Lettre à M^e Courier du 16 novembre
ennemis jurés de Tancien régime, voir sans colère une entreprise dont le but, avoué chaque jour par les journaux royalistes, était de consolider en France les abus de l'ancienne monarchie peu à peu restaurée. La Quotidienne ne leur laissait guère d'illusions à ce sujet. Lorsque enfin la guerre fut terminée, voici en quels termes s'exprimait le principal rédacteur de cette feuille ultraroyaliste, M. de Donald : « Le coup de canon tiré sur la Bidassoa fut le signal de détresse de la révolution, en annonçant à l'Europe que les armées françaises si longtemps entraînées contre les rois allaient enfin, sous la conduite d'un Bourbon, marcher au secours de la royauté en Espagne. Cinq mois après, cent coups de canon ont annoncé à la capitale de la France que cette guerre, la plus juste qui jamais eût été entreprise, était terminée avec gloire. »
Ainsi les libéraux français qui s'avançaient à la rencontre de Tariuée royale sous les plis du drapeau tricolore étaient des hommes de bonne foi qui se jugeaient en état de légitime défense. Ce fut, hélas ! l'esprit de parti qui les anima. Par un juste retour, c'est l'esprit de parti seul qui persiste à les condamner ; aujourd'hui l'histoire impartiale leur a pardonné l'erreur d'optique dont ils furent victimes.
Quant à Courier, il était, en somme, dans son rôle en essayant de retirer au roi l'appui de l'armée, quand on chargeait cette armée de détruire la liberté ; il restait fidèle à ses amitiés en collaborant à l'œuvre des soidisant libéraux, même lorsque cette œuvre était anticonstitutionnelle et antilibérale. On ne saurait après tout reprochera un pamphlétaire d'ignorer la prudence et la modération des doctrinaires.
Par une progression régulière, d'indifférent il était devenu mécontent, de mécontent hostile. A partir des derniers mois de 1822. nous le trouvons engagé dans
OPPOSITION ANTIDYNASTIQUE 197
une opposition antidynastique qui ne recule plus devant aucun moyen, quelque perfide qu'il soit, pour exciter à la haine et au mépris des Bourbons. Il en vient enfin à lancer sa proclamation qui constitue l'injure la plus cruelle qu'on puisse adresser à un gouvernement régulier.