‹ Paul-Louis Courier: A Selection from the WorksChapitre 19 sur 74 · A M. RENOUARD · texte numérisé non relu

A M. RENOUARD

A PARIS

Florence, le 3 mars 18 10.

J'ai reçu, monsieur, vos deux lettres relatives à la tache d'encre. Je ne vois plus M. ï'auchet ^ ; mais je

2280 doute fort qu'il voulût entrer pour rien dans cette affaire. Vous comprenez que chacun évite de se compromettre avec la canaille. C'est le seul nom qu'on puisse donner à l'espèce de gens qui aboient contre nous. Pour moi, je ne m'en aperçois même pas. Les gazettes d'Italie sont

2285 fort obscures, et ne peuvent vous faire grand bien ni grand mal. Au reste, je ne souffrirai pas qu'on voUs pende pour moi, et je suis toujours prêt à crier : Me^ me^ adsum qui feci. Je déclarerai, quand vous voudrez, que moi tout seul j'ai fait la fatale tache, et que je n'ai point

2290 eu de complices.

Je vous envoie par la poste la traduction complète imprimée ici.^ Cela ne se pouvait autrement. Notre première idée était folle. Le morceau déterré devait paraître à sa place, et je crois que vous en conviendrez.

2295 On ne peut mettre assurément moins de génie dans un ouvrage qu'il n'y en a dans cette version. Voulezvous avoir une idée de ma finesse comme traducteur ? Vous savez les vers de Guarini : sentirsi morh\ se sentir mourir, e non poter diry et ne pouvoir dire, morir mi sento^

2300 je me sens mourir. Voilà comme j'ai feit tout du long

1 Le préfet.

' Tandis que M. Renouard attendait le fragment inédit et sa traduction pour les publier à Paris, Courier avait changé d'avis et résolu de donner luimême une édition complète du texte grec, et une autre de la traduction d'Amyot, retouchée et complétée. Celle-ci se trouvant prête la première, il l'avait fait imprimer à Florence chci Piatti, en février 18 10, et tirer à soixante exemplaires seulement.

du Longus. Si cette innocence ne désarme pas la critique, il n'y a plus de quartier à espérer pour personne. Au reste, ceci n'est pas public : c'est une pièce de société qu'il n'est pas permis de siffler. Si cependant quelqu'un s'en moque, je dirai comme d'Aubigné, attendez ce hyer de 2305 la fidélité.

A PARIS

Florence, le 3 mari 1810.

Madame, vous recevrez avec ce billet une brochure 2310 où il y a quelques pages de ma façon, façon de traducteur s'entend. C'est un roman (comme Oronte dit : cest un sonnet) non pas nouveau, mais au contraire fort antique et vénérable. J'en ai déterré par hasard un morceau qui s'était perdu : c'est là ce que j'ai traduit, et par occasion 2315 j'ai corrigé la vieille version, qui, comme vous verrez.

Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles.

Si cela vous amuse, ne feites aucun scrupule, pour quelques traits un peu naïfs, d'en continuer la lecture. Amyot, évêque, et l'un des pères du concile de Trente, est le 2320 véritable auteur de cette traduction, que j'ai seulement complétée : vous ne sauriez pécher en lisant ce qu'il a écrit.

Je vous supplie, madame, de vous rappeler quelquefois qu'il y a delà les monts un Grec qui vous honore, pour 2325 ne rien dire de plus ; et, si vous êtes paresseuse, comme je le crois, ne vous déplaise, ordonnez à M. Clavier de me donner de vos nouvelles.

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