‹ Paul Mariéton d'après sa correspondanceChapitre 7 sur 13 · I DO · texte numérisé non relu

I DO

ment pour ceux qui le lisent. Cette œuvre a été faite avec plaisir, sans se presser, en me jouant pour ainsi dire. Elle est aussi réelle, aussi sincère, aussi indépendante que peut l'être une création de l'esprit. Outre sa valeur poétique (car elle en a une, toute due aux braves gens que j'ai mis en scène) c'est un document ethnographique unique pour la vie rhodanienne de jadis. Un poète de talent (et franchimand) m'écrit: « Vous n'aviez rien écrit encore d'aussi puissant. C'est plus beau que du Mistral. Quel réalisme et quelle fantaisie! C'est l'Odyssée et c'est le vers de Dante, plein, nerveux et musclé, sonore sans monotonie, mettant le mot en valeur. Je vous assure qu'on n'y regrette pas la rime. » (Lieutenant L...) Tu verras, du reste, combien ce drôle de poème est varié et gai ; on ne m'y reprochera pas les longueurs.

Et maintenant, à qui le donner pour le livre ? D'après mon traité, je suis libre devers Lemerre. Fasquelle me le demande, mais Fasquelle c'est Charpentier. Et ces braves éditeurs, si aimables tant que le traité

n'est pas signé, vous traitent de très haut, une fois qu'ils vous tiennent. De Charpentier, je n'ai pas pu obtenir, depuis dix ans, qu'il corrigeât, au frontispice de « Mireille », l'abominable coquille « traducioun litoralo » pour « literalo ». Et ce qu'il y a de joli, c'est que Lemerre, dans son dernier tirage de sa « Mirèio » à lui, a adopté aussi « traducioun litoralo » qu'il a dû copier (pour ne pas m'avertir) sur l'édition Charpentier!

Charmé du renvoi des fêtes d'Orange (qui me pesaient beaucoup, la chose (?) de « la Reine Jeanne » n'étant pas dans les conditions voulues). Et si T... t'avait parlé d'une mise de fonds « mécènétique », crois bien que tout cela s'est fait en dehors de moi et malgré moi. Car jamais, au grand jamais, je n'accepterai, de n'importe qui, le risque ou l'avance d'un florin pour le lancement d'une œuvre mienne. Ou l'on me jouera avec V « aflat » de la Commission, ou pas. Je ne veux pas, dans mon « empèri » rhodanien, être traité en intrus. Je n'ai besoin ni d'argent, ni de gloire... Et j'attends toujours ta « Melancolia » !

Le volume reçu, Mistral répond, le 1er juillet :

Ce « Livre de ta Mélancolie » est un soir d'été. Les senteurs de la vie imprègnent encore les champs où la faucille a fait des vides, mais les bleuets sont abattus, et, avec eux, les illusions de la « primavera ». Ce dernier regard du poète sur tant de belles choses qu'on rêvait immortelles est tout nébuleux de larmes. Mais la fleur n'est qu'un lit pour le renouveau des êtres et demain il faudra se couronner d'épis et entamer une autre étape. Donc, ne point pleurer trop et regarder les pampres où vont mûrir les grappes savoureuses de l'automne. Merci, encore un coup, pour l'admirable sonnet que tu me dédies et pour son très beau dernier vers. Je t'embrasse.

Georges Rodenbach jugeait ainsi le livre et le poète :

Il faut refaire le silence en soi pour lire les poètes et vous en êtes un délicieux, vraiment, et d'un charme imprévu. Pour qui vous connaît et vous aime, jovial, cordial,

c'est une surprise de découvrir le chanteur tendre et lunaire, petit-fils de Pétrarque et capable de pleurer sur la fontaine de Vaucluse. Toute cette grande tristesse du pays qui doit exister dans le Midi pour les yeux visionnaires d'un poète, a passé dans vos vers et compliqué la mélancolie qu'y met déjà le souvenir d'un amour mort. Et cela fait un livre nostalgique, tendre, et vraiment « virgilien » où il y a aussi les silences amicaux de la lune : « Je veux vous dédier ce clair de lune, amie », qui est une pièce exquise. Et comme j'aime aussi, sur Léonard, ce vers superbe :

Modérateur puissant des grâces de la chair !

Il fut aussi le « modérateur de votre lyrisme », avec les autres peintres d'Italie dont votre poésie reflète assez la grâce, la distinction, le songe triste, le feu couvé, les yeux où flottent des siècles.

On lui écrivait de divers côtés: « On ne vous savait pas mélancolique ! ». Ceux-là ne connaissaient guère le poète qui avait écrit, entre autres, cette pièce :

Je n'habituerai pas ma vie

A se passer de ton amour ;

Sur la mer de ma nostalgie,

Tes yeux d'algue flottent toujours.

Le charme dont mon cœur se grise, Tandis que son espoir décroît, Exalte ma douleur, l'épuisé...

