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» Electeurs de l’arrondissement de Lisieux, ils tiennent encore à protester énergiquement contre le vote encore incompris de celui des députés du Calvados qui pouvait se croire plus particulièrement leur mandataire.
» Ils vous prient, Monsieur le Député, d’agréer l'assurance de leur respectueuse considération et de leur vive sympathie ».
Mais le chef-d'œuvre fut cette lettre d’un électeur que Target ne reçut que le 7 juillet 1873, car il faut croire que la gestation de ce poème avait demandé un mois à son auteur (1)
Toujours d'un vendredi la venue importune, Produisit un fléau, créa quelque infortune.
Ce fut un vendredi que Socrate expira, Qu'Hippocrate, en fureur, créa le choléra,
Que Virgile mourut, que Rollin prit la plume,
Que l'Encyclopédie à son premier volume
Inaugura chez nous le temple de l'ennui.
Et c’est, vous le savez, encore un vendredi,
Que la droite aux abois pousse son cri d'alarme, Assemble ses soldats, leur fait prendre les armes ; Changarnier les commande et ce grand général, Qui n’a pas dans la guerre encore trouvé d'égal, Parcourt avec orgueil tout son front de bataille, Et promet d’écraser Thiers et la radicaille.
Sonneur de la trompette et batteur de tambour, Baragnon l'invincible et Carayon la Tour Entraînent après eux leur superbe cohorte
Qui doit, en ce grand jour, mettre Thiers à la porte. Lors, on voit s’avancer, entre les plus vaillants,
Du Temple et Lorgeril. Mais Monsieur d'Orléans Et le curé Jaffré, craignant une surprise,
Se tiennent les derniers, prudents les gens d’'Eglise. De Goulard les défend. Sous ce chef redouté Marche le Dahirel l’escadron indompté.
La bataille s'engage. Avide de vengeance,
Contre eux avec Périer Jules Simon s’avance.
Chacun fait en ce jour noblement son devoir.
De Broglie, animé d’un sombre désespoir,
(1) Archives du château de Bourguignolles.
Semble quelques instants forcer la destinée,
Mais Thiers accourt, tout change au fort de la mêlée, Le tombeur Lorgeril et d'Audiffret-Pasquier,
Le chevalier du Temple et Martin le Drapier.
Vainement Dubardan, porteur d'un blanc panache, Appelle ses Bretons !.. Barodet se détache
Et soutenu de Rance s'ouvre un chemin sanglant Sur les corps de ces preux, Changarnier chancelant Sent doubler sa valeur à ce moment funeste.
De sa dernière dent, il aiguise le reste,
Il veut mordre. Oh ! douleur ! le vieillard éperdu Laisse au nez de Périer son chicot suspendu !
« Ah ! tu fais le méchant », dit l’autre plein de rage, « Vieux soudard, tu mourras », et son glaive sauvage Lui labourant le flanc d'un coup immédiat,
Pour un monde meilleur lui signe un exeat ; Cependant sous l'effort d’une charge dernière
De Kerdrel et Goulard ont mordu la poussière... Aussitôt à son cou chacun a pris ses jambes
Et jamais les droitiers ne furent plus ingambes. Dupanloup et Fresneau font sonner, éperdus,
La retraite et, d’un bond, grimpant dans l’omnibus, Jurant, mais un peu tard, qu’on ne les y prendraient plus.
Samedi soir :
Au moment décisif, de Target la phalange Lâche pied... la victoire en désastre se change Cette défection Fait qu’on immole Thiers à la réaction.
On peut se représenter en effet, toute l'intensité d’une pareille émotion. M. Thiers était pour la masse de ses contemporains le grand homme de l’époque et il était mal porté an dehors de l’Assemblée d’être son adversaire. Le peuple voit toujours les questions politiques sous un jour très limpide. Les solutions lui en paraissent simples. Elles le sont moins
pour ceux qui sont directement mêlés aux affaires.
