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tournée de cinq mois. Il y avait là Jean Richepin, sa femme et ses enfants, très contents du durable succès de « don Quichotte », et de « Miarka », « consécration » du compositeur Alexandre Georges ; Mmc Mendès et son fils Primice, le filleul de Sarah; M. Deville, le président du Conseil municipal; Leloir, du Théâtre-Français, etc. On a pris le thé drôlement, autour de la chaise longue de l'Etoile qui était « effilochée » d'aspect à faire peur. Elle avait cent ans! Et elle prétend que le voyage la « retape » ! — Je crois Carrière perdu — et il se sait incurable. Une pure et belle âme, ce peintre illustre. Son dernier portrait (de Mme Ménard) passe pour une merveille... — Dépêche pneumatique de Marchand m'appelant à déjeuner à Neuilly. Il me dit se porter à merveille, mais vivre une vie de plus en plus surchargée de travail.
Le Colonel allait publier, dans « l'Eclair », trois importants articles. Mariéton grossissait son volume d'épigrammes :
Mes vers, lus aux amis, ont eu assez de succès. Je compte donc sur le livre, mon meilleur peut-être ? Mais je songe que toi, ma chère mère, tu ne l'aimes guère... Je corrige du moins l'austérité des « Epigrammes » (il y en a trop!) par des paysages de nature et d'âme. J'ai aussi quelques articles soignés prêts à sortir...
La Princesse Pierre Bonaparte mourut le 3 novembre; Mariéton écrivait, le 21 :
J'ai passé une heure, dimanche, avec la princesse Marie et sa tante, puis son père. On m'a tout raconté: angine de poitrine, suffocation le jeudi soir, complet rétablissement le vendredi, et, après deux visites reçues (M"u Lefèvre et Marie Abbatucci), à peine celle-ci venait-elle de partir, mort subite, inattendue, le vendredi à 7 h. 15. Sa camériste qui entrait chez elle la vit étendue dans son cabinet de toilette. Elle cria au secours. Le prince Roland était chez sa fille, il allait dîner en ville. Tous deux accoururent, terrifiés. La Princesse Pierre s'était
blessée à la tempe au marbre de sa table à toilette, elle était inondée de sang, mais déjà froide... — La température continue à être impraticable. Partez vite pour le soleil. Jean a passé la journée de dimanche avec moi, at home, sortant de dîner chez; les Daudet avec Coppée. Il y avait défendu le « génie » de Guillaume II contre Coppée et les hôtes.
25 novembre. — J'ai commencé ces joursci un deuxième acte d' « Œdipe à Colonne » dont Gasquet doit faire le premier acte, dont nous ferons ensemble, cet hiver, le troisième, en vue du prochain cycle d'Orange... (Hillemacher frères font la musique de scène) ; magnifique thème de philosophie lyrique. Je compte bien que nous ferons mieux (dramatiquement parlant) que tous nos devanciers. Mon ami de Weimar part demain. Je le regrette. C'est un homme du plus rare intérêt.
En décembre, Mariéton allait s'installer à Nice pour un séjour plus long que les hivers précédents :
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1906. Parmi les lettres qui arrivaient à
Nice au début de janvier était eette lettre de Mistral :
Je ne sais qui a pu parler à Ad. Brisson de mes « Mémoires de jeunesse »... Le fait est que, le mois passé, Mad. de Flandreysy vint, en ambassadrice, m'ofï'rir de belles conditions pour leur publication dans les « Annales politiques et littéraires ». Cette revue qui compte plus de 100.000 abonnés, avec son public familial composé de braves gens et surtout de jeunes filles, m'a paru tout à fait adéquate à l'esprit et au ton de mes confidences. Mon « espelido » va donc y poindre ce mois-ci, cette semaine probablement. La Revue ne publiera que la version française. Mais la maison Pion (le traité est signé) donnera, fin d'année, un beau volume illustré contenant le provençal et le français, plus une édition à 3 fr. 50. Tout ça pour l'agrandissement du Museon... — L'ébranlé-
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ment donné au Félibrige par la réforme que tu sais commence à se calmer et les ondulations se tassent. Grâce aux discussions qui ont suivi, une vie intense est revenue autour de la Cause et des groupes ardents se réveillent de partout, aux lieux et places des anciennes « écoles » qui, il faut bien en convenir, étaient absolument mortes. Il n'y avait jamais eu tant de manifestations et de publications populaires' qu'aujourd'hui. Adieu, mon bèu, e sounje un pau à te manda !
