‹ Paul MéréChapitre 12 sur 40 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Genève, 2 octobre.

La scène a été plus vive encore que je ne pensais. Je connaissais ma mère pour une personne accoutumée à se posséder; je comptais sur de l'aigreur, de l'amertume, du mépris : je ne m'attendais pas à tant de violence. À peine eus-je ouvert la bouche, qu'elle perdit contenance. Pâle, les traits bouleversés, elle s'écria que je me déshonorais, et, cachant son visage d « us ses mains, elle poussa des sanglots déchirants. Je m'approchai d'elle, je lui parlai d'une voix tendre .umise. Elle me repoussa d'un geste impérieux, m somma de la délivrer de ma présence Je sortis, id la reverrai-je?

Une telle scène, vous pouvez le croire, m'a été pénible; mais tant de déraison me meta l'aise. Puisqu'on refuse de m'entendre, je me tairai. Me voilà >i de discourir, d'argumenter, de répondre

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aux objections. Sot labeur dont je m'affranchis avec joie, car quel fruit en aurais-je retiré? La passion se laisse-t-elle convaincre, et connaissez-vous des préjugés qui ne soient morts dans l'impénitence finale? "Non, je ne parlerai plus, j'agirai. C'est pour le coup que je m'écrie avec vous : Presto! presto!

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