Je t'aime pour souffrir de toi !

Parfois je me surprends moi-même Cherchant près d'une autre à m'humilier... Mais j'ai beau mentir, vouloir oublier : C'est encor toi seule que j'aime !

Ah ! pour les tourments infinis

Qui font expier ta grâce à mon âme,

Je maudis l'amour, je maudis la femme !...

Mais je t'aime et je te bénis.

ou cette autre, datée d'avril 1890, et intitu lée « Soir d'Italie » :

Par un soir d'avril, à Pise la morte,

Le ciel bleu baignant les temples rêveurs,

Parmi les foins coupés lourds de tiges de fleurs

Sous les chauds parfums que la brise emporte,

Comme un vol de désirs inconscients et doux

Tourbillonnaient les lucioles.

Et je pleurais, assis dans l'herbe, à ses genoux

Et la nuit buvait nos paroles :

« Addio, amico mio » — « Adieu, ma chère amour !

Le monde nous reprend dans ses raisons cruelles.

Un jour aura suffi pour nous connaître, un jour

Pour égarer sans fin nos âmes éternelles ».

— « Pourquoi tant s'aimer et déjà se fuir ?

Qu'est-ce qu'un bonheur condamné d'avance ?... »

Nous regardions la nuit sereine approfondir

Les quatre monuments qu'emplissait le silence,

1 4o PAUL MARIETON

Groupés en même lieu (symbole de ton sort, Pauvre amour, pauvre humaine histoire !) : Le temple du Baptême et la Maison de gloire, Et la Tour qui chancelle, et le Champ de la Mort.

En juillet, Mistral envoyait à Mariéton une brochure concernant la fondation de ce « Museon Arlaten » qui allait devenir la principale occupation et la grande joie de sa vieillesse. L'assemblée et le banquet de fondation avaient eu lieu à Arles, le 2 juin :

Mon cher ami, voici une brochurette qui te mettra au courant d'un projet que j'ai rêvé pour la Ville d'Arles, « lou Museon Arlaten ». La chose, comme tu vois, est bien en train, et comme je suis assez pratique de mon naturel, j'ai une idée que je te communique, car tu es subtil et sage comme mon prince d'Orange. Pour nos vitrines et nos bonshommes et nos poupées (tels qu'au Trocadéro) il nous faudra de l'argent. Plus nous en aurons, mieux se feront les choses.

J'ai donc envie d'écrire, moi, à Rothschild, pour l'intéresser à notre jolie fondation, et avec ma lettre, je lui adresserai la brochure du brave Dr Marignan, mon premier ministre. Mais à quel Rothschild faut-il s'adresser ? C'est ce que tu vas me dire, car je voudrais réussir. Si tu voyais, dans Paris, quelque autre Crésus artiste qui pût s'intéresser à mon Musée, indique-le moi, je pourrai lui écrire encore.

La campagne ouverte par l'excellent Rodenbach m'amuse. Mais je regarde cette houle lointaine comme le pâtre couché au bord de la mer des Saintes-Mariés — et je me trouve mieux sous mon tamarin que sous la fameuse coupole. — « Gloria Melancholiœ tuse! »

Le 13 juillet, eurent lieu, à Douai, des fêtes en l'honneur de M,ne Desbordes-Valmore. A cette occasion, Mariéton demandait à Critobule de lui expédier les autographes qu'il avait laissés à Lyon de la « divine Marceline, divine puisqu'elle est en train d'escalader le Pinde sur les épaules de Montesquiou ». Il s'était décidé

l/j2 PAUL MARIÉTON

la veille, « dînant avec Marin, à donner au Journal un petit boniment sur la Muse des pleurs, encadrant deux ou trois de ses plus belles lettres ». Critobule était prié, à plusieurs reprises, « d'éteindre toute cigarette avant de franchir le palier » . La crainte du feu était une des inquiétudes permanentes, un des « scrupules » de Mariéton. Jamais il ne quittait son cabinet de l'avenue de l'Archevêché sans se retourner maintes fois, sur le pont Tilsitt, pour regarder ses fenêtres en se haussant sur la pointe des pieds: « Tu es sûr que nous n'avons pas mis le feu ? », disait-il à l'ami qui l'accompagnait. « Tu en es bien sûr ?» — « Oui î viens donc! » Il en était de même lorsqu'il sortait, au Saix, de sa maison.