L'opinion considéra la « défection du groupe Target » comme une trahison envers Thiers. Or, sa chute même grandissait
celui-ci. Il devenait une gloire nationale persécutée par les
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envieux. Ÿ avoir porté atteinte semblait une injure à la France.
Dès lors, pourquoi un homme comme Target, qui ne prenait pas ses décisions à la légère, était-il allé au-devant de cette réprobation ?
Tout semblait l’obliger à voter pour Thiers. Si donc il a contribué à le renverser, c’est qu'il avait pour cela des raisons très fortes. On l’a sans doute jugé trop vite, sans chercher à comprendre ce qui à déterminé son acte et sans analyser les termes de sa déclaration.
Target n'était point de la conjuration qui avait préparé la chute de Thiers. Le duc de Broglie ne l'avait pas pressenti, parce qu’il était très près des gauches et que la droite s’en méfiait. De plus, comme on le savait ami de Thiers, il paraissait difficile de le faire adhérer à l’idée du renversement. Il était donc parfaitement libre.
Or, non seulement il a voté contre Thiers, mais encore il a fait une déclaration où beaucoup ont vu une aggravation de son vote, une dernière attaque contre le Président.
On lui a d’abord reproché d’avoir tiré sur un ami.
C’est de nos jours un accident parlementaire qui se présente moins fréquemment, parce qu'on ne compte comme amis politiques que ceux qui partagent nos convictions. La discipline de partis est aujourd'hui très ferme au sein du Parlement. On considérerait comme transfuge un député qui ne voterait pas comme le reste de son parti. En 1873, il n’en était pas de même. Chacun gardait son individualité et son indépendance dans son groupe. Les partis étaient beaucoup moins fortement organisés qu'aujourd'hui. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois que Target votait ainsi contre Thiers et accompagnait son vote d’une déclaration. Déjà lors de la
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pétition des évêques, comme nous l'avons vu, il avait fait adopter un ordre du jour contraire à celui présenté par Thiers.
Il avait d’ailleurs prévenu Thiers à la veille du 24 mai, qu'il voterait contre lui, s’il continuait sa dangereuse politique radicale (1)
« Revenant le 23 mai du Calvados, je crus devoir aller faire une visite au Président. Il était assis sur un des canapés de la Préfecture de Versailles, ayant à son côté M. Vitet.
» Vous revenez, me dit-il, du Calvados ? Quelles impressions en rapportez-vous ? — On y est inquiet, répondis-je, du conflit que l’on pressent entre la majorité conservatrice et vous. L'opinion publique reconnaît vos services. Elle souhaite que l’entente se rétablisse entre vous et la majorité, mais son concours est nécessaire pour qu'elle vous reste fidèle ».
Vitet le rejoignit dans un autre salon et lui dit :
« Que voulez-vous ? Le Président est convaincu qu’il ne peut se séparer de la gauche dont le concours dévoué lui a été promis ».
Avant la séance décisive :
« J'ai cru devoir prévenir le nouveau ministre, M. Casimir- Périer, que 15 à 20 de mes collègues ne se décideraient à émettre un vote favorable au Gouvernement, que si dans son discours, il réparait les imprudences qui avaient irrité les conservateurs ».
« Je ne regrette pas, écrit-il encore, la part que j'ai prise à la chute de M. Thiers, à laquelle je ne proposais pas de coucourir s’il ne l’avait pas provoquée. Elu par les conservateurs, je suis resté fidèle au mandat qu'ils m’avaient donné ».
(1) Journal inédit de Target (archives du château de Bourguignolles).
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On ne peut donc accuser Target d’avoir tiré dans le dos de Thiers et il l’a, bien au contraire, prévenu ; il a démontré la faute qu’il commettait, exposé les raisons qui, malgré son amitié, l’empêcheraient de voter pour lui. Loin de le trahir, il a au contraire essayé de le mettre en garde, et cherché à lui donner les moyens de triompher, moyens que le Président pouvait facilement employer sans renier sa politique.
