‹ Paul-Louis Courier et la restaurationChapitre 33 sur 52 · ATTAQUES DE COURIER CONTRE L ÉGLISE · texte numérisé non relu

ATTAQUES DE COURIER CONTRE L ÉGLISE

dans son dépit, témoignait des craintes pour les intérêts du libraire qui avait spéculé sur la vente de cette brochure. Nous nous empressons de rassurer la Quotidienne sur ce point, et pour ne lui laisser aucune espèce d'inquiétude, nous lui dirons qu'avant-hier le libraire avait déjà vendu deux mille exemplaires du Pa777/)/i/e/ des pamphlets . »

Courier resté à Paris pouvait constater que tous les journaux étaient pleins de son nom et il jouissait de son succès avec le flegme dont il faisait preuve en pareil cas : « On est furieusement prévenu en ma faveur », écrivait-il négligemment à sa femme. C'était, hélas ! la dernière fois qu'il lui était donné de s'entendre louer. Moins d'une année plus tard, il allaitpérir assassiné au milieu d'un bois, avant d'avoir pu mettre au jour de nouvelles œuvres. Ce n'est pas qu'il n'eût en tête de nombreux projets.

On a vu que, dans sa péroraison, lord Bickerstaff l'encourageait à faire « pamphlet sur pamphlet ». Ce conseil, donné publiquement, répond à un dessein arrêté de l'auteur. Loin de manquer de sujets, comme l'a supposé Sainte-Beuve, il allait plus que jamais se jeter dans la mêlée. A son grand ouvrage contre les prêtres, dont il attendait scandale , persécutions et succès, devaient succéder une foule de satires contre la noblesse, contre les ministres et les ministériels, contre la Septennalité, contre la « pornocratie », etc.. D'avance il s'amusait à allécher la curiosité du public avec les titres bizarres et comiques de la plupart de ces pamphlets, qu'il énumérait dans un avertissement du libraire daté de 1823. Son œuvre passée lui semblait une bagatelle en comparaison de tout ce qu'il se proposait d'écrire : le succès, la sympathie du public avaient mûri et assoupli son talent en lui donnant une

confiance qui d'abord manquait trop à ce tjTan des mots et des syllabes. Enfin il allait connaître la joie de pouvoir s'abandonner à son inspiration, sans hésiter devant un terme ou une tournure inconnue à ses auteurs familiers. Il allait peut-être briser le cadre trop étroit où étouffait son génie.

En tout cas, les sujets d'actualité ne lui faisaient pas défaut. Mais sans doute, comme il arrive à tout polémiste, et plus généralement aux auteurs gâtés par le succès, il était exposé au danger de se répéter. On doit présumer qu'il se fût rencontré peu d idées nouvelles dans ces opuscules annoncés par Courier : avec la Lanterne de Rovîgo, il se proposait, à Toccasion d'une publication récente de son ancien camarade Savary ^, de revenir sur son parallèle entre l'ancienne et la nouvelle noblesse. Après les avoir criblées l'une et l'autre d'invectives et d'épigrammes, il devait conclure en déclarant les gentilshommes de Bonaparte, nobles par grâce, encore plus brutaux, cupides et insolents que les gentilshommes de Louis XVI, nobles de race. Recepi mimmos à gogo était un pamphlet contre les indemnités que, dès cette époque, le ministère de Villèle se disposait à verser au clergé et aux émigrés pour les dédommager de la perte de leurs biens. Les Thèses contre les hérétiques aiiraieni peut-être, mais sans renouveler le sujet, ajouté quelques traits à la peinture connue du jeune vicaire confessant, au fond d'une sacristie, la jeune fille qu'il aime secrètement et s'abreuvant du poison de ses yeux. Enfin, la question de Chambord revenait sur l'eau avec la brochure intitulée : f/ommaye des employés de Montmartre, offrant par l'organe du préfet la moitié de leur picotin pour

1. II s'agit des Mémoires du duc de Rovigo publiés dans un esprit royaliste.

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l'acquisition de C... Ces pamphlets auraient répandu davantage le nom de l'auteur, les nouvelles poursuites qu'on lui eût intentées auraient augmenté sa popularité. Il eût été plus cher à la foule dont il eût interprété à ses risques et périls les ressentiments et les colères. Son action contre le gouvernement aurait été plus décisive et peut-être son nom serait-il plus célèbre. Enfin, il aurait légué à la postérité une œuvre plus copieuse. Mais, à tout prendre, le jugement des lettrés lui seraitil encore plus favorable ? Or n'étaient-ce pas les suffrages de cette élite qu'il recherchait avant tout ?

Il nous semble que le Simple discours, les Lettres au Censeur, la Pétition pour des villageois, suffisent amplement à sa gloire. De nouveaux pamphlets n'y sauraient rien ajouter; peut-être même donneraient-ils au lecteur une impression de lassitude. Quant aux éloges qu'aurait mérités son courage, pour avoir prêché au peuple l'évangile de la liberté en « sincère ami du pays », nous savons de reste que pour Courier ils ne sauraient entrer en balance avec l'approbation des gens de goût.

Peut-être ces réflexions auront-elles pour effet d'amoindrir les regrets que cause à ses amis la mort prématurée du vigneron de la Chavonnière.

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