LK
Achevez donc! Croyez-vous que j’ignore Que, dans dix ans d’ici, Paul sera jeune encore.
Et que je serai vieille, et qu’il me quittera?
FonrsTiEn.
Non! vous le garderez, mais il vous haïra.
LÉA
Jamais! le jour venu de la triste éclréance.
Je m’exécuterai sans vaine doléance ,
Et je le pousserai vers ses destins meilleurs.
Le sourire à la lèvre et refoulant mes pleurs.
— J’expirai durement alors ces dix années;
.Mais j’en conserverai du moins les fleurs fanées ,
Et, dans la solitude où mon sort doit finir.
Mon cœur s’entretiendra de leur cher souvenir.
PAUL FORKSTIER.
FOBESTIEn.
Quand on récapitule en approciiant du terme.
Croyez-moi, ce qui compte et nous rend le cœur ferme. Ce qui mérite seul d’échapper à l’oubli.
Ce n’est pas le bonheur, c’est le devoir rempli.
LÉ.\
Mais je n’ai de devoirs, hélas! envers personne.
FOBESTIER.
Toute position, bonne ou mauvaise, en donne...
D’autant plus grands peut-être et d’autant plus ardus. Quand ils sont le rachat des bonheurs défendus.
— Le vôtre est, envers Paul, de traverser sa vie Comme un bon ange, et non comme un mauvais génie. Et de n’attendre pas pour vous en eiïacer Qu’il ait passé le temps de la recommencer.
LÉ A
Rompre... à présent?
Oui!
LÉ A
Non! c’est trop! non! je résiste!
Votre amour paternel devient trop égoïste.
Comme tous les amours absolus.
• LÉA
Et le mien ,
N’a-t-il pas droit de l’être aussi?
FORKSTIER, tristement.
Je le vois bien.
LÉA
Vous ôtes étonnants, vous autres! Qu'on réclame Un sacrifice amer, c’est toujours à la femme !