Le séjour de Mariéton à Paris se prolongea cette année :

Je ne pars que mercredi (écrit-il) pour Guernesey où m'appellent Léon et Georges, par lettres et dépêches furieuses et incessantes... Je n'y resterai que quelques jours pour l'arriver vite, ma chère Mère... Ici,

nous avons eu quelques jours étouffants, mais la bise est revenue. Le Bois est une charmante ressource. J'y vais souvent, dans la soirée, entendre les Tziganes. Tout Paris se rend, cette année, à Armenonville, de 8 heures à minuit. J'y retrouve une bande d'amis... As-tu lu le bel article de Drumont sur Mistral ? Etonnant! Grand effet à Paris. La gloire de mon ami ne pourrait être comparée à aucune autre en ce moment. La Sainte Estelle, aux Saintes, sera tout intime et je n'ai pas, cette fois, l'intention d'y aller, car en septembre, nous devons, les poètes (Marin, Amouretti, Bernard, Bergon, Georges, Léon, Maurras, Barrés, Montesquiou, etc.), aller fêter Mistral, rien qu'entre nous, à Maillane, pour l'achèvement de son « Rhône » qui est un chef-d'œuvre.

Peu après, de Guernesey, il entreprenait un long mémorial pour Critobule qui venait de donner, dans un journal de Lyon, un article sur « le Livre de Mélancolie » :

A Lyon, bien peu oseraient m'estimer ainsi; mais je veux te croire sincère... Ta

l/|4 PAUL MARIÉTOK

lettre me trouve à Guernesey, chez Georges Hugo, non point à Hauteville-House, occupé par sa sœur et sa mère, mais à La Marcherie, dans un ravissant cottage isolé sur la côte farouche de l'île. Pour n'habiter pas la maison du Poète, nous n'en avons pas moins sa présence réelle par ses papiers que Georges a retirés et classés dernièrement (puisqu'il remplace désormais Vacquerie auprès de Paul Meurice, l'exécuteur testamentaire), papiers infiniment précieux, manuscrits de 1815, 1817, 1818, en grande partie inédits, brouillons, ébauches, correspondances avec tous les hommes du siècle, dossiers de famille et de littérature, etc., etc., desquels bon nombre ira de droit, bientôt, à la Bibliothèque Nationale, mais qu'il était piquant d'inspecter les premiers. J'ajoute que c'est sur le papier du grand homme que je t'envoie ces lignes.

Mon ami Georges Hugo est un très libre esprit. Ne crois pas qu'entre nous l'encens perpétuel fume sur l'autel du grand-père. Georges, certes, en garde le culte, mais t'aije dit, que, pour son compte, il prisait mode-

rément la poésie. Léon Daudet n'est point pour nous porter à l'hugolâtrie. C'est moi le plus fervent sans doute...

Autre lettre au même :

... T'ai-je dit que j'avais exploré, avec Georges, les papiers inédits de Victor Hugo? J'ai lu, entre autres précieux morceaux, un grand chapitre, primitivement destiné au « William Shakespeare » : « Comment j'ai été initié à Shakespeare » (par Charles Nodier, au sacre de Charles X) qui, pour moi, constitue la plus merveilleuse des « choses vues ». Un pur éblouissement que cette description de la cathédrale de Reims et ses considérants; rien de plus beau dans « Notre-Dame », ni ailleurs. Quel imaginatif prodigieux que ce peintre orchestral ! Là, moins d'alliage que dans ses vers, moins de fauxgoût que dans ses romans et son théâtre ; une éloquence aisée, graduelle et grandiose. C'est exquis de génie simple et rayonnant... Nous sommes ici tous trois seuls, depuis une semaine, au bout du monde, dans un site admirable et sauvage, devisant à demi mot

P. MARIÉTON, t. 11 7

l/|f> PAUL MARIÉTON

de toute chose que nous aimons, et si je n'avais pas à ce moment maintes préoccupations qui m'embrument, j'aurais vécu là un des plus admirables songes de ma vie.

La suite, annoncée, devait concerner la mort d'Edmond de Goncourt, le chagrin d'Alphonse Daudet, « la curiosité première de Paris sur l'Académiette (la bien nommée) », « le Grenier », « le Goncourtisme, cet art antiméditerranéen, antitraditionniste ». Mais, ayant à écrire à Mistral sur « sa candidature oisive à l'Académie que les scrupules de Daudet vont rendre nationale (si j'ose dire...) », Mariéton a envoyé à Maillane « tout ce chapitre » de ses « petits mémoires » :

... Non pas que je dédaigne Goncourt (ditil). L'homme était charmant, du meilleur ton, de la plus élégante allure physique... L'écrivain a crayonné de ravissants croquetons de carnets, voire d'exquis fantômes de beaux livres, mais... Ne recommençons pas, veux-tu, nos discussions féroces. Tu ne penses pas comme moi sur ce point... Je serai jeudi soir près de ma mère, au Saix.

