DEUXIEME PARTIE
APPRENTISSAGE DE L'ARTISTE
L'impressionnisme, pour Gauguin, a été surtout un exercice. Exercice aimé, pratiqué de bonne foi, comme un rite, par quelqu'un qui croyait avoir trouvé là toute la vérité : il n'y avait trouvé que l'occasion de s'initier à la technique picturale.
!36 APPRENTISSAGE DE L'ARTISTE
Les historiens du mouvement impressionniste ne s'y trompent pas. Malgré les très réels succès de Gauguin aux expositions de la « Peinture Nouvelle » où figurèrent ses œuvres, ils l'inscrivent comme à regret dans leurs listes, ou même ils l'y omettent. Il y aurait les grands et les petits impressionnistes; Gauguin serait de ceux-ci. 11 n'était ni de ceux-ci ni de ceux-là. L'impressionniste Gauguin fut un élève qui ne connaissait pas encore sa propre destination; la beauté lui était, en quelque sorte, objective encore. Il s'instruisait, il apprenait le métier, et à quelle meilleure école eût-il pu s'adresser que celle de Manet et de Pissarro, de Renoir et de Monet?
Ces grands amants de la nature ressuscitaient l'art que les académies avaient tué. Avec un admirable courage ils se mettaient hors la loi en rejetant tout le faux enseignement officiel, toutes les froides recettes déduites des œuvres de la Renaissance par les professeurs. Ils avaient découvert la lumière, ils en restaient ivres et travaillaient dans un enthousiasme ébloui, laissant couler de leurs yeux par leur main sur la toile le rayon coloré, sans se soucier des formes que le rayon daignait faire resplendir, sans intervenir par la pensée ni par le sentiment, sans choisir, esclaves heureux, idolâtres du soleil.
Dans ce système, qui retranche, autant qu'humainement il est possible, l'homme, la volonté de l'homme, de son œuvre, l'artiste renonce, par principe, à la composition, à la décoration, à l'expression, au style. Il n'est plus que sensoriellement un intermédiaire entre la nature et l'humanité, — et pas même un intermédiaire : c'est la nature elle-même qui se reflète dans l'œuvre peinte et entre l'œuvre peinte et l'humanité, l'intermédiaire reste à chercher. Car cette œuvre peinte n'est plus un tableau, à vraiment dire : ce n'est bien réellement qu'une « impression », et ce mot que trouva le boulevard