LES ANNEES D ATTENTE ET D OBSERVATION O
de son existence. Il ne se fixa nulle part : Paris l'ennuya : la pluie et la boue dont il était déshabitué Tincommodèrent. Saint-Prix, où il alla villégiaturer, ne sut le retenir. Loin de dire avec le poète :
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
il ne songeait nullement à se fixer auprès de « ses parents » pour y vivre « le reste de son âge ». Il ne rêvait que fugues nouvelles : la pensée d'un pèlerinage païen dans sa chère Athènes lui trottait toujours par la tête. Aussi se hâtait-il de « mettre un peu d'ordre dans ses affaires » pour s'enfuir de nouveau. Il dut aller faire un voyage en Touraine, où se trouvait, près de Luynes, l'important domaine de la Filonnière que sa mère lui avait laissé en mourant.
Parti de Paris le 23 octobre, au moment même où éclatait la conspiration du général Malet, il coucha à Orléans. Le 26 octobre, à l'arrivée de la diligence à Blois, les gendarmes lui demandèrent son passeport. Il dut répondre qu'il n'en avait pas. On insista au moins pour qu'il montrât le « brevet de sa décoration ». Il ne put l'exhiber. En outre, il fit, paraît-il, « beaucoup de difficultés pour donner les renseignements qu'on lui demandait ^ ». Il répondit enfin qu'il était ancien officier, « démissionnaire depuis quatre ans », « qu'il était porteur d'un passeport qui lui avait été délivré à Strasbourg il y a environ un an, mais qu'il l'avait perdu ainsi que son brevet de légionnaire en montant dans la diligence à Orléans ».
Ces explications embarrassées eurent pour effet de le rendre suspect : on le conduisit devant le préfet. Celuici, défiant par suite de la nouvelle de la conspiration
1. Tous ces détails sont extraits du rapport du préfet de Blois au ministre de la police. (Arch. nat., F'' 8330.)
b PAUL-LOUIS COURIER ET LA RESTAURATION
du général Malet, qu'il venait d'apprendre, ordonna qu'il fût gardé à vue par deux gendarmes dans une chambre de l'hôtel d'Angleterre, où s'était arrêtée la diligence . Il écrivit alors au préfet de police afin d'en obtenir les renseignements nécessaires « pour pouvoir prononcer sur le sort » du prisonnier.
Courier passa quelques journées fort désagréables entre ses deux surveillants qui, le jour, le « couvaient des yeux », et qui « la nuit, avec deux chandelles, l'éclairaient de près pour dormir, crainte qu'on ne l'enlevât par l'air » .
On lui permit d'écrire à Paris pour sa délivrance. Il adressa donc à sa cousine M'"^ Marchand, chez laquelle il logeait, 12, rue desBourdonnais, la lettre suivante, que nous avons copiée aux Archives nationales, et qui est inédite :
« Blois, 26 octobre,
« Ma chère Cousine,
« J'ai perdu mon passeport et me voilà ici arrêté et gardé à vue comme un conspirateur qui s'est échappé de Paris pour n'être pas fusillé. On écrit à Paris au ministre de la Police pour sçavoirquije suis, et en attendant la réponse, j'enrage comme vous pouvez croire. Si vous avez quelque connaissance dans les Bureaux de la Police, courez-y et faites parler pour qu'on m'expédie sur-le-champ, qu'on me laisse aller ou qu'on me pende. J'ai affaire ici à des gens qui n'entendent aucune espèce de raison. Car j'ai des papiers plus qu'il n'en faut pour montrer qui je suis. Mais tout cela ne sert de rien et je ne sais combien de temps je dois rester ici avec deux gendarmes dans ma chambre.
« Je crois qu'il suffit que quelqu'un réclame pour