Après une semaine passée à la Villa Bassaraba, Mariéton, du Saix, redemande à Critol)ule « un ou deux bavardages », relatifs à George Sand qu'il lui a envoyés d'Amphion, en 1894 :

Je suis attelé, depuis quelques jours, à un long travail sur les amours de l'auguste trio : Sand-Musset-Pagello, à Venise (d'après documents inédits) que je vais publier au ((Journal». Figure-toi que je donne le « journal intime » du médecin lui-même que m'a procuré mon bon ami André Marcello. Quant à la lettre de Sand (à Pagello) si importante, si « roide » aussi, dont je t'ai montré la copie, je ne pourrai en publier qu'à peu près la substance. Mon travail va commencer à paraître bientôt; ce sera une fameuse surprise, car on croit le sujet épuisé jusqu'à la publication des lettres de Lélia et de Musset.

l/|8 PAUL MARIÉTON

En octobre, Mariéton arrive à Paris, avec son père, au moment des fêtes en l'honneur de la venue des Souverains Russes :

8 octobre. — Mon père a pu assister aux deux galas. Il en est ravi. J'ai vu comme le bon peuple (c'est-à-dire debout sur une chaise, à l'entrée de l'Avenue du Bois, et mieux que les snobs qui payaient des 2 ou 3.000 francs leur fenêtre aux Champs-Elysées), l'entrée des Souverains Russes dans Paris. La grâce jeune, timide et fraîche de l'Impératrice et l'étonnante calvacade des chefs arabes aux manteaux flottants, aux housses éclatantes, plus que l'imposant Montj arrêt et les deux piqueurs aux supeï'bes chevaux noirs, ont fait l'intérêt tl l'éclat du cortège. L'Empereur apparaît plu tôt intimidé aussi; il est petit et ne fait pas assez de frais pour le peuple. Grande curiosité en somme, amusement, étonnement dans la foule, mais pas d'enthousiasme, beaucoup moins que pour les marins russes, dit-on. D'abord on n'approche pas les carrosses qui ne se balladent donc que dans

une éclaboussure d'uniformes et de chevaux. Ceux des galas sont du plus ancien régime. La foule n'a vu ça qu'à l'Hippodrome. — Ce matin, je vais à Versailles. Pierre de Nolhac m'a invité chez lui pour voir l'arrivée et le parc. Je ne serai pas non plus de la fête... Constantin Brancovan va, avec Meyer, au Camp de Châlons ; il me presse de le suivre. Je n'en ai pas envie. — Au « Journal », au « Gaulois », on est affolé, mais mes « tartines » passeront aussitôt après le départ des souverains russes.

A Critobule, six jours plus tard :

Ecris-moi, je suis ici pour quelques jours encore... Léon Daudet est installé à Fontainebleau d'où il vient, çà et là, dîner avec Georges et moi. Hier, il m'a vu si découragé qu'il me télégraphie, ce matin, d'aller partager son logis à l'hôtel et sa table de travail. Ce serait un fier entraînement, car en voilà un travailleur ! Mais je suis incapable de quitter Paris ces jours-ci... il fait un temps atroce, et de plus, j'ai la grippe.

\DO PAUL M A Kl ET ON

Ce même jour, il répond à ses parents qui lui ont écrit pour la Saint Paul :

Je vous remercie tendrement de vos bons souhaits. Cette date m'attriste encore. Je me sens si loin de ce que j'avais ambitionné dans ma jeunesse ! J'en aurais pleuré, ce matin, en recevant votre lettre... Je travaille tout le jour et, vers le soir, je vais aux journaux. Je veux arriver à m'y débrouiller: tout mon acquis a besoin de se produire. J'ai trop accumulé pour n'en pas tirer profit maintenant.

Le travail va avoir raison de ce découragement passager, et le surme îage do cette lassitude. Ses quatre articles (ceux de 1' « Echo de Paris » notamment) et les réponses qui y ont été faites ont remis le sujet à la mode. Et l'étude projetée sur G. Sand va devenir un livre qu'un éditeur s'empresse d'acheter, mais qui doit avoir paru avant le 15 décembre.

C'est de cette époque que date le portrait de Mariéton donné par le « Temps », sous la rubrique « Vieux papiers ». L'auteur flâne

i 8 9 fi i i 5 ï

sur le boulevard devant les étalages des libraires, quand, raconte-t-il...

Tout à coup, une main cordiale s'abat sur mon épaule. Je me retourne et vois sous un « tube » étincelant, une large figure rose épanouie, un rire d'enfant dans une barbe d'apôtre, des gestes exubérants, une cravate joyeuse, une redingote de elcrgyman agitée au vent des passions, un mélange inouï de fougue et de gravité, de poésie et de tenue, et quels yeux ! Bleus, candides, inquiets, amusés. Daudet les appela, jadis, « des yeux de chèvre folle ». On dirait, en ce moment, qu'ils veulent se précipiter hors de leurs orbites, se jeter, dans un élan impétueux, à la tête des gens afin d'annoncer la nouvelle qui les fait presque déborder et jaillir... Stupéfait, je regarde, et je reconnais Mariéton; vous savez, Mariéton poète et cigalier, Lyonnais mystique et Méridional convaincu, félibre, plus que félibre, « chancelier du Félibrige... »

Et la causerie supposée du journaliste et du poète sur les Amants de Venise se ter-

mine par la production, par Mariéton, d'une lettre d'où il ressort « avec une évidence extraordinairement brutale que George Sand était une femme et que Pagello était un homme ».

