‹ Paul-Louis Courier et la restaurationChapitre 38 sur 52 · Arch. nat,, Indre-et-Loire, F · texte numérisé non relu

Arch. nat,, Indre-et-Loire, F

rivé le 27, à neuf heures du soir, il s'est rendu de suite cul-de-sac de Sourdis, n" 3, où il loge chez un sieur Duchâteau, qui occupe un appartement au deuxième étage de cette maison. Le mari de la dame Gasnault demeurant rue de Harlay, n°2, a reçu le paquet. On n'a pu savoir ce qu'il renfermait. Le sieur Courier n'étant arrivé à Paris qu'après les élections, tout porte à croire que son voyage dans la capitale n'a pour motif que ses intérêts particuliers ', il est même à remarquer que cet écrivain, que la faction emploie dans les circonstances importantes, n'a rien écrit de relatif aux élections, et n'a même rien publié depuis son arrestation au mois d'octobre dernier. »

On a vu que ce voyage avait pour objet la publication du Pamphlet des pamphlets. Cet opuscule ne devait point inquiéter la police. Nous constatons pourtant que Courier figure au dossier 12393 de la Police générale aux Archives nationales, comme « participant à des manœuvres révolutionnaires ». Cherchons à éclaircir ce mystère.

Le préfet de police Delavau connaissait bien notre pamphlétaire, puisqu'il le déclarait « frondeur par caractère...,mais incapable de prendre part à un complot quelconque qui aurait pour but de troubler d'une manière sérieuse le repos de la France ». Mais la police de Tours, désireuse de se signaler par son zèle, arriva tant bien que mal à l'impliquer dans un complot imaginaire. Ce qui aggrava le mal, ce fut l'activité brouillonne du nouveau préfet. Nous le voyons faire sa cour au ministre par des protestations puériles et maladroites de son dévouement.

Au moment même où il cherchait ainsi à se faire valoir comme un administrateur vigilant, il reçut de son commissaire de police un rapport lui signalant une proclamation séditieuse en faveur de Napoléon IL

C'est celte affaire, amplifiée par des rapports au ministre de rintérieur, qui est désignée sous l'appellation de rintrigue de Tours ^

Un ancien militaire, entré au service de la police, se fit présenter à un conspirateur de bas étage, ex-cordonnier demeurant à Tours, qui lui révéla l'existence d'un complot en faveur de l'empereur Napoléon II, et l'engagea à se faire inscrire parmi les conjurés et à « prendre engagement ». « Il a prononcé, dit le rapport du préfet, les noms de Chalmel de Tours, Courier de Véretz (hommes tarés), et a dit que l'agent général du complot avait été mercredi chez le dernier. »

D'autres noms furent prononcés. L'abbé Grégoire était même désigné comme jouant « un principal rôle dans cette entreprise » .

Ainsi, voilà Courier compromis par l'effet de sa notoriété même. Si le préfet avait eu la moindre idée des opinions soutenues avec tant d'éclat par l'illustre pamphlétaire, il aurait su qu'aucune cause nelui était plus odieuse que celle de Bonaparte: son passé, le choix du journal auquel il collabora, le Censeur, tout montrait en lui un ennemi de l'Empire. Mieux instruit, de Nonneville aurait accueilli avec la plus extrême réserve les incohérentes dénonciations de son agent. Ce qui aurait dû surtout exciter sa défiance, ce sont les proclamations qu'on lui présentait comme émanant du grand Napoléon lui-même, bien qu'elles fussent datées de septembre et d'octobre 1824 ! Mort depuis trois ans, il critiquait la guerre d'Espagne dirigée par « le tiran d'Angoulême » ; il annonçait, d'autre part, que 300.000 Américains étaient débarqués avec lui en Espagne, et il ajoutait : « Les armées de Charles X s'enfuient, mais une partie est rangée sous les drapeaux des aigles de France. » Enfin

Page 1