2e n’est pas Target qui a trahi une amitié politique, mais bien au contraire M. Thiers qui, en s’alliant avec la gauche radicale, cherchait chez elle un nouvel appui et abandonnait ses anciens amis. Target avait un certain courage à venir ainsi prévenir le Président. En tout cas, on ne peut le blâmer d'avoir voté contre ses amitiés. C’est là un acte inspiré d’une haute conscience du devoir parlementaire. Il fit passer le respect de ses convictions, la cause qu'il s'était attaché à défendre, avant ses amitiés personnelles.
On a ensuite cherché à relever une certaine incohérence dans sa vie politique. Voilà un homme, a-t-on dit, qui le 24 mai fait le jeu des droites, entre en somme en conjuration, renverse M. Thiers qui personnifie alors la République, et c’est lui qui, au 30 janvier 1875, aidera le plus fortement à établir la République.
Pour expliquer cette contradiction apparente, il faut lire attentivement la déclaration de Target. Elle contient une phrase de plus que l’ordre du jour Ernoul :
« Nous nous déclarons résolus à accepter la solution républicaine, telle qu’elle résulte de l’ensemble des lois constitutionnelles présentées par le Gouvernement, et à mettre fin à un provisoire qui compromet les intérêts matériels et moraux du pays », alors que l’ordre du jour des droites porte : « Considérant que la forme du Gouvernement n’est pas en discussion ».
C’est là une différence capitale. Target, plus tôt que la majorité dont il faisait partie, a compris que la monarchie ne pouvait s'installer en France. Lui aussi, comme Thiers, a pris position sur la question de la République, parce « qu’on n’occupe pas un trône à trois ».
Alors que les droites ne veulent pas envisager le problème et se complaisent dans un provisoire néfaste, lui, examine la question et la résout dans le même sens que Thiers. Un fait est indéniable : il accepte la République. On ne peut donc lui reprocher d’avoir changé d'opinion en lui donnant le jour en 1875.
On répond alors qu'il a péché par inconscience et que, empêchant la République de naître le 24 Mai, il a obligé ainsi la France à demeurer dans le provisoire, tout en désirant l’en faire sortir.
C’est là qu'il faut examiner et dégager le véritable problème qui se posa à lui le 24 Mai.
La grande habileté de Thiers avait été de s'identifier avec le principe républicain, de faire croire qu'avec lui la doctrine disparaîlrait et c'était l’idée qu'avait admise sans discussion l'opinion publique. En réalité il n’en était pas ainsi. On imagine (rop souvent que la démocratie ne peut avoir qu’une forme. Elle est cependant beaucoup plus variée que le régime monarchique et change d'esprit et d'aspect selon les individus qui la créent ou la dirigent.
M. Thiers voulait une République qui eût été la République de M. Thiers. Or, Target avait vu la République de 1848 sombrer dans la diclature. Il eut peur de voir se renouveler ce désastre. Thiers était en 1873 plus populaire encore que ne l’était Napoléon IIT en 1851 ; il était tout aussi ambitieux. Quoiqu'il s'élevât avec vigueur contre les despotes, il était au fond tout prêt à suivre leurs traces.
Il avait si souvent manifesté son goût du pouvoir que le général Changarnier le traitait de « dément sénile » ; il avait, pendant la Commune, montré qu’il ne reculerait devant rien pour affirmer son autorité. On revoyait les fusillades, le mur des Fédérés, et tout souillé du sang des barricades, il apparaissait bien à l’Assemblée comme un « vieillard sinistre ». Il avait déjà une petite cour ; on parlait des « courtisans de M. Thiers ». Le cadre de Versailles entretenait ses idées de grandeur. Sa vanité devenait démesurée. La République n'aurait en somme existé que pour lui et que par lui. Soutenu par le pays, presque plébiscité, il aurait tôt fait de se débarrasser de l’Assemblée si elle le gênait. Le système parlementaire serait vite faussé. On courait à un nouveau despotisme.
