LETTRE XV
Genève, 3 octobre.
Ma mère s'est ravisée, La nuit porte conseil. Doisje m'en féliciter! J'ai toujours aimé les situations nettes et tranchées. Après ce grand éclat d'hier soir et ce refus de rien entendre, je n'avais plus rien à
ménager, plus de mesure à garder Vaincu par de
tendres supplications, j'ai pris un engagement qui me coûte. Peut-être me blâmerez-vous. Je veux tout vous dire, vous en jugerez par vous-même.
Il y a deux heures, ma mère m'a fait demander une entrevue. Je me suis empressé de descendre auprès d'elle. Elle était assise dans sa chaise longue. Elle s'est
le, m'a ouvert ses bras. Jugez de la surprise que me causa un si grand changement I J'en fus comme étourdi. Je la questionnais du regard. Elle me fit asseoir en face d'elle, et prenant mes mains dans les tiennes : «Je vous ai fait delà peine, me dit-elle;
pardonnez-moi. J'ai cédé à un emportement de douleur que j'aurais àû maîtriser. J'en ai été punie la première. Une mère ne chagrine pas impunément son enfant. Le regret, le repentir, m'ont tenue éveillée toute la nuit. »
Elle essuya ses yeux, et se forçant à sourire : « Allons, mon cher fils, reprit-elle, tâchons d'être raisonnables. Ne nous fâchons pas, causons tranquillement. Essayons de supporter patiemment, vous ce que vous appelez peut-être mes préjugés et ma dévotion bourgeoise, moi ce que j'appelle vos imprudentes et dangereuses chimères. Vraiment il me semble impossible que nous ne finissions pas par nous entendre. Je ne désire que votre bonheur ; ce que je vous demande, c'est de le désirer autant que moi. Sans doute il me serait cruel de vous voir contracter une union que le monde et mes amis condamneraient, et qui vous exposerait au blâme des uns, aux dérisions des autres ; cependant, je vous le jure, si j'acquérais la certitude que cette union vous offre des garanties de Donneur, je n'hésiterais pas à immoler toutes mes répugnances à la seule considération de votre avenir. Donnez-moi donc les preuves qui me manquent; tâchez de me convaincre, de me persuader. Je ferai taire mes préjugés, ma conscience même, pour n'écouter que mon cœur. »
Que faire? Je dus entamer un long récit, rude et ingrate corvée à laquelle je m'étais promis d'échapper; je contai à ma mère comment j'avais fait la connaissance de Paule, je la lui peignis telle qu'elle est, je rétablis les faits, je confondis la calomnie. Peines perdues ! ma mère m'écouta avec attention ; mais tantôt elle hochait la tête, tantôt elle levait les yeux au ciel, tantôt elle me regardait d'un air de compassion et avec un sourire qui voulait dire : Pauvre dupe, comme ta passion t'aveugle! Quand j'eus fini, elle se renversa dans sa chaise, demeura immobile, les yeux fermés, et pendant quelques instants il régna un de ces silences embarrassants où l'on entend voler les mouches. Enfin elle me dit en soupirant : « Mon Dieu ! que je voudrais croire! Mais j'ai beau faire, la foi ne me vient pas.
— Quand la vérité ne nous persuade pas, lui disje, c'est qu'au fend nous avons peur d'elle.
— Je pourrais vous répondre, me dit-elle, que nous sommes peu disposés à nous défier d'une erreur qui nous charme; mais Dieu me garde de rien vous dire de blessant, car j'ai des torts à réparer. Aussi, quoique j'eusse mille objections à vous faire, je les gar-
our moi. Je ne demande qu'à me laisser convaincre; malheureusement l'histoire que vous venez est assez extraordinaire.
— Qu'y voyez-vous de si singulier ?
— Une jeune fille irréprochable que tout le monde s'entend à condamner.
— Ce ne serait pas la première fois que tout le monde se serait trompé.
