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Pour ceux de gauche, la République n'était pas une fin en soi, mais uniquement un début, une base, un moyen de renouveler tout le personnel administratif et gouvernemental, de changer la législation. Ceux qu’on appelait « les radicaux » extrêmistes de gauche, finiront par prendre dans la gauche une influence très grande. Or, leur programme était très bien connu, d’autant plus qu'ils l’affichaient volontiers afin d’effarer « les bourgeois ». Il s'agissait d'attaquer la propriété, par la création de l'impôt personnel et progressif sur le revenu, par l'augmentation des droits de mutation par décès, même en ligne directe, d’ébranler la famille par l'institution du divorce, de combattre l'Eglise par la suppression du budget des cultes, d'établir la séparation des Eglises et de l'Etat, la disparition des Congrégations, la laïcisation des écoles. Or, ceux qui soutenaient ce programme ne cachaient pas leur sympathie pour la Commune. Il y avait là de quoi effrayer les membres de la droite, voire même les modérés du centre. Alors qu'ils auraient facilement accepté une république calme, conservatrice, ils repoussaient avec horreur cette forme de gouvernement, révolutionnaire à l'époque, qu'on prétendait imposer à la France. Là était la coupure entre les deux grands groupes de l’Assemblée. Là aussi était l’idée maîtresse qui dirigea sa politique.
Une autre idée aussi dominait en elle. Tout le monde voulait attendre. Monarchistes, à cause du comte de Chambord, républicains, parce qu'ils ne se sentent pas encore assez forts.
Le pays lui-même semble se désintéresser des débats. Il est bien assez occupé à réparer les désastres de la guerre. Il s’anime seulement aux grandes journées et se presse alors à
la gare Saint-Lazare, à l'arrivée des trains parlementaires, pour avoir des nouvelles.
oi —
C'est encore un trait caractéristique de l’Assemblée, ce train parlementaire. Il ajoute encore à l'impression de provisoire, d’errance presque.
Tout était alors provisoire, l’Assemblée, la salle des délibérations, la République, la résidence même des députés. Siégeant à Versailles, ils habitaient presque tous Paris et se rendaient aux séances par des trains spéciaux.
Même à l'intérieur des wagons, les haïines politiques ne désarmaient pas. Il existait des compartiments républicains et des compartiments royalistes. Un jour, le vieux général Changarnier s’aperçut qu'il allait monter avec des républicains, il recula vivement. Quelqu'un lui dit en riant : « Vous avec donc peur, mon Général ? »
« Peur, jamais, horreur, toujours », répondit-il, et il monta avec les royalistes.
Le train était une annexe de Versailles, on y conspirait, on y montait des plans. Gambetta y préparait ses discours en pérorant dans les compartiments. Toujours bondé, il déversait le soir, à Paris, son chargement de députés et de nouvelles.
Telle fut l’Assemblée parmi laquelle siègea Target et sur laquelle il eut une influence que nous allons nous attacher à dégager.