C'est alors une chasse fébrile au document, à la Bibliothèque Nationale, auprès de vieilles gens qui peuvent avoir des lettres ou des souvenirs. On a indiqué à Mariéton l'ancienne gouvernante de Musset, actuellement bijoutière au faubourg Saint-Honoré où elle a le portrait du poète dans sa vitrine; la bonne de Henri Heine... « Et pourquoi pas, tout de suite, me faire concierge », écrit-il. Il a supprimé, dans les lettres qu'il a publiées, tout ce qu'elles avaient de scandaleusement intime, « estimant dégoûtant de se faire de la réclame avec des grossièretés » :

Déjà, c'était assez charger la pauvre femme. Cette déclamatrice (si j'ose dire) m'agace malgré son génie. Foin des femmes de lettres ! Tu penses comme moi. Croiraistu que ce potin a fait revenir du Sand et du Musset, même du Paul de Musset, aux

étalages des libraires. « Vanitas, vanitatum ! » On a peut-être raison de dire que toutes ces histoires sont de basse curiosité ; n'empêche que, depuis deux ou trois jours, c'est (pour les plus malins) une sorte de petit événement dans Landerneau que cette preuve inattendue, quoique banale, de la trahison d'une femme — quelque chose comme une consolation personnelle à chacun !

28 octobre. — La discussion ne s'arrête pas. Quelle machine imprévue ! Xau m'a demandé, pour le « Journal », un article sur la question Sand-Musset-Pagello. J'ai tenu à préciser l'affaire et à m'expliquer. Il paraîtra demain matin et bientôt deux autres chroniques qu'il a déjà. On m'en demande de plusieurs parts. Tu vois, mon cher Père, que je peux arriver à me faire, sans trop de peine, cette petite indépendance que tu désirais. Pour un début de journaliste, je crois que c'est un bon début.

10 novembre. — Je travaille d'arrachepied à ce livre... Paris lettré s'est divisé en

lôf\ PAUL MARIETOU

deux camps : Sandistes et Mussettistes.

Je représente ces derniers — « minima pars » — et la famille du poète m'est toute acquise, comme tu penses. Sa sœur, Mme Lardin de Musset, chez qui je travaille maintenant plusieurs heures par jour, est une vieille dame très fine et charmante que les attaques ignobles des Sandistes contre Musset mettent en légitime fureur. Cette légende obstinée d'ivrogne et de débauché tombera en partie, grâce à mon livre. Enfin et surtout les documents nombreux et inappréciables qu'elle me fournit — dont le meilleur des lettres inédites de Musset à George Sand (admirables pages sincères !) — feront la lumière sur cette Histoire d'Amour et sur les deux natures de génies qu'elle met aux prises.

23 novembre. — Cher ami, on imprime au fur et à mesure que je rédige, c'est assommant... Au demeurant, j'ai peu de scrupules. Je crois n'avoir pas chargé cette pauvre admirable femme plus qu'il ne convenait. Ses lettres à Sainte-Beuve (de la dernière

iS()('> i55

Revue de Paris) qui dévoilent sans réticence sa liaison (de huit jours) avec Mérimée, l'accablent plus que les lettres à Pagello, ce me semble. De cela je ne dirai rien, non plus que d'un tas de marginalia scabreux que m'apporte, chaque jour, ma documentation de cette jeunesse expérimentale... Ma mère est dans un couvent, près de Marseille ; mon père la rejoint à Hyères, ce soir ou demain ; ils vont passer quelque temps à Antibes où ils ont loué une villa près de Mme Commanville.

26 novembre. — Ma chère mère. Ici il fait grand froid et je n'ai pas encore tué Mme Sand. Mon livre avance, nous aurons paru le 3 ou le 4 — si je ne suis pas saisi (c'està-dire la vente suspendue pour 24 ou 48 heures) par la maison Lévy qui s'est opposée à ce que je cite « lettres ou fragments des lettres », mêmes parues, de George Sand, dont elle est propriétaire.

(i décembre. — Mes chers parents, je suis navré que vous préjugiez plutôt défavorablement de ce volume. Vous le verrez bientôt et

ï5fi PAT" T. martk'tox

j'espère que votre sentiment changera. Pas scandaleux pour un sou ! C'est un chapitre inédit d'histoire littéraire où un cas singulier de la psychologie du siècle est étudié — sans parti pris — non sans une sympathie évidente pour Musset, qui résulte et résultera, pour le lecteur aussi, je crois, de l'ensemble même des pièces du procès.

Primoli, Léon et Georges sont les seuls que je reçoive et, quelquefois, Valori et d'Adhémar ; je les reconnais à leur coup de sonnette (chacun a son chiffre) et je n'ouvre naturellement à personne autre. D'ailleurs, je travaille surtout la nuit, mais je me lève tard et ça ne me fatigue pas...

