‹ Paul-Louis TargetChapitre 11 sur 22 · NAS · texte numérisé non relu

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taille où les deux combattants étaient, d’un côté l’Assemblée en majorité monarchiste, de l’autre M. Thiers.

A ce moment, Thiers était dans toute sa gloire et il le savait bien ; le pays entier lui devait une immense reconnaissance et ne la lui marchandait pas. Pendant l'Empire, il avait été la pythie qui avait prédit les désastres. Lorsque ses prophéties s'étaient réalisées, il avait eu le courage d’accepter la succession impériale. Il était venu, après Sedan, après la défaite et ses lamentables conséquences, il avait été le sauveur, avait soigné le pays blessé, lui avait évité les dernières humiliations. Ce vieillard avait discuté âprement la moindre parcelle de terrain, le plus petit chemin qu’on cédait à l'ennemi. Harcelant infatigablement Bismarck, il avait réussi à diminuer la dette de la France. Ensuite il n'avait eu de cesse que les Allemands eussent quitté le territoire. Deux ans après la défaite, quatre départements seulement étaient occupés et allaient bientôt être libérés. La dette de la France était presque amortie. L'Assemblée lui avait une dette particulière. C'était lui qui presque seul avait dirigé la lutte contre la Commune. Si celle-ci avait triomphé, que seraient devenus les députés ? Les insurgés semblaient à Versailles, après la loi des otages, de vrais sauvages. On imaginait sans peine les fusillades collectives, les massacres, qui auraient suivi leur victoire. S'ils triomphaient, c’élait une nouvelle terreur qui commençait, c'était l'avènement d’une Convention, la disparition de vieilles traditions si chères aux membres de l’Assemblée. M. Thiers avait évilé ces désastres. On l’en avait remercié, certes ; mais le danger était écarté, on avait un peu oublié. Les assemblées sont ingrates et maintenant pour M. Thiers, après Bismarck, après l'insurrection, l'ennemi c'était la Chambre. À

Elle était monarchisie et ne s'en cachait pas, tandis que Thiers s'était rallié à la cause républicaine ; mais surtout elle

était fatiguée de lui ; elle voulait jouer son rôle. Or, Thiers le lui confisquait. Il avait libéré le territoire tout seul. Toute la gloire lui en revenait, l’Assemblée n’en avait pas sa part. Devant la postérité, elle craignait de n'être que l’Assemblée de M. Thiers. Elle l’avait supporté tant qu'il avait été indispensable, et qu’elle ne pouvait remplir le rôle qu'il jouait. Aujourd'hui son œuvre était terminée, il devait disparaître avec elle, il devenait gênant. C’était en somme le choc de deux vanités.

Le 24 Mai ne fut donc pas un accident parlementaire. Ce fui une conspiration longuement préparée, habilement menée, dont le chef fut le duc Albert de Broglie. Le complot porte sa griffe ; on y retrouve à tout endroit son application, sa ténacité. Il commença à exécuter son plan le 21 février 1873. M. Thiers avait une arme terrible, sa parole. On la lui enleva par la fameuse « Constitution chinoise » qui fut votée le 13 mars. Cette constitution fut un chef-d'œuvre d’hypocrisie. Sous prétexte de mieux honorer Thiers, on le baîllonnait. En premier lieu, lorsque le Président de la République voulait prendre la parole devant l’Assemblée, il devait annoncer son intention la veille, par un message. On expliquait cette disposition en disant qu’ainsi les membres sauraient à l’avance que M. Thiers allait parler et qu’ils viendraient plus nombreux pour l'écouter. En réalité on l’empêchait d'intervenir dans le débat à l’improviste. Il devait assister impuissant aux attaques qu'on pouvait porter contre lui et ne pouvait répondre que le lendemain, « à froid », alors que le mal était déjà fait. Il était obligé de prononcer des discours de cabinet, étudiés, alors qu'il excellait dans les réparties et les interruptions pernicieuses.

