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entre des mots et des phrases, et là entre les membres du monument, ou plutôt des monuments, dont chacun implique son pro- blème particulier. Mais la réduction à des rapports, à des proportions, la stylisation, sont bien plus complètes et plus profondes dans le monument que dans l'écrit. L’écrit est tenu à d’autres préoccupations que celles du style pur. « Le réel d’un discours, dit Valéry, c’est après tout cette chanson, et cette couleur d’une voix, que nous traitons à tort comme détails et accidents. »
Jusqu'à un certain point ! Le réel du discours c'est encore la raison raisonnante et les raisons raisonnées. Mais cette stylisation à laquelle le discours (et du discours se rencontre dans tout écrit) reste toujours en partie rebelle, voyez la trouver un Champ libre, pur, total, dans la construction du temple par l'architecte Eupali-
NOS : | ù QI préparait à la lumière un instrument incomparable, qui la répandît, toute af- . fectée de formes intelligibles et de propriétés presque musicales, dans l’espace
Le
où se meuvent les mortels. Pareil à ces orateurs et à ces poètes auxquels tu pensais tout à l’heure, il connaissait, 6 Socrate, la vertu mystérieuse d’imperceptibles modulations. Nul ne s’apercevait, devant une masse délicatement allégée, et d'apparence si simple, d’être conduit à une sorte de bonheur par des courbures insensibles, par des inflexions infimes et toutes puissantes ; et par ces profondes
combinaisons du régulier et de l’irrégu-
lier qu’il avait introduites et cachées, et rendues aussi impérieuses qu’elles étaient indéfinissables : elles faisaient le mouvant spectateur, docile à leur présence invisible, passer de vision à vision, et de grands silences au murmure du plaisir, à mesure
qu’il s’avançait, se reculait, se rapprochait
encore, et qu'il errait dans le rayon de l’œuvre, mû par elle-même, et le jouet de la seule admiration. Il faut, disait cet homme de Mégare, que mon temple meuve les hommes comme les meut l’objet aimé. »
Le monument devient alors ce style
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pur que ne saurait réaliser le discours écrit. Style pur et technique pure. On conçoit que la méditation de Valéry ait été ainsi conduite à l’architecture. Une de ses grandes lectures de jeunesse a été l’admirable Dictionnaire de l'architecture française au moyen-âge de Viollet-le-Duc, dont aucun de ceux qui l’ont étudié dans son entier, à loisir, n’a dû oublier la richesse foisonnante d'idées et les percées lumineuses sur le domaine de presque tous les arts. Valéry s’en est sans doute souvenu lorsqu'il a écrit (par pur hasard et à la suite d’une commande pour le recueil d’Archuitectures) ce dialogue socratique d’Eupalinos ou l’Architecte, qui est un chef-d'œuvre de langue et de pensée. Ecrivain, il doit considérer l’architecture du même regard jaloux, inquiet et admiratif dont Mallarmé considérait la musique. L'architecte, au temps où, grec ou gothique, il existait, pouvait réaliser du style pur comme la musique réalise du sentiment poétique pur. Architecture et musique sont d’ailleurs, en même temps,
so PAUL VALÉRY 0.
créées par la technique la plus rigoureuse, bien plus rigoureuse que celle des arts :
de la parole, de sorte que maximum de rigueur et maximum d'effet esthétique pur vont ensemble. Là Rien ne répond aussi parfaitement que l'architecture à la définition de l’art selon Valéry : résoudre un problème de rendement fondé seulement sur la nature des matériaux et sur un certain effet à produire, abstraction faite de ce sentiment .
personnel qu’y peuvent mêler dangereusement les arts de la parole. Plus que la page mystérieusement blanche à piquer de mots, l’œuvre architecturale donne sa plénitude à ce mot : construire. Ce n’est pas .
à tort que les héritiers des maçons gothiques ont appelé Dieu le grand architecte. L'architecte est un petit Dieu. Le Socrate d’Eupalinos estime que de tous les Socrates abandonnés par lui sur sa .
route et devenus Idées, le plus digne de regrets c’est l'architecte qu'il aurait pu.
être : « Si donc l’univers est à l'effet de. quelque acte, cet acte résultant lui-même |
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