La princesse Mathilde vient de me faire visite. Je ne m'y attendais guère. Primoli a voulu lui montrer ma tête sans barbe (qui ne lui ressemble plus). Figurez-vous que j'ai fait la bêtise de me laisser influencer par Léon et Georges que j'ai trouvé hier sans barbe. Ils m'ont engagé à faire tomber ce poil inutile, pour me rajeunir... Georges a commencé à me raser ; pas pu finir ; j'ai été chez un barbier du voisinage et j'en suis

i 8 g fi 1 57

revenu, plus jeune peut-être, mais poupin et monacal. Je me déplais fort sous ce nouveau visage. Mme Ménard, hier soir; Augustine, ce matin, et tout à l'heure la princesse m'ont trouvé... mieux. Mais les hommes sont d'avis différent. Est-ce assez bête ?

Quelques jours après, Léon Daudet invitait Mariéton chez son père : « Viens dîner jeudi î Vive Musset ! A bas Pagello î ». Au dîner, Alphonse Daudet soutint qu'il fallait être un bien brave homme pour ne pas sombrer dans l'estime de ses amis, une fois rasé ; que la barbe, la moustache surtout, cachent de mauvais plis de la vie chez ceux qui sont accoutumés à la dissimulation du poil. « Daudet m'estimait fort (raconte Mariéton) pour avoir pu triompher à ses yeux d'un rasage inopiné : « Tu es le même, tu es un brave homme », me dit-il.

Léon de Berlue, tenu par Mariéton au courant de ses recherches, lui écrivait à propos de son « véridique roman » : « Ce qui dépasse mon entendement d'arriéré, c'est le soin jaloux avec lequel Sand, Musset et Pagello ont tenu

registre de leurs polissonneries étudianesques. »

Enfin, le 22 décembre, le volume paraît :

Je suis bien en retard avec toi, mon Critobule. Mon volume a paru ce matin (6.700 pour commencer), je te l'envoie et avec, pour joindre au dossier de Pauloun, les trois derniers articles (chapitres extraits) que j'ai donnés aux journaux. Le volume est en vente depuis 8 heures. Les éreintements ont commencé. Tu as dû lire Silvestre ; il m'a « consacré », de plus, une conférence à la Bodinière. George Sand était une institution nationale, paraît-il. Moi je n'en savais rien et j'ai défendu Musset qui m'a paru, dans cette affaire, « mon semblable, mon frère » et le plus sincère des deux. En attendant les représailles possibles, c'est un « chambard » (drôle de mot! Sais-tu d'où il vient?) de tous les diables. Je suis un peu vanné et, au fond, triste... Je vais filer dans quatre ou cinq jours pour une semaine à Antibes... Pauvre Arène ! J'ai eu beaucoup d'obsession de

cette mort imprévue et muette, et, comme sa vie, isolée.

Quelques jours après, Mariéton rejoignait les siens au Cap Incomparable pour s'y reposer enfin.

1897. — La fatigue accumulée et le mauvais temps ne permirent guère à P. Mariéton de jouir de ce répit. Le retard de la Revue, qui n'avait donné, en 1895-1896, que trois fascicules, lui était comme un remords. D'Antibes, il écrivait à Critobule malade :

Je suis aussi bas que toi moralement, mon pauvre vieux (rapporte-t'en à mon spleen de septembre, sans que j'aie besoin de préciser)... Il pleut... des torrents qu'accompagne un embrumement général de l'horizon, si merveilleux ici par le soleil. C'est singulier comme tout ce pays, sans soleil, « fout le camp ». Moi, je passe mon temps à l'imi-

ter. J'ai des relations tout alentour, et, à sauter d'un train dans l'autre, je sors un peu de moi-même...

A quoi son ami répondait :

Je me « reporte » et je comprends d'autant mieux ton spleen que le mien est souvent tout pareil. Et pourtant je n'ai aucune ambition extravagante ; je ne voudrais que la paix parmi les livres et avec quelques amis. Hélas ! je suis encore plus ambitieux que toi : la Paix, quel rêve de fou ! Au surplus, pourquoi t'écrire tout ceci ; nous sommes trop amis pour que nos spleens puissent se guérir l'un par l'autre. A moins que beaucoup d'amitié ne fasse un peu diversion à l'ennui que tu sens davantage en ton pays de soleil pris, lui aussi, d'idées noires... Tout en le « blaguant », je respecte, dans le vieil ami, le Mariéton de Lyon — un « Ararien », somme toute. Celui-là n'est guère connu, mon Chancelier, et je l'aime en « poussin » de sa nichée scrupuleuse et mystique...