— Ah ! permettez, dit-elle, je veux que les apparences soient quelquefois trompeuses, que plus d'une fois l'innocence ait été en butte à d'injustes soupçons, mais soyez sûr qu'il se trouve toujours quelqu'un pour prendre en main sa défense. Parmi les personnes qui ont pu suivre de près cette triste affaire, trouvezm'en une qui prenne le parti de Mlle Méré, et je suis prête à me rendre.
— Qu'à cela ne tienne! nous avons d'abord pour nous un père.
— Quel témoignage! De bonne foi, serait-il reçu en justice? Aussi bien, si j'osais tout dire...
— Parlez, parlez, lui dis-je, vos réticences me sont cruelles.
— Eh bien! soyez certain que M. Méré juge sa fille comme je la juge.
— M. Bird m'a cependant donné connaissance d'une lettre...
— M. Bird! M. Bird! repartit-elle en levant les bras au ciel. Pauvre fille! elle a des répondants qui euxmêmes ont grand besoin qu'on réponde d'eux.
— M. Bird est un saint, lui répliquai-je avec un peu d'emportement; mais laissons cela. Savez-vous qui me répond de Paule? C'est Paule elle-même. Quiconque l'a vue et peut la soupçonner de mentir...
— Ah ! prenez garde, interrompit-elle; à votre tour vous allez me dire des duretés. Vous avez eu jusqu'ici l'avantage de la modération, conservez -le. Mon Dieu! je connais Mlle Méré, je l'ai souvent vue, je vous accorde qu'elle a de très-beaux yeux; mais il ne m'a jamais paru qu'elle eût le charme de l'ingénuité, de l'ouverture de cœur. Dans l'entourage de sa grand' mère, on l'accusait d'être un peu sournoise; elle parlait peu, éludait toutes les questions, ne disait son secret à personne.
— Et à qui l'eût-elle dit, je vous prie? A sa bellemère? à ses grands-parents? aux amis qu'elle n'avait pas? Pauvre belle âme, tenue en chartre privée par la malveillance et la sottise!
— Je me défie, dit-elle, de ces pauvres belles âmes dont la supériorité consiste à se mettre au-dessus des
:ts devoirs.
— Et moi je me défie de la médiocrité qui hait ce qu'elle ne comprend pas, et de la petite morale qui
la grande. j> Elle parut rêver un instant, puis elle reprit : t Voyons, Marcel, je fais appel à votre bon sens. Y
a-t-il jamais de fumée sans feu? Est-il possible qu'une jeune fille soit en butte à la médisance sans y avoir donné prise, et qu'elle perde sa réputation sans l'avoir hasardée ? Vous qui affectez de ne pas croire aux miracles, pouvez-vous admettre celui-là? Que Mlle Méré renonce à vous faire croire l'impossible ! qu'elle vous dise plutôt : Un jour je me suis oubliée. Je m'ennuyais ; emportée par la légèreté de mon âge et de mon humeur, j'ai voulu tromper mon ennui par de coupables distractions; mais j'ai assez expié ma faute par mon malheur et mon repentir... A tout péché miséricorde. Cet aveu même me toucherait; je serais disposée à la plaindre, à lui pardonner...
— Est-ce bien sûr? lui dis-je. Mais, quoi qu'il en soit, pouvez-vous exiger que pour vous faire plaisir elle s'accuse d'une faute qu'elle n'a pas commise?
— Encore un coup, reprit-elle, point de fumée sans feu. Ce billet anonyme, ce Lindor...
— Ah! parlons-en, m'écriai-je avec une vivacité dont je ne fus pas maître. Ce Lindor, qui est-il? où se tient-il? qui l'a vu? qui le connaît? qui a jamais donné son signalement? Eh quoi! une jeune fille contracte une liaison coupable, elle s'affiche sans pudeur, elle court les grands chemins avec son amant, et cet amant, personne ne le pourrait nommer ? Estil brun ou blond, jeune ou vieux? Point de réponse.
