à pied, que je vous voie éreinté par une marche généreuse. Hommages à M™« Charles Buet, « Clémentine », dont vous ne m'aviez pas encore dit le nom. Je suis bien là-bas sous le Sacré-Cœur, vraiment bien. Quand vous serez pieux, il ne vous manquera rien, j'entends comme repos et bonheur.

Vos enfants doivent être énormes. Vous ne me dites pas à quoi vous travaillez. Je me dispute toujours avec P***, mais c'est un bon cœur. Ma temme vous envoie mille amitiés. Si vous m'outragiez, j'ai deux gars assez bien taillés. Combien

Palmé va-t-il donc avoir de journaux? Autant que de Léridas et de pendules? Le cabinet de ce cher M. T*** est toujours comble de bas -bleus.

Bonne année à vous et chez vous. Quand ma cabane va être rangée tout à fait, je vous donnerai rendez-vous pour diner, et vous serez assassiné en vous en retournant. — L'omnibus du Luxembourg, qui passe devant les Thermes , vous mène place de l'Église (à Glignancourt), à cinquante pas de chez moi.

A vous de tout cœur.

Paris, i9 mars.

Cher ami,

Je vous ai demandé hier à tous les échos de Palméopolis. Vous printanniez. De Pêne n'a même pas encore mis d'Écho dans Paris- Journal. Il m'écrit avec compliments qu'il attend votre article (que je lui avais annoncé). Je veux votre article, mais je veux aussi un écho, car le livre va très bien, Palmé me l'a dit hier. Je n'en ferai plus beaucoup. Poussez ce fils de la vieille; ce que je reçois de lettres est inouï! Si de Pêne (qui vous envie, dit- il, l'honneur! de rendre compte du livre) est trop faignant pour fabriquer un écho de dix lignes qui est indispensable, rendez-moi, ô Buet ! le service surérogatoire de le lui envoyer. Et faites l'article! j'en ai quantité de promis.

A vous de tout cœur.

Je lisais dernièrement dans VAmi du Clergé quel-

ques lignes où je vous arrosais comme une fleur Vous voilà fruit, belle pêche !

Paris, IG mai 1881.

Mon cher Buet,

Je vous envoie le Coup de grâce. Pour la première fois, je mets votre nom sur un de mes livres, parce que je crois que c'est «mon livre» (si j'en ai fait un). Je voudrais qu'il fût connu; je reçois tant de lettres qui me disent qu'il fait quelque bien! Envoyez -moi, je vous prie, le plus tôt que vous pourrez, la liste des critiques que vous connaissez, et leurs adresses , s'il se peut. Merci d'avance , et à vous sincèrement.

Ni ce chapitre ni ce livre ne seraient complets si nous ne donnions ici quelques lettres de Paul Féval à son dernier éditeur. Nous les trouvons dans un article publié par VAmi des Lm*es, journal intermittent servant de catalogue à une librairie. Les divers commentaires qui accompagnent cette correspondance sont signés de M. Firmin Dangien.

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