Bientôt Mariéton était rappelé à Paris par le procès que lui intentaient les éditeurs de George Sand ; ceux-ci lui réclamaient des dommages-intérêts pour la publication, dans « Une Histoire d'Amour », de fragments des lettres de George Sand qui étaient leur propriété. Ce procès, qui fit un bruit considérable et dont la presse donna de copieux comptes rendus, fut brillamment plaidé, pour Mariéton et son éditeur, par Me Beurdeley. Après les plaidoiries et les conclusions du substitut Seligman, le jugement, remis de huitaine en quinzaine, ne fut prononcé qu'au milieu de mars. Il donnait pleinement raison à Mariéton et déboutait ses adversaires de leur demande. L'auteur ■ — y était-il dit — avait produit une oeuvre originale et personnelle valant non point tant par les extraits qu'il y avait insérés, que par les rapprochements auxquels ces extraits donnaient lieu. Il n'avait causé aux demandeurs aucun préjudice matériel, ses citations ne pouvant que contribuer à la diffusion des volumes publiés par eux. D'autre part, il ne pouvait être question de préjudice moral, George Sand ayant désiré elle-même la publication

de ses lettres d'amour et ses héritiers l'ayant suivie dans cette voie.

Au cours de ces énervants débats, Mariéton perdait, à Lyon, son bon grand-père, M. Teillard, dont la disparition fut, pour lui, un vif chagrin. De Lyon, Mistral le mandait à Arles pour l'inauguration de son « Museon », après quoi il lui fallait rentrer en hâte à Paris pour une réunion de la Commission du Théâtre d'Orange :

Cher vieux (écrivait-il à Critobule)... tu sais que nous avons arrêté pour Orange <( Antigone » ou « Œdipe » (suivant l'état de santé de M,ne Bartet) avec « les Erynnies ». Claretie demandait « Horace », refusait « les Erynnies », et, finalement, quand tout le monde eût voté pour les dites Erynnies, se rangeait avec empressement pour le spectacle réclamé. Son compère Sarcey qui, l'autre fois, voulait « le Cid », n'était pas à la séance. On a discuté deux heures. C'était en somme intéressant. J'étais à côté de Benjamin-Constant qui me crayonnait des bonshommes, et de Jules Lemaître qui sem-

blait somnoler. Il nous donnera, j'espère, une impression amusante de ce méli-mélo de politiciens et d'artistes. La dominante m'a paru d'un centralisme plus impertinent que jamais. Sur ce chapitre, le pompon à Théodore Reinach que le brave Loubet appelait « M. de Reinach », lequel Théodore, en bon juif, a montré une horreur instinctive de toute décentralisation qui rendrait impossible cette féodalité financière dont la politique universelle subit maintenant les lois. Il n'y a guère que Pourquery de Boisserin et moi qui ayons invoqué les droits provinciaux et Pourquery m'a plu dans ses interpellations véhémentes au timoré Maire d'Orange : « Puisque c'est vous qui payez, envoyez donc promener tout ce monde-là.

Ah! si j'étais maire d'Orange, je ferais une troupe tout seul, et j'aurais les premiers artistes ! ». Après la réunion, Mounet-Sully m'a emmené chez lui pour causer. Il était ravi du choix des Erynnies. Là, son frère aura un vrai rôle, son pauvre Paul, toujours sacrifié, et qui passe sa vie à bougonner contre le Théâtre-Français.

Les lettres qui suivent étaient adressées à M"e Mariéton :

20 février. — Ma chère mère, je vais m' atteler nécessairement à mon nouveau livre ; le régime nocturne va reprendre. Je suis allé voir Félix Faure avec la Commission d'Orange ; je l'ai trouvé empâté, avec l'air plutôt content de sa situation. Il honorera donc les fêtes rhodaniennes de son auguste présence.

9 mars. — Je ne suis pas allé à la vente Goncourt, n'ayant pas de quoi m'offrir ce que je désirais. D'ailleurs, on paie cher la marque du collectionneur. Hier soir, Hugo nous avait à dîner, Léon Daudet, Montesquiou, Lucas, le peintre Lobre, Yturri et moi. A peine le café pris, ils se ruaient à l'hôtel Drouot où ils avaient déjà passé la journée. Léon, qui n'y a pas mis les pieds, a préféré flâner avec moi jusqu'à minuit où nous retrouvions nos enragés chez Paillard.

14 mars. — Je me suis remis au travail. Pour ce que je fais, j'ai besoin d'isolement et de stimulant. Je remue de la sensibilité vécue. Il faut avoir vécu avant d'écrire, pour dire quelque chose, et j'ai senti pour plusieurs. Mon cher Léon Daudet m'est un exaltant précieux. Nous nous voyons tous les jours. Ses conseils sont sages. En voilà un qui sait vous garer du sentiment excessif ! A ce point de vue, mon Mistral m'a été le salut, jadis, aux heures critiques de la jeunesse... Ce procès gagné m'aura donc réhabilité... à Lyon. Car, à en croire des lettres de (Critobule) et d'autres amis, on s'y serait réjoui « in petto » de ma comparution en justice. Les aimables Lyonnais ont pu voir que j'en retirais plutôt de l'honneur. Si tu as lu le jugement complet, tu as vu que mes adversaires y avaient reçu leur coup de patte.

