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L'INSTALLATION DÉFINITIVE EN TOURAINE

Mort de Clavier. — Acquisition de la Chavonnière. — Courier candidat à l'Académie des Inscriptions. — Virulence de son pamphlet. — Procès en Touraine. — Affaire Clavier-Blondeau. — Hostilité du maire de Véretz. — Démarches de Courier auprès des ministres. — Echec final de ses espérances. — Apologue de Jean-Louis conté par Stendhal.

Le succès de la Pétition avait donné à Courier pleine conscience de son talent et lui avait appris « la sympathie du public français avec ce talent ». Mais il se croyait si peu engagé sans retour dans l'opposition que, loin de se préoccuper de jouer un rôle, loin de viser à la popularité en visitant, par exemple, les paysans en faveur desquels il avait élevé la voix, il ne songea qu'à reprendre ses études grecques, qui depuis dix ans au moins faisaient la principale occupation de sa vie. La traduction de Y Ane de Lucius de Patras était achevée selon le vœu de l'auteur qui l'avait accompagnée d'une préface de dix pages. Il confia son manuscrit à l'imprimeur Bobée et commença minutieusement la correction des épreuves. Ce travail fut interrompu, en février 1817, par un crachement de sang qui le tint longtemps entre la vie et la mort.

Au retour de son premier voyage en Italie, il avait subi une grave atteinte du même mal. Tombé alors dans une faiblesse extrême, il avait dû prendre une série de congés, avait rechuté en 1801 et ne s'était remis qu'avec peine, bien qu'ayant reçu les soins de deux excellents médecins, les docteurs Bosquillon et Portai.

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L'indisposition nouvelle, qui l'arrêta dans ses travaux en 1817, eut un caractère de gravité extrême, puisque toute vie intellectuelle cessa pour lui pendant de longs mois. Ses médecins l'envoyèrent aux eaux, mais nous ne savons à quelles eaux ; les détails nous manquent.

Quelque temps après son retour, mal rétabli et toujours faible, il était atteint d'un deuil qui fut pour lui le plus cruel après la perte de sa mère survenue en 1801. Le 18 novembre 1817 s'éteignait Clavier, qui, avant de devenir son beau-père, avait été pour lui le meilleur des amis, en même temps qu'un guide éminent dans les études grecques. Cette perte impressionna vivement notre helléniste qui, privé d'un tel collaborateur, se sentit dès lors désorienté dans ses travaux et même découragé. Il est de fait que, depuis la mort de Clavier, le grec tint moins de place dans la vie de Courier ; livré à lui-même, il ne va pas tarder à suivre son humeur querelleuse et sarcastique et à développer, au détriment des études philologiques, son génie de pamphlétaire. Ses premiers éditeurs ont donc eu raison d'imprimer qu'il ne continua dès lors que « de loin à loin les études » qui lui avaient été communes avec le défunt, et même qu'il abandonna dès lors divers travaux commencés.

En janvier 1818, Paul-Louis, se croyant guéri, commit l'imprudence de partir seul pour la Touraine où l'appelaient de très ennuyeuses affaires dont nous aurons bientôt à dire un mot. Repris de son crachement de sang, il fut, paraît-il, ramené mourant. Il dut se soigner et charger sa femme de veiller à sa place aux intérêts qu'il laissait en souffrance à Larçay.

Cette belle forêt devait constituer la source principale de son revenu ; dès la première année, il vendit à Claude Bourgeau deux coupes moyennant la somme