Cette autre lettre venait d'un jeune félibre:
A votre insu, vous avez eu sur ma destinée une influence majeure... C'est vous le premier entre les considérables qui m'avez dit qu'il y avait quelque chose en moi. On garde de ces actes qui sont des soutiens indispensables une reconnaissance profonde à ceux qui ont su les accomplir — et lorsque je vous ai plus avant connu, par vous-même et par vos œuvres, j'ai eu le désir d'être proche de quelqu'un qui est rare, en un temps où le commun est plus commun que jamais.
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Mariéton ne quittait Nice, cette année, qu'à la fin de janvier pour faire en automobile, avecla Reine, une de ces visites félibréennes que Léon de Berluc-Pérussis appelait des « tournées pastorales ». Ils partirent par Aix, Saint- Gilles, Aiguës-Mortes, Montpellier, Nîmes, le Pont-du-Gard, Arles et Maillane d'où Mariéton rentrait à Paris après des haltes à Orange et à Avignon. Partout ils avaient été chaudement accueillis et fêtés par des banquets, des félibrées, des aubades de tambourinaires...
Du début de février à la tin de mars, on peut extraire des lettres de Mariéton les passages suivants :
Oui, ce que je fais est plus durable que lucratif... Je retournerai à Nice, mais dans quelque temps. Il me faut le recueillement: la dissipation de là-bas m'empêche de penser librement. Jean est occupé par ses réunions (il était candidat à Paris, pour les élections législatives).
17 février. — J'ai accepté un gros travail pour le Supplément du « Gaulois », à l'occasion de l'inauguration de la statue de Mus-
set. J'y utiliserai des lettres inédites du poète appartenant à la Reine. Le « Figaro » me demande un autre article sur le même sujet. Je vais dîner au Ritz, invité par Mme de Nuovina, avec Siegfried Wagner.
Mariéton fit à cette époque la connaissance de Mme Bissieu-Golet, la fille de Louise Colet :
J'ai mis la main sur les papiers de Louise Colet. C'est un vrai nid! J'ai déniché des merveilles chez la fille du bas-bleu où je passe les après-midi, car elle est très jalouse de ses archives. Elle a encore toutes les lettres de V. Hugo. Il me reste à voir les deux tiers des lettres de Flaubert, une correspondance tendre avec Alfred de Vigny (plus de 150 lettres). Quelles belles études de psychologie romantique à puiser là !
' 6 mars. — Toujours plongé dans la visite de ces papiers, chez leur propriétaire. Je dois me hâter, pour voir tout le premier. Elle a déjà, avant ma venue, confié à quelqu'un les papiers relatifs à Victor Cousin. Elle a promis de me réserver, pour la « Re-
vue de Paris » et le « Gaulois », les lettres d'Hugo, Vigny, Béranger, Sainte-Beuve, la Guiccioli, G. Sand et tout le Romantisme. Je suis revenu, hier, de chez elle, à deux heures du matin. Je vais livrer mes articles... J'ai envoyé à la Princesse Marie un vieux portrait de sa grand'mère trouvé là (la princesse Pierre fut des amies de Louise Colet)... Marchand est absorbé par son élection. J'ai tout lâché pour mon travail et arrêté ma sonnette.
13 mars. — Mon père me parle ironiquement de mon « éternelle pièce ». Il veut que je travaille et produise. Or je me crève, depuis cinq semaines, souvent jusqu'à une heure du matin, pour faire un livre qui peut être aussi sensationnel qu' « Histoire d'Amour ». C'est décourageant!... Jean, que je n'ai pu aller voir, m'a fait d'affectueux reproches; il est aussi formidablement pris; mais c'est un parfait ami! Nous ne nous fâcherons jamais.
16 mars. — Encore deux ou trois jours de travail. Le « Figaro » attend ma copie.