Quelques jours après, Mariéton répond à sa mère qui s'inquiète, pour lui, d'un si long séjour à Paris :

iCG PAUL M A RI ET ON

Tu ne peux pas, sincèrement, mettre en doute ma tendre affection. Si je ne t'aimais pas, toi, qui aimerais- je ? Mais comprends que je suis dans une période unique de ma vie littéraire. La notoriété qui m'est venue tout à coup demande à ce que je ne quitte pas la bataille. Je suis à l'heure de la production sûre, de la virile sève, de l'autorité. Si je réalise comme je veux le livre personnel dont je récolte les sensations et les pensées dans mes souvenirs, ce sera bien. D'autre part, je poursuis ce volume « Ménages romantiques », dont je t'ai parlé ; il nécessite des recherches, des lectures, des conversations, des excitations de verve par autrui... Parler, comme je veux le faire, de Balzac, de Mérimée, d'Hugo, de Vigny, dans un seul et même volume, n'est pas aisé. Tu crains les sujets scabreux sous ma plume ? La moralité de l'Art est dans la conscience de 1 artiste. J'hésiterais à aborder le sujet de Phèdre, et pourtant le génie a purifié les tableaux que le pieux mais sensible Racine n'a pas craint de représenter. Tu crains l'influence sur moi de certains camarades ?

Mais foncièrement, j'ai l'âme honnête. Nul ne 1 ; contestera et, à mon âge, on n'a plus de notions morales ni à perdre, ni à acquérir. Le cycle est parcouru, l'âme est faite. Je n'ai jamais « souillé » ma plume. Je ne pourrais pas. Léon est comme moi, tu peux m'en croire ; je n'en eusse pas fait mon ami autrement. Son père est la justice et la franchise mêmes, sa mère a toutes les vertus du foyer. Cette maison saine où je me sens aimé, te réjouirait le cœur, si tu m'y voj^ais.

Dans une autre lettre, Mariéton raconte sa visite au peintre La Gandara qui l'a invité à venir voir des portraits dans son atelier. Le 4 avril, cette lettre de Mistral arrive de Maillane :

Voici un petit pistolet que je te mets sur la gorge. Tu sais que je fonde en Arles un « Museon arlaten ». Nous avons le local, quand nous l'aurons rempli, ce sera le complément naturel de l'œuvre félibréenne.

Mais, pour le remplir, il nous faut de l'argent. Nous ferons donc un appel, dans les

l68 PAUL MARIÉ TON

journaux d'Arles, aux offrandes pécuniaires. Or, avant de publier la première liste de souscripteurs, pour frapper l'attention des « tenant-fiefs » du pays, nous voulons présenter une liste d'amorce qui ne sente pas le gueux. Tu es trop amoureux d'Arles pour ne pas figurer sur cette liste de fondation dont je vais te donner les premiers signataires : baronne A. de R., 200 fr.; baronne de W..., 100 fr. ; Frédéric Mistral, 500 fr.; docteur Marignan, 100 fr. Total : 900 francs. Ce docteur Marignan, de Marsillargues, est l'homme-né pour faire réussir le Musée félibréen d'Arles. Il est très fort et très zélé ; ami du reste du directeur du Musée du Trocadéro, dont il fut le collaborateur. Tu peux naturellement t'inscrire pour la somme que tu voudras, sans vaine appréhension de nous humilier.

En mai, Mariéton qui est alors préoccupé par la faillite récente de l'éditeur de son « Histoire d'Amour » et par les arrangements qu'elle nécessite, écrit au Saix :

Primoli étant arrivé la semaine dernière,

j'ai repris le chemin de la rue de Berry. La princesse Mathilde est toujours très bonne pour moi. Je l'amuse ; je contraste avec son entourage compassé, solennel et antique. La soirée est quelquefois intéressante, pas trop nombreuse. Jeudi dernier, grande joute sur Balzac, Berlioz et Mmc Sand, entre Emile Ollivier et moi. J'ai quelque peu pirouetté et paradoxe sur Balzac, plutôt sévèrement, pour faire dire à Ollivier quelques anecdotes dont je le savais dépositaire. Ce vieillard est fort intéressant, je le connais de longue date ; il m'a invité chez lui, près de Saint-Tropez, où il a d'étonnants papiers (il m'en a promis quelques-uns pour mon prochain volume). Gendre de Liszt, et, par là, beau-frère de Wagner, tu juges ce qu'il doit avoir et savoir !

Quelques jours après, le 7 mai, il raconte à son père la catastrophe du Bazar de la Charité :

Ici nous avons traversé trois jours de tristesse, de deuil général. Tu sais par les journaux tous les détails de cette catastrophe.

Page 1