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de 12.250 francs ; Courier était satisfait, mais Bourgeau, en coupant le bois acheté, abattit par la même occasion cinq arpents de bois dans la coupe voisine. Tout accommodement étant impossible, il fallut plaider. Paul-Louis intenta une action civile à son indélicat acquéreur et exposa son affaire dans un mémoire adressé à MM. les juges du Tribunal civil. Son but était de produire dans le public un mouvement d'opinion en sa faveur : grisé en quelque sorte par le succès de sa Pétition aux deux Chambres, il comptait retrouver, en cette occasion, la courte popularité dont il avait joui en Touraine un an plus tôt, et il espérait que la sympathie du public ferait pression sur l'esprit des juges qu'il savait animés de mauvaises dispositions à son égard, précisément à cause de son intervention dans les affaires de Luynes. Voilà pourquoi de Paris il recommandait à M"'^ Courier de répandre avec sagacité dans le pays les copies du mémoire imprimé par Bobée, qu'il lui avait adressées : « Comment ne comprends-tu pas, lui écrivait-il, que cela est plutôt fait pour le public que pour les juges ? — Aussitôt ma lettre reçue, distribue tout ce que tu as, mais avec discernement. N'en donne qu'à ceux qui peuvent trompetter cela, et qui n'ont point d'intérêt à ce que la chose n'éclate pas. »

Qu'est-ce donc que ce morceau reproduit dans toutes les éditions de Courier, mais assurément peu intéressant pour la majorité des lecteurs ? Paul-Louis, en le composant, a voulu évidemment agir sur l'esprit du public et des juges; mais il a cédé surtout à la démangeaison d'écrire, car, selon l'observation de Sainte-Beuve, à cette époque de sa vie, son talent « cherchait jour et matière ».

L'affaire est exposée, avec beaucoup de clarté, en une douzaine de pages ; il raisonne bien, avec logique

et froideur, mais parfois éclate vivement la passion du gain qui cherche à se cacher. Cette passion, la moins noble de toutes, s'exprime avec àpreté par des répétitions, comme celles-ci, qui font songer à Harpagon pleurant sa cassette :

« // me prend mon bien, voilà le fait, et puis il dit que je lui dois. // me prend mon bien en mon absence, puis il entre en compte avec moi... Bourgeau coupe, en 1816, ce qui ne devait Têtre qu'en 1817 ; il mate d'avance mon revenu, me prive d'avance de ma subsistance. // me prend mon bien, non seulement sans aucun droit, sans aucun titre, mais remarquez ceci, messieurs, il me prend ce qu'il avait promis de ne pas prendre, promis par écrit, et signé. »

Courier exagère beaucoup la valeur de ce qu'on lui a pris ; cela ressort des explications mêmes de son plaidoyer. Ainsi il avait vendu son bois à raison de 400 francs l'arpent et était content du marché ; or, le bois de la coupe voisine, que Bourgeau lui a pris indûment, il l'estime 750 francs l'arpent, c'est-à-dire près du double. Pourquoi cette différence de valeur? Elle serait, dit Courier, « facile à vérifier s'il était question de cela, mais ce n'est pas de quoi il s'agit. » Admirable défaite, on en conviendra.

Tel est le caractère particulier et personnel qu'imprime à ce morceau l'avarice bien connue de Cour'jr, devenue, à partir de cette époque, une de ses pas .ions dominantes. A côlé de ces traits, qui sont l'homme même, suivant le mot de Bufïon, on retrouve aussi le lettré. Nourri de la lecture des orateurs attiques, il a recours à toutes les adresses qui leur sont chères. Il fait grand usage surtout de ces précautions oratoires, destinées à gagner la bienveillance des juges, qui étaient pour un Lysias, un Andocide ou un Démoslhènc les lieux communs de l'exoide. Courier, à leur exemple,

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se peint bon homme, faible, fuyant les contestations. II n'a jamais plaidé, (( aimant mieux perdre du sien que de gagner un procès » ; il est d'ailleurs ignorant et novice en toutes sortes d'affaires, ce qui ne l'empêche, un peu plus loin, de citer les jurisconsultes et les Ordonnances en matière d'eaux et forêts.

L'auteur se retrouve donc tout entier dans ces quelques pages, avec son caractère intéressé, avec ses goûts d'érudit et ses habitudes d'esprit empruntées aux Grecs. C'est un trait tout à fait remarquable de la physionomie de Courier, dans sa dernière attitude, que d'unir des choses si différentes, et de joindre les préoccupations du savant, du lettré, aux soucis des intérêts matériels : désormais le propriétaire, le marchand de bois et l'helléniste ne feront qu'un.