En second lieu, afin de ménager, disait-on, un homme d’un si grand âge, il ne pouvait assister aux séances de la Chambre,

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sauf pour y prendre la parole. Il devait quitter la salle aussitôt après ; la délibération sur son discours se passait donc hors de sa présence.

Les conspirateurs pouvaient encore être gênés par le président, Grévy, homme de gauche et ami de Thiers. Il fallait un président de droite qu’on aurait dans sa main. Sous un prétexte, on obligea Grévy à démissionner. Quoique réélu, il comprit ce qui se tramait et maintint sa décision.

Le 4 avril, M. Buffet, le beau-frère de Target, le remplaça. C'était un homme, grand, froid et distant ; son visage fermé, son teint pâle, ses lèvres pincées sur un menton proéminent lui donnaient l’aspect d'un homme de loi sévère. Il parlait fort bien, d'une voix grave et mesurée. Surveillant de près l'assemblée un peu agitée qu'il présidait, il découvrait vite tout élément de trouble ; alors M. Buffet était impitoyable. II faisait régner sur tous une discipline de fer, n'épargnant personne, pas même Thiers qui enrageait de se voir lui aussi rappelé à l’ordre. Il fut le premier qui s’assit au fauteuil vêtu de l’habit noir et cravaté de blanc. Il déchaîna alors le rire de toute l’Assemblée. Il n’en demeura pas moins impeccable. Peu à peu on s’habitua à cette tenue qui fut bientôt de rigueur. Avec lui la droite était tranquille. Il ne favoriserait pas Thiers. La Chambre s’ajourna ensuite du 8 avril au 19 mai.

Pendant cette vacance s’effectua l'élection Barodet, où beaucoup veulent voir la raison de la chute de Thiers. En réalité elle n'apporta qu’un simple appui, mais un appui très efficace, à la conjuration.

Barodet était maire de Lyon, Thiers supprima la municipalité de cette ville et Barodet se trouva du même coup dépossédé de ses fonctions. Or, à ce moment, après la Commune, la municipalité de Paris sentit que son tour allait bientôt

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venir. Après Lyon, la capitale pouvait fort bien voir sa municipalité supprimée par Thiers. Aussi par mesure de prolestation, lorsque M. Barodet vint se présenter à la députation à Paris, il fut élu triomphalemnt le 27 avril. Le coup fut très sensible à M. Thiers, d'autant plus qu’il avait patronné contre Barodet la candidature de M. de Rémusat. Deux blâmes lui étaient infligés coup sur coup et son prestige en fut fortement ébranlé. Il comprit le danger et le 16 mai tenta de réagir.

Depuis quelque temps, avec l’aide de MM. de Rémusat et Dufaure, il avait rédigé un projet de constitution républicaine et crut le moment venu de le faire voter. Il savait qu'il aurait derrière lui tout le pays qui voulait sortir du provisoire et qui l’aimait, mais l’obstacle était l’Assemblée. Or, outre la conjuration qui s'était dressée contre lui, il avait donné à celle-ci de nouveaux motifs de se méfier. Depuis quelque temps, il s’'appuyait sur la gauche radicale qui devenait de jour en jour plus forte. Et, le programme radical, nous l'avons vu, était plus encore que le pouvoir personnel, la terreur profonde de l’Assemblée.

Le 16 mai, deux ministres, MM. de Goulard et Jules Simon donnèrent leur démission. À ce moment une planche de salut s'offrait à Thiers s’il appelait les droites à collaborer. Il fit alors maladroitement le jeu du duc de Broglie. Il rompit tout atlache avec la droite et prit dans le ministère trois membres de la gauche : Casimir Périer, Bérenger et Waddington. Il acceptait donc la bataille : la droite n'avait plus comme seul motif à le faire tomber, sa lassitude de lui ; elle pouvait invoquer des principes.

Le 19 mai, à l’ouverture de la séance, le président lut cette

déclaration :

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« Les soussignés, convaincus que la gravité de la situation exige à la tête des affaires un cabinet dont la fermeté rassure le pays, demande à interpeller le Gouvernement sur les récentes modifications qui viennent de s'opérer dans son sein et sur la nécessité. de faire prévaloir dans le Gouvernement une politique résolument conservatoire ».