C'était donc un grand danger d’être livré à toutes les fantaisies de cet esprit mesquin, rancunier, mais le plus terrible était que Thiers, abandonnant ses amis orléanistes et modérés, était brusquement passé à la gauche radicale. Or, nous avons vu quel était le programme de cette fraction de l’Assemblée et combien il effrayait les députés conservateurs.
M. Thiers, en s'appuyant sur eux, faisait figure de révolutionnaire. Le maintien de Thiers au pouvoir, c'était l’avènement des radicaux, c'est-à-dire la mort du conservatisme, la destruction de la vieille société.
Or, Target, était hanté par deux idées, nous l'avons vu, la haine du pouvoir personnel, la terreur du programme radical.
Le rôle qu'il joua au 24 Mai s'explique donc ainsi de luimême. Il n'est que l'application des principes auxquels il fut fidèle toute sa vie. Thiers avait dit autrefois : « La République sera conservatrice, ou elle ne sera pas ». Il se parjurait, voulait faire une République radicale, dont il serait le
chef, presque tout-puissant. On était loin du principe de la République conservatrice ou de la monarchie de Juillet. Le système parlementaire allait à son abandon.
Ainsi s'explique la seconde partie de la déclaration de Target et son vote
« Nous entendons que le Gouvernement de la République doit faire prévaloir désormais dans ses actes, une politique nette et énergiquement consevatrice ».
C'était encore une planche de salut pour Thiers, que celuici n’a pas voulu saisir. Target accepte la République, consent, par amitié pour M. Thiers à ce que celui-ci en soit maintenu à la tête, mais il lui demande, afin de se sauver lui-même, de rassurer le pays, d'abandonner les radicaux, de revenir parmi ceux qui l’ont soutenu jusqu'ici fidèlement et qui sont prêts à le soutenir encore, s’il consent à respecter ce qu’euxmêmes respectent. À
Target, d’ailleurs, s'explique très clairement sur ce point dans une lettre du 1” juin 1873 adressée au maire d’Orbec :
« Paris, 1° juin 1873 » Monsieur le Maire,
» Une circonstance imprévue et pénible m’empêche, au dernier moment, de me rendre à l'invitation que vous m'avez adressée au nom de l’Administration municipale d'Orbec. Je vous remercie de nouveau de cette invitation.
» J’ai toujours regretté que la ligne de Paris à Cherbourg ne.se rapprochât pas d’Orbec ; j'aurais donc été heureux d'assister à l'inauguration d'une voie ferrée qui va assurer à notre riche contrée les avantages dont elle avait été jusqu’ ici privée. J'aurais désiré m'associer aux sentiments de reconnaissance qui sont dûs à ceux qui ont travaillé à l’ouver-
ture de cette ligne et surtout, je n’aurais pas oublié de dire bien haut que notre canton doit cette réparation aux efforts habiles et persévérants de M. d'Hacqueville.
» Mon regret de ne pouvoir occuper la place que vous aviez bien voulu me réserver près de vous, Monsieur le Maire, se trouve cependant atténué par la pensée qu'il m'eût été impossible de ne pas dire franchement devant vos convives mon opinion sur les derniers événements ; et, à mon sens, il ne convient de traiter le sujet délicat de la politique que dans des réunions où chacun peut à son tour exprimer ses sentiments en toute liberté.
» Mais puisque en vous écrivant, l’occasion m'est naturellement offerte d'expliquer à mes concitoyens ma conduite, je me hâte d’en profiter.
» Ce n'est certainement pas que je me propose de répondre aux récriminations des uns et aux calomnies des autres, elles ne sauraient m'atteindre. Lorsque l’on est engagé dans la vie publique, il faut s'attendre à toutes ces misères, qui heureusement ne troublent pas ceux qui ont conscience d’avoir fait leur devoir. Faire son devoir est souvent chose pénible ; dans les circonstances qui viennent de se produire, il en est, et je suis de ceux-là, qui ont dû refouler au fond de leur cœur les sentiments qui leur sont chers, ils ont dû avec douleur et résignation les sacrifier aux intérêts supérieurs du pays.