Bien que distribué à tout venant et offert à la curiosité publique, le mémoire contre Claude Bourgeau fut loin d'avoir le succès de la Pétition aux deux Chambres : rien qui doive surprendre d'ailleurs. Il ne s'agissait plus que des intérêts du seul Courier, homme riche, propriétaire d'une belle forêt ; le sujet parut vraiment mesquin. Le mouvement d'opinion en sa faveur qu'il espérait ne se produisit pas : il perdit son procès, et fut même condamné, par jugement du 25 février 1819, à versera Bourgeau une indemnité.

C'est à partir de cette date que va se compliquer singulièrement l'existence de Paul-Louis jusqu'alors si calme. Le procès intenté à Claude Bourgeau le préoccupait à tel point qu'obligé de quitter la Touraine presque « mourant », il avait envoyé sa femme « solliciter » à sa place. Intelligente et hardie, gracieuse et belle femme avec cela, Herminie Clavier ne répugnait ni aux démarches auprès des magistrats ni aux négociations d'affaires avec les fagoteurs, marchands de bois, vignerons et laboureurs. Cette demoiselle du

grand monde ne s'était point trouvée trop dépaysée au milieu de ces occupations nouvelles, et Courier pouvait jusqu'alors se féliciter d'avoir trouvé la compagne dont il avait besoin pour l'aider à défendre ses intérêts contre la rapacité des paysans et des hommes d'affaires.

Mais tandis qu'elle surveillait les coupes de bois et suivait les péripéties du procès en cours, son mari allait s'engager dans une autre affaire bien différente d'où il ne devait point sortir indemne. Le décès de Clavier ayant porté à deux le nombre des places libres à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Courier, poussé par sa femme, par divers amis, et sans doute aussi par sa belle-mère, avait conçu le projet, fort raisonnable en somme, de se présenter pour succéder à son beau-père. Sur ces entrefaites il apprit, en février 1818, la mort de Visconti, qui faisait une troisième vacance et augmentait ses chances. Il se décida dès lors à faire ses visites. Après avoir examiné avec une sage lenteur les titres des candidats, l'Académie porta son choix sur MM. Prévost d'Irai, Jomard et Bureau de la Malle.

Courier avait affecté, en se présentant, un beau sangfroid et une indifférence à peu près complète. « S'ils me reçoivent, écrivait-il, j'en serai bien aise ; s'ils me refusent, j'en rirai : je ne vaudrai ni plus ni moins, et le public sera pour moi. »

Malgré cette déclaration, il fut fort dépité de son échec qui le surprit au lendemain de la publication de son Ane par laquelle il acquérait un nouveau titre. Or, il n'eut pas même une voix. Aussitôt il prit la plume et, d'un style cinglant, écrivit sa Lettre à MM. de l'Académie. Avant même d'avoir terminé ce pamphlet, il annonçait au benjamin de la compagnie, à Raoul- Rochette, avec lequel il avait quelques relations, son projet de composer un « petit mémoire », non pour « justifier, mais pour atténuer » sa sottise de s'être

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présenté aux suffrages de ces messieurs, et là-dessus il partit pour la Touraine, où il allait s'enterrer dans une ferme triste, banale et sans caractère, qu'il venait d'acheter à proximité de la forêt de Larçay. Cette métairie, que rien ne désigne pour la demeure d un homme célèbre, est pourtant connue dans le monde entier parce que Courier la posséda pendant sept ans. C'est la Chavonnière.

Au milieu des soucis de son installation dans ce logis de fortune, il termine sa violente philippique contre les membres de l'Académie. La critique a toujours été unanime à trouver ce réquisitoire trop virulent : pour notre part, nous distinguerons les attaques contre les personnes, évidemment trop ainères pour être justes, et la satire de l'Académie elle-même, beaucoup plus justifiée à cette époque.

Nommer Jomard, Prévost d'Irai, Bureau de la Malle, quand on aurait pu élire un lettré comme Courier, des savants tels que Coraï et Thurot, c'était sans doute faire preuve d'un jugement pitoyable ; mais ces choix accusent moins la sottise de l'Académie que sa servilité. En effet, les trois élus avaient, pour ainsi dire, la double estampille de la cour et de la congrégation ; les autres étaient, au point de vue politique et religieux, regardés comme des indépendants.