La motion était déposée par le général Changarnier .Il avait mis d'autant plus d’empressement à la rédiger qu'il espérait bien, après le renversement de Thiers, être appelé à le remplacer comme la droite le lui avait promis. M. Thiers répondit par le dépôt de son projet de constitution républicaine. Pour le pays, pour l'histoire, il paraissait donc s’agir de choisir entre la République avec M. Thiers et le provisoire avec la majorité royaliste. En réalité le débat était beaucoup plus complexe .

Le 23 mai, Thiers déclara que sa responsabilité était engagée, qu'il suivrait le sort de son ministère. Il servit ainsi encore une fois le duc de Broglie. Il ne se conduisit pas en président de la République, mais en chef de cabinet parlementaire dont l'existence dépend de la tournure d’un débat.

Le duc de Broglie prit alors la parole. Son discours fut un réquisitoire contre Thiers ; cet homme si maître de lui pourtant ne put se défendre de marquer la jalousie que l’Assemblée portait au chef du pouvoir exécutif. Il reprocha à l’ancien ministre, M. de Goulard, d’avoir dit que Thiers était le seul à avoir libéré le territoire et proclama que c'était là une offense à l’Assemblée nationale. Il dit ensuite le danger où conduirait la politique radicale de Thiers. Son discours fut profondément habile. Il sut agiter devant l’Assemblée tous les épouvantails, l'anarchie, la commune, les radicaux au pouvoir.

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Dufaure répondit violemment. Pendant ce temps, Thiers rageait, ne pouvant intervenir dans le débat, n’ayant point la possibilité de répondre à toutes les attaques qu'on lui portait. M. Buffet lut alors un message que le Président venait de lui faire parvenir, demandant à intervenir dans la discussion : « Usant du droit que la loi me confère et que la raison seule suffirait à m'assurer ».

Le 24 mai, il vint se défendre, son plaidoyer fut très savant. Il tenta de déjouer le piège de la droite en demeurant sur le terrain strictement constitutionnel. Il voulut s'identifier avec la République, obliger l’Assemblée à voter contre le principe républicain si elle votait contre lui. La masse du pays, qui ne s’attardait pas aux nuances qui pouvaient exister dans la conception du mot République, était ainsi dressée entièrement par lui contre l’Assemblée.

« J'ai pris mon parti sur la question de la République. Oui, je l'ai pris. Ce qui m'y a décidé, c’est qu'aujourd'hui pour nous, pour vous, la monarchie est impossible ; on n'’occupe pas un trône à trois ».

Il termina par une apostrophe très violente au duc de Broglie. M. Ernoul se leva et déposa le projet d'ordre du jour suivant : « L'Assemblée nationale, considérant que la forme du Gouvernement n'est pas en discussion, que l'Assemblée est saisie de lois constitutionnelles, présentées en vue d’une de ses décisions et qu’elle doit examiner, mais que, dès aujourd’hui, il importe de rassurer le pays, en faisant prévaloir dans le Gouvernement une politique résolument conservatrice, regrette que les rcentes modificatiéons ministérielles n'aient pas donné aux intérêts conservateurs la satisfaction qu'ils avaient le droit d'attendre, et passe à l’ordre du jour ».

La question constitutionnelle était ainsi écartée. On se plaçait sur le terrain purement politique. L'adoption d’un tel

ordre du jour, c'était la chute du cabinet et par là même, de M. Thiers qui s'était déclaré solidaire de ses ministres.

M. Denormandie, partisan du calme, vint atténuer la portée de l’ordre du jour Ernoul. Il déclara que lui et ses amis voteraient l’ordre du jour pur et simple réclamé par le Gouvernement, mais à la condition qu'il fût bien entendu qu’il souhaitait que le Gouvernement fît enfin profession plus résolument de politique conservatrice.

C'était une planche de salut, un ordre du jour modéré, permettant à Thiers de demeurer au pouvoir.

