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Première lettre particulière

OPPOSITION ANTIDYNASTIQUE 193

cher des verges pour se faire fouetter. Cette pièce fait partie du Livret de Paul-Louis pendant son séjour à Paris, mais elle en fut détachée et répandue à profusion sous ce titre : Un vieux soldat à iarmée. C'était l'époque où l'on colportait une chanson de Déranger qui a pour refrain : « Brav' soldats..., demi-tour ! » Les invitations à la désertion ne manquaient pas à l'armée royale. En même temps, des ouvertures étaient faites par les meneurs du parti libéral à divers colonels ou généraux que l'on croyait secrètement hostiles au gouvernement; enfin, pour mieux décourager ceux qui allaient combattre, on fit courir le bruit que le roi de Rome était dans les rangs espagnols. C'était l'effet d'un plan concerté. Ainsi nous voyons Courier, toujours si indépendant, faire sa partie dans cette sorte de complot organisé à l'occasion de la guerre d'Espagne. D'ailleurs, si la prudence la plus élémentaire l'obligeait à démentir son factum, ainsi que tout ce qu'il imprimait à Bruxelles, on pouvait aisément reconnaître sa manière : ce sont ses idées, à la fois très simplistes et exprimées d'une façon concrète, qui frappent l'esprit, témoin cette définition : « L'ancien régime, savez-vous ce que c'est, mes amis ? C'est, pour le peuple, des impôts ; pour les soldats, c'est du pain noir et des coups de bâton. » Et voilà toute la pensée du pamphlétaire développée en deux pages et répétée dans la conclusion : « Volez à la victoire..., vous savez ce qui vous attend ; les nobles auront de l'avancement, vous aurez des coups de bâton. »

Les passions étaient si excitées et faussaient tellement l'esprit des libéraux que le général Lamarque, qui, notons-le en passant, avait connu Courier pendant la campagne de Naples, approuvait hautement cetle proclamation. « C est. disait-il, un modèle qu'on devrait suivre. »

Lamarque, comme Courier et Déranger, comme la

plupart des libéraux, est désormais engagé dans une opposition antidynastique contre les Bourbons. Depuis l'assassinat du duc de Berry et l'avènement d'une politique de réaction s'appuyant sur la droite, l'opposition a perdu l'espoir de triompher sur le terrain constitutionnel. Ecrasée à la Chambre par le changement de la loi électorale, ne pouvant plus compter pour vaincre sur les armes légales, elle se voit réduite à recourir à des complots, à des menées factieuses. A cette heure, comme le constate Thureau-Dangin, « il n'y a plus l'une en face de l'autre que deux armées foncièrement ennemies ». Les haines sont « irréconciliables ». Si les libéraux ont contribué par imprudence, par manque de mesure, par manque aussi de bonne foi, à cette rupture définitive, le même historien avoue que « dans cet échec si malheureux de la politique du centre, les fautes de la droite ont aussi leur part ■. » lia même écrit un livre destiné à mettre en lumière ces fautes déplorables-.

On voit donc quelle était la situation depuis 1820 : les libéraux, derrière une opposition constitutionnelle en apparence, cachent des espoirs, des rêves antidynastiques et jusqu'à des menées révolutionnaires. C'est ainsi qu'ils s'intéressent aux tentatives faites sur divers points du territoire pour soulever des régiments. Ils trempent dans des conjurations militaires comme celle de Belfort à laquelle prennent part nombre de députés, MM. d'Argenson, de La Fayette, Jacques Kœchlin et Manuel. Partout, ils agissaient dans la coulisse, préparaient des moyens d'exécution et devaient se montrer en cas de succès. Enfin ils croient que l'heure de la revanche a sonné lorsque éclate la guerre d'Espagne.

1. Thureau-Dangin, le Parli libéral sous la Restauration, p. 103.

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