Mais si leur élection est affligeante, ce n'est pas à eux évidemment qu'il fallait s'en prendre. Courier n'a cure de faire cette remarque équitable. Pour lui, ses heureux rivaux sont des ânes ; il le dit formellement. « Nous voyons à l'Académie grecque le vicomte invité, Coraï repoussé, lorsque Jomard y entre comme dans un moulin. »

Des trois vainqueurs, le chevalier Bureau de la Malle est le plus ménagé ; peut-être Paul-Louis avait-il quelque égard à ses talents d'amateur et à la variété de

ses connaissances. Mais Prévost dirai 1 Mais Jomard ! Quel jeu de massacre !

Le premier, vicomte ruiné par la Révolution, s'était mis à composer des vaudevilles ; puis il entra dans l'enseignement public et devint Inspecteur général, ce qui lui valut, par surcroît, le titre de gentilhomme de la chambre. Contrairement à ce qu'insinue Courier, il avait beaucoup écrit, outre ses pièces de théâtre, ayant publié, en 1816, une histoire de l'Egj'pte sous le gouvernement des Romains. C'est donc raillerie méchante et invective sans portée que cette affirmation : « Un gentilhomme de nom et d'armes, un homme comme M. le vicomte est militaire sans faire la guerre, de l'Académie sans savoir lire. » Jomard avait bien moins de titres, n'ayant pas même de titres de noblesse. Sorti de l'Ecole polytechnique, il fit partie de l'expédition d'Egypte comme ingénieur hydrographe et s'occupa depuis de quelques travaux d'érudition concernant la terre des Pharaons. C'était un de ces « savants véreux, a dit Sainte-Beuve, qui se croient quelque chose pour avoir débuté dans les bagages de l'armée d Egypte ».

Bref, si Jomard n'était pas tout à fait un âne, qui n'avouera qu'une Académie mérite d'être raillée et pis encore, quand elle préfère un tel plagiaire à Courier ?

Concluons donc très franchement que les choix de ce corps savant justifiaient toutes les colères et toutes les invectives du pamphlétaire. C'est pourquoi nous, qui jadis n'avons pas craint de soutenir contre lui l'honnête Furia cruellement malmené, nous ne saurions trouver un mot pour défendre l'Académie des Inscriptions de

Parfois quelques traits sont décochés avec trop de force et de passion : on ne sent pas assez l'homme qui s'amuse et qui raille, ce n'est pas assez d'un lettré

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parccntis viribiis atqne Exicmiantis cas consulta.

Voici, par exemple, des invectives où l'on relèvera plus d'insolence que d'esprit : « Aux vicomtes, aux chevaliers vous mêlez de la roture. L'égalité académique n'en souffre point, pourvu que l'un ne soit pas plus savant que l'autre, et la noblesse n'est pas de rigueur pour entrer à l'Académie ; l'ignorance, bien prouvée, suffit. »

A côté de ces sarcasmes plus amers que vifs, un ton enjoué, de Tespiit, et du très bon, ôtent au pamphlet non seulement l'àpreté d'une querelle de cuistres, mais le caractère mesquin d'une apologie personnelle. Courier sait se poser avec grâce dans son attitude de candidat battu ; même la bonne opinion qu'il a de lui ne le rend pas ridicule. Il peut écrire sans se rendre odieux : « Qui diantre me poussait à vouloir être de l'Académie, et qu'avais-je besoin d'une patente d'érudit. moi, qui sachant du grec autant qu'homme de France, étais connu et célébré par tous les doctes de l'Allemagne, sous les noms deCorrerius,Courierus, Hemerodromus, Cursor, avec les épithètes de uir ingeniosiis, vir aciitissiinus, vir praestaniissimiis, c'est-à-dire homme d'érudition, homme de capacité, comme le D"^ Pancrace. » Le trait plaisant de la fin et la raillerie du pédantisme allemand font passer l'éloge personnel. On sait d'ailleurs que Courier dit vrai et sa sincérité n'a rien qui choque .