Cet amant est un être de raison. La même journée l'a vu naître et mourir. A qui s'informe de son nom, on répond qu'il s'appelle Lindor. A qui demande à le voir, on répond qu'on ignore ce qu'il est devenu. La comédie jouée, on n'avait plus besoin de lui, il a disparu par une trappe. Et vous exigez que je prenne au sérieux une si méprisable imposture! Et voilà l'épouvantail dont vous voudriez me faire peur! Et quand le bonheur est là qui m'attend, qui m'appelle, vous vous imaginez que ce ridicule fantôme planté sur mon chemin va mettre mes espérances en fuite et mon amour en déroute?
— Que diriez-vous, me répondit-elle d'une voix émue, si cet être de raison dout vous plaisantez avec tant de grâce ressortait un beau jour de sa trappe...
— Je l'attends sans inquiétude, m'écriai-je; mais plaise à Dieu que je me rencontre aussi face à face avec l'ingénieux romancier qui l'inventa! Oh! trop modeste anonyme, que j'aurais de joie à vous marquer l'estime que je fais de vous, et à vous payer le tribut d'hommages qui vous est dû!
— Calmez-vous, Marcel, me dit-elle, et discutons tranquillement, ou je quitte la place. J'admets, puisque- cela vous plaît ainsi, que les amours de Mlle Méré
• eut été que d'idylliques amourettes...
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— Au nom du ciel, lui dis-je, changez de langage, ou c'est moi qui quitterai la place.
— Eh bien! je consens que ces amourettes ellesmêmes ne soient qu'une fable; mais, je vous prie, si dans vingt ans d'ici vous aviez une fille qui s'en allât, sans vous en rien dire, s'ébattre toute seule dans les champs...
— Ma fille n'ira pas courir les champs toute seule, parce qu'elle aura un père qui lui offrira son bras.
— Qui sait? votre fille sera peut-être une belle âme. Elle aura des caprices, des fantaisies. Les belles âmes ont des privilèges; les petites règles de la morale commune ne sauraient enchaîner la liberté de leurs mouvements; elles ne reconnaissent point d'autre loi que leur inspiration du moment. Les belles âmes sont des souveraines par la grâce de Dieu; elles sont impatientes de tout contrôle, et, les blâme-t-on d'avoir manqué à quelque devoir essentiel, elles se plaignent avec hauteur qu'on ne les comprend pas... Non, ne secouez pas la tête, je sais ce que je dis. Je me défie de toute la race des incomprises. Mlle Méré a de beaux yeux, des talents ; je veux lui accorder du génie. Allez la visiter dans son atelier, causez avec elle d'idéal et de poésie, enflammez-vous pour elle d'un beau caprice, fort bien; mais l'épouser i C'est une affaire grave que le mariage.
Vivre ensemble pendant quarante ans peut-être, et dès la seconde année se voir l'un l'autre tel qu'on est, sans qu'aucune illusion soit possible.... voilà le mariage, Marcel. La beauté, les conversations sur l'idéal, on se lasse bien vite de tout cela. L'amour avec son cortège d'erreurs ne vit qu'une saison; l'estime et la confiance réciproques sont les seuls sentiments qui puissent durer autant que nous, et c'est là tout le secret du bonheur domestique. Aussi la compagne que je vous souhaite est une femme douce, bonne, agréable, sans dons exceptionnels et partant sans orgueil, attachée à ses devoirs, ne se croyant dispensée de rien, entendue dans la conduite d'un ménage, capable de s'oublier, de se dévouer, capable aussi de vous aider à bien vivre et de vous apprendre à croire.