» Du reste, en expliquant mon vote du 24 mai dernier, je n'ai pas à me départir de la respectueuse réserve que je dois à l’homme illustre que les événements récents ont amené à se démettre de ses hautes fonctions. J'ai voté contre le dernier ministère et voici pourquoi :
» Après l'étude la plus consciencieuse de la situation politique, j'ai acquis la conviction que l’origine du cabinet du 18 mai indiquait, d'une manière manifeste, la volonté de
Me —
continuer une politique qui avait eu pour résultat les élections du 27 avril et celles du 11 mai. A côté de moi, j'ai vu jusqu’à la dernière heure de la crise, les hommes les plus modérés, demander au ministère un acte qui séparât le Gouvernement des radicaux et le lui demander en vain.
» Or, il y a un mois à peine, j'ai parcouru une grande partie du Calvados, cherchant partout à connaître les désirs et les vœux de mes concitoyens ; j'ose affirmer que tous, industriels, commerçants, agriculteurs, propriétaires, ouvriers, ont répondu à mes questions en me recommandant d'accepter ouvertement la République et d'organiser enfin un Gouvernement. Mais ils se sont tous non moins énergiquement prononcés en faveur d’une politique ferme qui püût rassurer les intérêts conservateurs à bon droit alarmés.
» Eh bien ! quelques-uns de mes amis et moi, nous avons déclaré que selon nous, il fallait sortir du provisoire et demander aux institutions républicaines des garanties pour les libertés qui nous sont chères, un rempart contre les dangers sociaux qui nous menacent.
» N'était-ce pas répondre aux sentiments dont j'avais recueilli l'expression ? Aurait-on préféré, qu'endormis dans une sécurité trompeuse, nous eussions laissé glisser volontairement le pays sur une pente qui, fatalement et à bref délai, devait amener la France à une catastrophe dont elle ne se serait plus relevée. Il n’était que temps, croyez-le bien, de donner dans le Gouvernement aux conservateurs un appui et une force qui leur manquaient et au régime parlementaire la vie dont il n'avait depuis bien des mois que l'apparence.
» Du reste, tout commentaire ne peut qu'affaiblir les
déclarations que j'ai portées à la tribune. Le 24 mai dernier, je disais :
« Je viens faire, au nom d’un certain nombre de mes col- » lègues et au mien, une déclaration afin de bien préciser la » pensée et la portée de notre vote. Tout en nous associant à » l’ordre du jour motivé, nous nous déclarons résolus à » accepter la solution républicaine, telle qu’elle résulte de » l'ensemble des lois constitutionnelles présentées par le » Gouvernement et à mettre fin à un provisoire qui com- » promet les intérêts moraux et matériels du pays ; nous » entendons en adoptant cet ordre du jour manifester la » pensée, que le Gouvernement du Président de la Républi- » que doit faire prévaloir désormais par ses actes une » politique nette et énergiquement conservatrice ».
» Cette déclaration, c'était la reconnaissance de la République ; c'était M. Thiers maintenu au pouvoir, mais à la condition que le nouveau ministère manifestât par un acte sa volonté de pratiquer une politique conservatrice, et cette condition a été refusée. Il faut lire cette déclaration dans son texte pour en juger les auteurs et les signataires. Aucun d’eux n'a oublié les services rendus à la patrie par M. Thiers, mais chacun d’eux n'hésite pas à se grouper autour du nouveau Président de la République, du loyal et glorieux soldat, qui, en acceptant la première fonction de l'Etat, s’est engagé à continuer «l’œuvre de la libération du territoire et le rétablissement de l’ordre moral dans le pays ».
» L'avenir prononcera en dernier ressort sur la conduite de chacun ; quant à moi, je ne redoute pas le jugement de ceux qui, sans parti-pris, voudront apprécier la mienne.
» Vous êtes de ceux-là, Monsieur le Maire, aussi ai-je tenu à vous adresser cette lettre, en vous renouvelant l’assurance de mes sentiments les plus dévoués.
» Signé : Paul Target ».