Il sent bien toutefois qu'il ne pourrait sans danger demeurer dans ces personnalités, et il rattache adroitement son échec à celui des autres hellénistes : Coraï, Chardon de la Rochette, Haase etïhurot. La question, dès lors, s'élargit : c'est le grec qui est exclu de l'Aca-

demie au profit du chinois, du copte et du dialecte syriaque, et ce qui rend plus honteuse cette proscription, c'est le choix de Gail pour représenter le grec. Alors il se livre aune exécution de ce personnage, qui est restée définitive.

S'élevant à des considérations plus générales, il montre avec finesse que ce qu'on récompense par des places destinées aux vrais savants, c'est la médiocrité prudente qui ne fait ombrage à personne : « Un jeune homme, dans les lettres, avance, fait son chemin comme dans les sels ou les tabacs. Avec de la conduite, un caractère doux, une mise décente, il est sûr de parvenir et d'avoir à son tour des places, des traitemens, des pensions, des logemens... » N'était-ce pas l'exemple qu'avait donné Raoul-Rochette devenu suppléant de Guizot, puis maître de conférences à l'Ecole normale, enfin académicien, par ordonnance royale, avant même de s'être créé des titres sérieux ?

Enfin Courier ne termine pas sans essayer d'aller un peu plus au fond des choses et de montrer que c'est par servilité pour la cour et le gouvernement que l'Académie s'est réduite à ces choix scandaleux. Les billets de confession, voilà ce qu'on demande aux candidats : tel est le fin mot de la question. Par là, le vigneron de la Chavonnière rentre inopinément sur le terrain politique et son réquisitoire prend la tournure d'un excellent pamphlet contre le gouvernement. Il cherche à rendre les académiciens suspects au parti libéral en insinuant avec adresse qu'ils sont soupçonnés de vouloir rétablir la sainte Inquisition ; dès lors, comment nommeraient-ils Courier dont on n'est point trop sûr qu'il ait « fait ses Pâques » ?

C'est dans ces ripostes, destinées à passionner le débat, que l'on surprend surtout l'esprit du polémiste qui cherche à se faire jour. Toutes ces attaques au

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demeurant étaient de bonne guerre, car l'esprit ullra qui régnait à l'Académie l'avait fait exclure. 11 était la bête noire du monde officiel depuis que sa Pétition, en le tirant de l'obscurité, lui avait valu le fâcheux renom de Jacobin. Tel on le jugeait, en effet, au dire d'un contemporain *, Mais on avait contre lui d'autres griefs, dont il ne souffle mot dans son pamphlet, et que peut-être il ne soupçonnait pas. Les véritables savants de l'Académie (car, en dépit de ses dires, il n'y avait pas rien que des ânes) ne pouvaient lui pardonner sa Lettre à Renouard ; de Sacy rompit avec lui dès qu'il eut connaissance de cette publication. Letronne, que Paul-Louis croyait favorable à sa candidature, partageait cette sévérité de M. de Sacy. Dans une lettre, où il congratulait del Furia, il jugeait ainsi le trop bruyant pamphlétaire : « J'ai lu ici la diatribe de Courier ; elle fait tort à lui seul : l'opinion publique le punira de n'avoir conservé aucune dignité dans une chose aussi importante et d'avoir cru que les injures remplacent les raisons ; cela pouvait être bon du temps des Milton et des Saumaise, mais dans ce siècle, il est défendu aux savants de ne point savoir vivre-. » On peut juger si le ton est d'un ami et si Courier pouvait compter sur la voix de l'homme qui le condamnait avec cette dureté.

Ainsi, le bûcheron de la forêt de Larçay fut écarté non seulement comme compromettant par ses opinions, mais comme un homme de mauvaise compagnie. Toutefois son échec a fait plus de tort à l'Académie qu'à lui-même, puisqu'il nous vaut une des œuvres par lesquelles s'affirme son génie satirique .

Mais ces pages, malgré la verve comique qui les

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