Thureau-Dangin, loc. cit
ATTAQUES DE COURIER CONTRE l'ÉGLISE 201
si dangereuses et si déraisonnables. Beaucoup d'ecclésiastiques se jetaient dans les luttes politiques et prenaient parti pour l'ancien pouvoir royal contre les nouveautés constitutionnelles : les moins éclairés se déchaînaient en chaire contre la Charte avec une fureur qui révélait l'Eglise au peuple comme la plus violente ennemie de ses libertés, de ses droits, et même de son bien-être acquis par la Révolution.
De tant d'imprudences, de tant de provocations résulte peu à peu un mouvement anticlérical très prononcé dans presque toutes les classes de la société. Il n'est question que de l'intolérance du clergé, de ses empiétements, et des menées ténébreuses des Jésuites, dont on veut voir partout l'influence néfaste. Ecoutons un historien impartial, Thureau-Dangin, dont nous avons déjà invoqué maintes fois l'autorité :
« Pénétriez-vous dans un salon ou dans un atelier, on n'y parlait que du « parti prêtre » ou des « hommes noirs », de la « Congrégation » ou de « Loyola ». Ouvriez-vous un journal ou une brochure, ce n'étaient qu'histoires de prêtres intolérants ou ineptes, dissertations ou polémiques sur le « jésuitisme ». Regardiezvous les caricatures à la vitrine d'un marchand d'estampes, vous y voyiez des curés et des moines, gras de bien-être ou desséchés par le fanatisme, déguisés en éteignoirs, brûlant des Voltaire, s'escrimant contre la Charte, ou faisant commerce de dévotions. Rencontriez-vous sur votre chemin quelque rassemblement tumultueux, quelque agitation populaire, c'est qu'il s'agissait de faire tapage à une mission, ou d'introduire de vive force dans une église le cadavre d'un acteur mort sans confession. Finissiez-vous votre journée au théâtre, le parterre y exigeait à grand bruit le Tartufe, et saluait de ses bravos passionnés tous les traits de Molière contre les faux dévots. « A bas les Jésuites ! »
ce cri lancé de la tribune, répété par la presse, fredonné par la chanson, hurlé par l'émeute, renvoyé d'écho en écho aux quatre coins de la France, éclatait chaque jour plus retentissant et plus formidable. »
Cet état d'esprit si grave, qui annonce déjà la révolution de 1830, fait éclore toute une littérature anticléricale. C'est le Constitutionnel, journal cher à Paul- Louis, qui lui donne le ton en se signalant par ses suspicions contre le parti prêtre. Bientôt Courier luimême va passer maître dans cet art diabolique d'attaquer la religion en ayant l'air de ne s'en prendre qu'à quelques-uns de ses ministres.
D'ailleurs, point d'invectives, pas de calomnies : des faits, des faits malheureusement exacts, mais présentés avec adresse et répétés à satiété, de manière à irriter contre un clergé intolérant et altier, qui réclame toujours plus d'autorité, plus d'honneurs publics et officiels.
Il est un point sur lequel Courier ne va pas tarder à concentrer ses attaques, c'est la question du célibat des prêtres. C'est qu'un fait grave s'était produit, qui avait fixé son attention, l'amenant à réfléchir à ce problème.
Le 8 mai 1822, l'abbé Mingrat, curé de Saint-Quentin dans l'Isère, commettait un assassinat dont le mobile et les circonstances étaient de nature à frapper d'horreur toutes personnes de bonne foi.
Ce prêtre avait déjà fait parler de lui d'une fâcheuse manière dans sa résidence antérieure ', une jeune fille de quinze ans, à laquelle il s'intéressait, était devenue grosse, puis avait disparu sans que jamais parents ni amis en pussent avoir de nouvelles ; après en avoir demandé de tous côtés, on finit par n'y plus penser.
Mais le bruit que fit cette affaire fut cause que Mingrat était bientôt transféré à la cure de Saint-Quentin. Or, le 8 mai, Marie Charnalet, femme de vingt-six ans, dune