ATTAQUES DE COURIER CONTRE L'ÉGLISE
La question religieuse sous la Restauration. — Le crime de l'abbé Mingrat et la deuxième Réponse aux anonymes. — L'esprit voltairien chez Courier. -- Il forme le projet d'un ouvrage contre le célibat ecclésiastique. — Sa lettre à M"* Cauchois-Lemaire. — Le Pamphlet des pamphlets. — Sa publication. — Article élogieux du Courrier français. — Les attaques de la Quotidienne. — Courier publie les titres de nouveaux pamphlets qu'il se propose de composer.
En même temps que Paul-Louis provoquait les soldats à la désertion, il donnait au régime de nouvelles preuves de sa haine en attaquant le clergé, auquel la monarchie prétendait faire une situation privilégiée dans l'Etat.
Dans les Petits pamphlets, à côté d'idées déjà exprimées ailleurs, mais qui reparaissent sous une forme piquante — nouvelles épigramraes décochées aux gens de cour, aux parasites nourris par le budget, nouveaux encouragements à la Bande noire, nouveaux blâmes au maire de Véretz — à côté de ces lieux communs toujours habilement traités, on voit poindre et grandir une obsession : c'est la crainte et la haine de l'Eglise.
Ces sentiments nous frappent d'autant plus qu'ils sont totalement étrangers au premier Courier, à celui d'avant le rôle et le pamphlet, que nous avons suivi à travers toutes les étapes de sa vie aventureuse et décousue. Au cours de sa carrière militaire, nul parmi ses camarades ne se montra moins sectaire que cet officier érudit ; nul n'était plus disposé à se lier avec le premier moine venu, à condition qu il fût homme de
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savoir et de bonne compagnie. Ce soldat savait bien que sous la robe ecclésiastique il avait plus de chances de trouver des lettrés que parmi la troupe bruyante des traîneurs de sabre. Voilà pourquoi sa correspondance nous révèle tant de doctes abbés qui lurent ses amis à Rome, à Livourne et à Naples.
Rentré en France, il n'a pas de sentiments plus hostiles pour les prêtres, bien que les curés ignorants et grands buveurs avec lesquels il trinque à Luynes, chez un noble émigré, ne puissent lui faire oublier l'abbé Marini ou le chanoine Fortini.
Retiré dans sa commune de Véretz, il entretenait des relations très cordiales avec le vieux desservant Marchandeau, que M™^ Clavier, sa belle-mère, visitait fréquemment.
Enfin, nulle part avant 1819 et les Lettres an rédacteur du « Censeur », Courier ne donne aucune preuve de haine contre le clergé. Mais alors les passions anticléricales se font jour chez lui comme par enchantement. C'est que l'Eglise, soutenue et adulée par le gouvernement, est devenue une puissance dominatrice, devant laquelle il faut s'incliner. Ainsi, chez Courier, la haine du prêtre résulte tout naturellement de sa haine de l'autorité qui est, on le sait, la plus violente — la seule violente — de ses passions.
Mais, hélas ! la politique des minisires qui allaient remplacer M. Decazes nétait guère de nature à modifier ces dispositions malveillantes, et Courier nous livre le fond de sa pensée lorsqu'il écrit, dans la Gazette du village : « Rien ne fait tant de tort aux prêtres que l'appui du gouvernement. »
Les événements ne tardent point à justifier cette affirmation. Tandis que le ministère de Villèle protège et encourage les missionnaires, tandis que ceux-ci profitent d'une situation ai favorable pour essayer d'étendre leur
action, voici que bourgeois et gens de la classe moyenne, jusqu'alors indifférents à la question religieuse, s'effarouchent, car ils croient les conquêtes matérielles et morales de la Révolution menacées par cette ingérence du clergé dans les affaires de l'Etat. Il était facile à la bourgeoisie de comprendre, selon le mot d'un historien, que « sa fortune et son avenir se trouvaient liés au maintien des droits conquis en 1789 et non au rétablissement de l'ancienne domination nobiliaire et cléricale^ ».
Par malheur, au moment où se développent dans la masse ces inquiétudes et ces défiances, voilà que le parti ultra semble prendre à tâche de les justifier. Les imprudents théoriciens de l'extrême droite demandaient pour l'Eglise, dit Thureau-Dangin, « non seulement la liberté, la protection, mais la prépondérance politique. Le clergé constitué comme premier ordre de l'Etat, avec un pouvoir dominant, une dotation territoriale, un droit de censure suprême sur la presse, leur paraissait un élément de cet ancien régime dont ils poursuivaient le rétablissement, ou dont plutôt ils rêvaient la glorification et se plaisaient à agiter la vaine et compromettante menace'^ ». On alla jusqu'à proposer une sorte de restauration de l'Inquisition : il s'agissait de créer un conseil des Dix chargé de défendre la religion : « conseil supérieur aux ministres, jugeant à huis clos, sans avocat, requérant l'action du pouvoir politique qui serait obligé de lui prêter main-forte, et pouvant appliquer toutes les peines, même la mort^. »
L'Eglise de France n'eut point la sagesse de modérer le zèle des exaltés qui proposaient des mesures à la fois