Dufaure monta aussitôt à la tribune et, dans un langage très hautain, déclara que si le ministère acceptait l’ordre du jour pur et simple, il ne l’acceptait que dégagé des restrictions dont l’avait accompagné M. Denormandie. Le Moniteur du Calvados écrit à ce sujet :

« C’est comme si M. Dufaure avait dit : Nous noyons le Président de la République ; M. Denormandie, vous lui tendez une perche, arrière votre perche, nous allons le noyer tout de même (1) ».

A ce moment intervint Target. Il était du centre droit, certes, mais il s’y était assis tellement à gauche qu'on ne savait plus très bien s’il était encore centre droit ou déjà centre gauche. C'était de plus un ami de M. Thiers pour qui ii professait une grande admiration. Enfin, depuis quelque temps, il proclamait ouvertement qu'il acceptait la République.

Aussi, en le voyant s’avancer à la tribune, les gauches reprirent espoir. Il venait certainement rétablir la situation, leur apporter les voix de son groupe et Thiers était sauvé.

(1) Moniteur du Calvados.

De lui dépendait l'issue du débat ; il se fit donc un grand silence lorsqu'il lut ces mots :

«En mon nom et aux noms d’un certain nombre de mes collègues, je viens faire une déclaration, afin qu’il n'y ait pas d’ambiguïté dans le vote. Tout en nous associant à l’ordre du jour, nous nous déclarons résolus à accepter la solution républicaine, telle qu’elle résulte de l’ensemble des lois constitutionnelles présentées par le Gouvernement et à mettre fin à un provisoire qui compromet les intérêts matériels el moraux du pays ; nous entendons, en adoptant cet ordre du jour, manifester la pensée que le Gouvernement de la République, doit faire prévaloir désormais par ses actes une politique nelte et énergiquement conservatrice ».

On ne comprit pas tout d’abord en quel sens M. Target se proposait de voter. Quelques membres crièrent :

« Quel ordre du jour adoptez-vous ? ».

M. TARGET : L'ordre du jour Ernoul.

Il y eut un moment de stupeur. Les espoirs de gauche s’écroulèrent. Target semblait se rallier à la droite, abandonner Thiers. C'était la fin.

La déclaration était signée : Target, Cottin, Prétavoines, Balsan, Mathieu, E. Martel, Bodet, Caillaux, Tallon, Passy, Delacour, Vingtain, Lefébure, Déselligny, Dufournel, Dagui- Ihon.

Vint le vote. L'ordre du jour pur et simple réclamé par le Gouvernement fut repoussé par 362 voix contre 348. Le Cabinet était renversé par 14 voix. M. Thiers, suivant ainsi qu’il l'avait annoncé le sort de son ministère, envoya sa démission à 8 heures du soir. À 10 heures, l’assemblée décida que le maréchal de Mac-Mahon le remplacerait, et immédiatement une délégation alla annoncer la nouvelle au maréchal qui accepta. M. Buffet essaya alors de faire l’oraison funèbre du

Président démissionnaire. L'Assemblée s’insurgea contre ce baiser de Judas et les clameurs l’empêchèrent de continuer.

M. Dufaure exerça la verve de son ironie contre Target, appela « discours considérable » sa courte déclaration et Target commença à éprouver toutes les difficultés de la situation qu'il avait créée.

La responsabilité de la chute de Thiers lui revient certainement ; nul doute que s’il avait voté pour le Président comme l'assemblée s’y attendait, celui-ci aurait obtenu la majorité.

Aussi, ce fut un beau tapage à Lisieux lorsqu'on apprit les événements. Le pays tout entier, rallié à la République, approuvait la politique de l’ancien Président qu'il identifiait avec le régime républicain. Le Lerovien écrivit le 28 mai 1673400

« Les nouvelles des votes de l’Assemblée nationale, la démission de M. Thiers et de ses ministres a causé dans notre ville une longue et pénible émotion. On en commentait les conséquences au point de vue des intérêts industriels en souffrance depuis si longtemps déjà, et il faut bien le dire pour être exacts et sincères, ces commentaires n'étaient point favorables à la révolution parlementaire qui venait de s’accomplir et qu'on ne considérait pas comme devant mettre fin à la crise commerciale que subit le pays et marquer une reprise des affaires.