— A merveille, ma chère mère! lui repartis-je ; mais que voulez-vous? j'estime que la conformité dans les goûts est quelque chose. Une bonne ménagère ne me suffirait pas. Certes je tiens à pouvoir estimer ma femme, mais je ne serai pas fâché de l'admirer un peu. Qu'elle m'aide à bien vivre, j'y consens de grand cœur; mais penser à deux est une joie d'une douceur infinie, et c'est là, selon moi, le vrai secret du bonheur domestique. Après cela, ne vous figurez pas uprès de Paule ni ma conscience ni mon pot-au-
feu courussent les périls que vous redoutez. Vous la connaissez bien peu, vous ignorez tout ce qu'il y a de candeur dans son génie, de bon sens dans son enthousiasme, de sagesse dans ses rêves, de vertu dans sa poésie. L'esprit de Paule est l'esprit d'un cœur, le cœur de Paule est le cœur d'un esprit, et voilà pourquoi je l'aime autant que je l'admire, et je la révère autant que je l'aime. »
Elle s'écria en souriant :
« Amoureux ! amoureux ! vous êtes tous les mêmes!... Oh! que vous êtes jeune ! poursuivit-elle. Vraiment, mon cher fils, j'en suis charmée, votre cœur a vingt ans ! Moi qui le croyais hors de page ! Mais que me disiez-vous l'autre jour? A vous entendre, vous étiez revenu de tout, vous ne regardiez qu'à la dot.... Se moque-t-on ainsi de sa mère?... Eh bien! mon enfant, puisque vous êtes si jeune, permettezmoi de vous réciter un de ces contes bleus dont j'amusais autrefois votre enfance.... Je ne vous prends pas sur mes genoux, ils ont vieilli.
« Il y avait une fois.... M'écoutez-vous?... Il y avait une fois en Bretagne un petit génie qui s'appelait Gwyn. C'était le roi des fées, le souverain légitime du monde enchanté. Bien qu'il n'eût pas trois pieds de haut, sa beauté était merveilleuse. A son cou pendait un cor d'ivoire, et quand il en sonnait, l'homme de
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l'humeur la plus grave ne pouvait se tenir de chanter et de danser. Un jour, Gwyn pria un sage ermite nommé Kollenn à dîner. Grave imprudence ! mais s'avise-t-on de tout? Le bon ermite se défiait du génie. k C'est peut-être un diable! » pensait-il, et à tout hasard, par précaution, il prit avec lui un flacon d'eau bénite. Il fait son entrée dans le palais féerique. Le roi des génies était assis sur un siège d'or. Autour de lui voltigeaient mille apparitions charmantes, sylphes, lutins, toute la troupe ailée des songes et des plaisirs. Kollenn se crut au paradis. « Prends place à cette table, lui dit le roi ; tu n'as qu'à le vouloir, et à l'instant les vases d'or et les coupes de diamant que tu vois vides devant toji se rempliront d'ambroisie et de nectar. » Mais le sage : « Je ne suis pas dupe de tes prestiges, je ne vois ici que des feuilles sèches. » Et, prenant son flacon d'eau bénite, il le versa sur la table, qui disparut soudain avec les vases, les coupes, le palais et le roi. Adieu, lutins! Rien ne resta, hormis une poignée de feuilles sèches.... M'avez-vous compris, Marcel?
— Pas trop, lui dis-je.
— Que vous avez l'esprit lent! Le roi des génies, l'habile enchanteur, le musicien consommé qui fait entrer tous les coeurs en danse, Gwyn en un mot,
1 l'amour. Les coupes de diamant, les féeries sont
ses prestiges. Par malheur, dans le voisinage de son palais habite un vieux sage, d'une humeur revêche ; on l'appelle, je crois, le Bon-Sens.... Ne le prions pas à dîner ! me direz-vous. Hélas ! il est effronté : un beau jour il s'invite lui-même, et gare à son eau bénite ! Marcel, croyez-moi, le mieux est de le faire venir avant le mariage, car il est fâcheux de croire aux vases d'or et de se voir condamné aux feuilles sèches à perpétuité.
