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Entre les orléanistes et les légitimistes erre Mgr Dupanloup. Il cherche toujours à effectuer une fusion impossible, il apporte aux uns et aux autres le rameau d’olivier. Il comprend que la division des deux partis royalistes empêchera toute restauration. Il tente d’apaiser, d’unifier. Rien ne le rebute, ni l’intransigeance du comte de Chambord, ni le refus des députés.
Le troisième parti monarchiste est le parti bonapartiste ou parti de l’appel au peuple. Sur lui se déchaîne toute la haine de l’Assemblée. Monarchistes et républicains se trouvent unis contre lui. Il comptait peu de membres, tous ardemment convaincus, parmi lesquels Rouher, le chef.
Rouher se définissait en un seul mot, c'était un Auvergnat. Il était carré, têtu. Fidèle à l’Empire qu’il avait servi, il ne perdait aucune occasion de le défendre, mais ses discours déchaînaient de telles tempêtes, qu'il en demeurait décontenancé un moment, puis obstiné, il reprenait sa phrase. On ne l’applaudissait jamais ; on ne lui épargnait aucune méchanceté ; on se vengeait sur lui.
Malgré tout, il restait inlassablement attaché au régime impérial. Son attitude ne manquait certes pas de noblesse et même ses plus acharnés ennemis devaient reconnaître son courage.
À ces trois partis monarchistes s'oppose un parti républicain unique. Peu nombreux au début, il deviendra à partir de 1873 très fort, grâce à des élections partielles et quelques défections. Son programme sera simple. Il consiste à répéter toujours : « La République existe, pourquoi done la laisser dans l'oubli ? Pourquoi, lorsque quelqu'un prononce son nom à la tribune, toute l’Assemblée siffle-t-elle en criant : Provisoire, provisoire ! Soyons francs avec nous-mêmes, nous avons fait une république, reconnaissons-là ».
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Ce parti est, lui aussi, divisé en plusieurs tronçons, mais il n'existe entre eux aucune haine ; rien ne les empêchera de se réunir un jour, pour faire aboutir un idéal commun.
On trouvait d’abord le centre gauche, composé d'anciens orléanistes ralliés à la République, et qui comptait des hommes célèbres, comme Casimir Périer, Wallon et Thiers.
M. Thiers était petit, laid, mais il s’imposait à l’Assemblée. Il avait 73 ans, mais il se croyait jeune, il avait derrière lui cinquante ans de célébrité.
Subtil, il saisissait tout, comprenait tout, maniait l’Assemblée à son gré. Il paraissait toujours vêtu d’une redingote boutonnée très haut, la mêche retroussée, les lèvres pincées, les yeux scintillants derrière les lunettes.
Il soignait sa silhouette, estimant à juste titre que c'était le premier élément de la popularité.
Sa petite taille, sa nervosité, sa voix fluette, aigre, désagréable, impressionnaient d’abord défavorablement.
Car M. Thiers n'avait pas de voix. Possédant un talent immense d’orateur, il souffrait de ce défaut qui gâtait tout. Il s’en consolait par des méchancetés sur tous ceux qui parlaent bien. D'abord hostile, l'auditoire était pris peu à peu par sa logique indiscutable, par son argumentation. Le silence se faisait vite et l’on n’entendait bientôt plus que cette voix sifflante, impitoyable. Malheur à qui l’interrompait alors, M. Thiers le foudroyait. Il ne souffrait pas la contradiction.
Si l’interpellateur insistait, M. Thiers s’agitait, pétinait, rageait, jusqu’à ce l’autre se tût.
C'était l'enfant terrible de l’Assemblée. Persuadé de sa supériorité sur tous les membres qui la composaient, il les traitait comme des garnements, ne leur épargnant ni les reproches ni les épigrammes.
Il était toujours prêt à écraser son adversaire en rappelant ses services, son grand âge ; on l’admirait, on le redoutait, on le jalousait.
Chef du pouvoir exécutif jusqu’en 1873, il en retirait une satisfaction de vanité énorme. Logeant à Versailles, il n'était pas loin de se prendre pour le Roi-Soleil. Il donnait de grandes réceptions où il pouvait manifester son esprit, sa verve scintillante. Lorsque le 24 mai lui aura fait perdre tout ce faste, il siègera comme député de la Seine et gardera une certaine rancune à cette Assemblée qui l’aura fait déchoir.
Plus à gauche, on rencontrait la gauche républicaine ou groupe des quatre Jules, car elle comptait Jules Simon, Jules Ferry, Jules Favre et Jules Grévy.
En troisième lieu, l’Union républicaine dont faisaient parlie Paul Bert, Méline, Lockroy, avec pour chef : Gambetta.
Plus que de Broglie, plus que Thiers, Gambetta a dominé cette Assemblée. Il était grand et fort, un peu gros même. Une tête splendide, toujours renversée en arrière, à peine déparée par un œil crevé. Les cheveux et la barbe étaient abondants et très noirs. Il gardait de son origine italienne une fougue irrésistible, mais, en même temps, une souplesse, un sens des nuances très affiné. Il a tout ce qui manque à Thiers, la voix, une voix profonde et grave, chaude, prenante, la taille, le calme.
C’est le vrai orateur public, alors que Thiers est surtout un causeur de salon. Un peu débraillé, la cravate mal nouée, le veston poussiéreux sur un gilet déboutonné, le linge douteux, désertant trop facilement la séance pour les 'cafés, où on venait le chercher lorsqu'il fallait faire un discours, il séduit même par ce côté bon enfant de son caractère.
Thiers toujours impeccable se moquait fort de ce laisser aller, mais n'osait guère s'attaquer à si forte partie.