» Mais cette émotion s’est changée en irritation et en colère lorsque les journaux ont appris l'attitude prise par M. Target dans cette grave discussion parlementaire et la large part qui lui incombait dans le renversement de M. Thiers.

» Or, M. Target parlait au nom de 15 députés parmi lesquels figure M. Delacour, également député du Calvados, et

(1) Le Lexovien, 28 mars 1873 : Nouvelles locales.

si ce groupe eût voté contre l'ordre du jour de M. Ernoul, le gouvernement de M. Thiers aurait bénéficié de 30 voix, c'est-à-dire qu'il aurait obtenu 16 voix de majorité, au lieu d’une minorité de 14 voix. Dès lors tout le monde ici comprend que le vote de M. Target et du groupe auquel il semble commander, à déterminé le renversement de M. Thiers. Cette appréciation a d’ailleurs été confirmé le lendemain par la correspondance du Journal de Rouen où se trouvait la réponse suivante faite par M. Thiers à quelques personnes qui le visitaient, tandis que l’Assemblée lui cherchait un successeur :

« M. Target, disait-il, membre du centre gauche, avec

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lequel il avait toujours marché jusqu’à présent, était pour

des raisons particulières passé à la droite avec armes et

bagages, c’est-à-dire avec quelques amis, et par ce seul » fait, la majorité s’est trouvée déplacée ».

« Le doute n'était plus possible et les appréciations des journaux distribués postérieurement ont achevé de le dissiper.

» Nous ne nous ferons pas l’écho de récriminations que nous entendons formuler autour de nous. Il suffira de dire que ceux qui ont le plus puissamment contribué à son élection sont ceux-là mêmes qui s'expriment avec le plus de vivacité.

» Un seul mot d’ailleurs, les résume : M. Target, répètet-on partout, a déterminé le vote de l’ordre du jour Ernoul entraînant la démission de M. Thiers. Protestons contre ce vote en choisissant M. Thiers pour candidat aux prochaines élections. Nous étions à la recherche d’un candidat aux lieu et place de M. Target, il est maintenant trouvé. C’est M. Thiers ! ». Les lecteurs apprécieront.

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Le Journal de Caen n’invoquait plus seulement les raisons politiques ou les erreurs de tactique, il faisait vibrer la sentimentalité de ses lecteurs (1)

« C’est un ami de M. Thiers et de ses meilleurs amis encore. C'était l'agent des manœuvres habiles des dernières heures. Ce rôle, encore hier il l’a rempli ; la manœuvre de la dernière heure, il l’a exécutée ; seulement cet ami de M. Thiers a tiré sur lui le coup de grâce. Il n’est pas arrivé trop tard comme Grouchy à Waterloo, non, il a fait mieux, il a fait sa jonction avec Blücher.

» Il avait vraiment bien choisi ses amis, M. Thiers ! ».

Les électeurs même de Target lui écrivirent en l’injuriant.

L'un d’eux lui envoya le 30 mai une lettre ainsi conçue « Je suis de Caen et j’ai voté pour vous, mais votre dernier vote est odieux ; dans l’ordre politique votre conduite est aussi blâmable que celle du traître Bazaine, dans l’ordre militaire et il signe : Votre ancien électeur qui ne le sera jamais plus (2) ».

Un autre lui envoya une feuille blanche sur laquelle étaient écrits simplement ces trois mots : « Target, Delacour, Pouah ! ! »

Les habitants d'Orbec envoyèrent à M. Thiers une adresse ainsi conçue pour désavouer leur mandataire (3) :

« À Monsieur Thiers, député à l'Assemblée nationale ».

» Les habitants d'Orbec soussignés, tiennent à vous témoigner les vifs et sincères regrets que leur cause votre démission ; ils n’oublieront jamais le grand patriote qui a mené à bonne fin la libération du territoire.

(1) Journal de Caen, jeudi 29 mai 1873.

(2) Archives du château de Bourguignolles.

(3) Idem.

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