— Votre allégorie me touche peu, lui répîiquai-je. Je crois à Gwyn et à son cor d'ivoire. Bon Dieu ! sans lui que serait la vie ? Quant à votre ermite, je le connais. Lui, un sage ! Il ignore que la poésie est une vérité! Ce sot brutal est un enchanteur de la pire espèce. Jaloux de tout ce qui brille, il transforme l'or pur en une vile poussière. Dieu nous garde de son eau bénite !... Vases d'or, coupes de diamant, je vous ai vus, mes mains vous ont touchés ! Ah ! malheur, trois fois malheur à qui ne voit dans ce monde que des feuilles sèches ! De toutes les folies, c'est la plus triste, car les Paule sont dans la nature et les Marcel sont nés pour les aimer. »
De nouveau ma mère demeura quelque temps silencieuse ; enfin elle me dit :
« Nous rions, Marcel, et cependant il s'agit de votre avenir, de votre destinée. Hélas! il suffit d'une erreur
pour empoisonner toute une vie ! Écoutez-moi : j'ai une grâce à vous demander. Une seule. Je l'implorerai, s'il le faut, à mains jointes, et vous ne pourrez la refuser à mes larmes. Vous me reprochez de faire trop de cas des opinions du monde : faiblesse bien pardonnable dans une femme et surtout dans une mère; mais, je vous le jure de nouveau, je donnerai mon consentement à ce mariage, si j'ai l'assurance qu'il fera votre bonheur, et cette assurance, c'est de vous seul que je veux la recevoir. J'ai une confiance absolue dans votre jugement, mais je sais aussi quelles sont les illusions d'une passion naissante et les étranges désordres où elle jette les esprits les mieux réglés. Donnez -vous le temps de revenir à vous ; qu'on ne puisse pas vous reprocher d'avoir agi sous le coup d'une surprise, car de bonne foi, si vous épousiez Mlle Méré, que pourrais-je répondre aux étonnements du monde ? Un seul mot : « Il la vit un matin dans les bois, il la revit un soir près d'un ruisseau, et il décida que toute une ville avait menti.... » Oh ! de grâce, pensez-y bien ! Vous êtes juge dans un procès très-grave ; les deux parties ont plaidé devant vous ; vous avez à prononcer entre deux versions, l'une confirmée par plus de cent témoignages, l'autre qui n'a pour garant que deux beaux yeux, témoins susj ne la cour devrait récuser. Ah ! prenez du
moins le temps de la réflexion. Si, dans trois mois, il ne vous est venu aucun doute, aucun soupçon, toutes mes défiances s'évanouiront. Un sursis de trois mois, c'est peu quand il s'agit du bonheur de toute une vie! Et si vous me répondez que votre conviction est faite et qu'elle est fondée sur l'évidence, je réclamerai ce délai pour moi, pour ma faiblesse, pour mes préjugés... Les préjugés d'une mère méritent d'être ménagés... Et je vous le demanderai aussi au nom de la femme que vous aimez, car il ne peut lui être indifférent de ravir un fils à sa mère par ces violences mal déguisées qu'on appelle des sommations respectueuses, mot affreux que je ne prononce qu'à regret, ou de trouver en moi une vraie mère qui dira hautement : nous nous étions trompés, elle est pure, elle est innocente, je la reconnais pour ma fille, et mes bras lui sont ouverts. »
A ces mots, je devins pensif. Cette dernière considération me frappa ; ma mère venait de toucher une corde sensible. Si elle est de bonne foi, comme j'aime à le croire, quel triomphe nous est assuré au prix de trois mois de patience! Néanmoins je résistai longtemps. Pendant une heure entière, elle me pria, me supplia. Quelle triste violence je dus faire à mon amour! Mais l'intérêt de Paule parla plus haut dans mon cœur que l'intérêt même de ma passion. J'ai
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cédé, j'ai promis. Paule me remerciera, j'ai besoin de l'espérer.
Je m'aperçois, Félix, que j'ai trente ans et que cette fois je songe à me marier. Pourquoi, je vous prie, la société a-t-elle fait du mariage une affaire et de quel droit mêle-t-elle sa prose à cette divine poésie?