‹ Paul-Louis Courier et la restaurationChapitre 16 sur 52 · DÉBUTS DANS L'OPPOSITION · texte numérisé non relu

DÉBUTS DANS L'OPPOSITION

Les Lettres au rédacteur du Censeur. — Idées politiques de Courier. — Son amour de la terre. — Eloge de la Bande noire qui favorise le morcellement de la propriété. — Critique du célibat des prêtres. — Hardiesse de Courier. — Session de 1819-20. — Assassinat du duc de Berry. — L'esprit de réaction combattu et raillé par Courier. — Son amour du peuple, des artisans. — Ses invectives contre les auteurs des Notes secrètes. — Eloquence et patriotisme de Courier. — Originalité de son style. — Sa pétition à MM. du Conseil de préfecture. — Les élections de novembre 1820. — Le procès-verbal ofliciel et le tableau brossé par Courier. — Perfection de son art.

Ce sont les petites vexations locales qui ont définitivement engagé Courier dans la politique ; dès lors, il va sans tarder devenir une personnalité marquante du parti d'opposition. A la vérité, les libéraux le comptaient pour un des leurs depuis quelque temps déjà, car il était affilié à une société publique, nommée ÏUnion, créée à Paris en novembre 1817, à l'époque même où, malade d'un crachement de sang, il y résidait. Le but avoué de cette association était de lutter pour le développement des libertés selon la Charte. Elle avait même pu, au vu et su de la police, réunir 400 de ses adhérents dans un grand banquet qui eut lieu le 3 mai 1818, c'est-à-dire le jour du quatrième anniversaire de l'entrée de Louis XVIII à Paris. Bientôt elle s'élargit encore et devint la Société des amis de la liberté de la presse. Mais un arrêt du tribunal correctionnel allait la dissoudre, le 18 décembre 1819.

Dès cette même année, Courier se rapproche de ses nouveaux amis, et lui, qui longtemps n'a pas eu d'opi-

DÉBUTS DANS l'oPPOSITION 81

nion, qui même fut regardé comme royaliste, tant il s'était montré indifférent aux événements des premiers mois de la Restauration, il ne tarde pas à émerveiller tous les libéraux par le courage, par la crânerie de son opposition. Il commence, en juillet 1819, à adresser des Lettres au rédacteur du Censeur européen ; il y en eut huit qui parurent dans ce journal. C'est par elles qu'il inaugure véritablement sa carrière de publiciste : l'instant était favorable; il sut le saisir. Les journaux, en effet, depuis le début de mai, étaient affranchis de la censure ministérielle et rentraient dans le droit commun. Dès lors, remarque Etienne, le rédacteur de la Minerve, dans une de ses Lettres sur Paris ^, dès lors les journaux constitutionnels prennent un ton plus ferme et plus digne. Cette liberté de la presse nous semble aujourd'hui bien précaire ; pourtant elle contentait les libéraux de l'époque. Dans une lettre aux habitants de la Sarlhe, Benjamin Constant reconnaît que, depuis un an, la France a fait plusieurs pas assez importants dans la carrière constitutionnelle. « Nous n'avons certainement pas atteint la perfection de la garantie au point de vue de la liberté individuelle, mais nous jouissons à un haut degré de la liberté de la presse . »

Ces facilités permettent au Censeur européen de paraître sous une forme nouvelle ; à partir du 15 juin 1819, il devient quotidien. Courier avait adopté avec faveur ce journal sérieux, rédigé par des hommes qui faisaient profession de se vouer spécialement à l'étude des sciences morales et politiques. On pouvait y lire des articles signés par Lafayette, Lafiitte et plus souvent par Thierry. De lecteur assidu de celle feuille, Courier en devint rédacteur intermittent ; avant de prendre la plume, il avait eu soin de s'imprégner des

Page 1