FETES
évident et incontestable succès des hommes, l’accomplissement de leurs prévisions jusqu à la septième décimale ; et … qui écrase cet animal témoin, ce contemplateur sagace, sous l’inutilité de ce triomphe. Nous marchions. Au creux d’une belle nuit, dans les propos que nous échangions, je songeais à la tentation merveilleuse ; quel modéle, quel enseignement, là-haut ! Où Kant, assez naïvement, peutêtre, avait cru voir la Loi Morale, Maliarmé percevait sans doute l'impératif d’une poésie : une Poétique. » 2.
L’intuition n’a pas pris ici de forme … poétique, mais nous voyons déjà sur quels tableaux elle joue : deux tableaux contraires, être et non-être, et le ciel d’étoiles porté indifféremment au compte de l’un ou au compte de l’autre, chacun de ces tableaux logiques détruit logiquement par l’autre, et leur réalité pour le poète comme leur réalité pour le ‘physicien consistant dans un ordre ou une nature de relations. C’est bien, en partie, de son fon& de poëête que Valéry s’est intéressé si …
vivement à Einstein et aux théories de la relativité.
Pour voir cette idée poétique se transposer en création poétique, prenez l’Ode secrête. C’est, sur un crépuscule encore rose, le soir étoilé qui va monter. Images du bûcher d’Hercule, image des monstres dont on donne le nom aux constellations, mais images fluides et non solides, images qui se défont pour devenir des relations entre des figures et des pensées quelconques, et cé quelconque coïncidant précisément avec le hasard du ciel étoilé.
Mais touché par le Crépuscule,
Ce grand corps qui fit tant de choses, Qui dansait, qui rompit Hercule, N'est plus qu’une masse de roses !
Dormez, sous les pas sidéraux,
Vainqueur lentement désuni, Car l’Hydre inhérente au héros D est éployée à l'infini.
O quel Taureau, quel Chien, quelle Ourse, Quels objets de victoire énorme,
Quand elle entre aux temps sans ressource L’âme extraordinaire forme !
Fin suprême, étincellement
Qui par les monstres et les dieux, Proclame universellement
Les grands actes qui sont aux Cieux !
Le ciel est donné pur de toute interprétation sentimentale, comme un ordre de relations qui s’appliquent également à l’un ou à l’autre des deux tableaux, au sujet qui voit et qui fait, — à lame, ou au sujet qui est, — le Ciel. Cela peut se noter algébriquement, c’est même noté algébriquement dans le poème : h — h.
Seulement h — h n’est pas noté par un mathématicien, mais créé par un poëte, et cela s'écrit ainsi : |
Car l’'Hydre inhérente au héros
Les équations de l’algébriste ce sont chez le poète les assonances et les allitérations. Allitération des trois 7 pour l'oreille et des trois À pour l’œil. Je me plais (un peu subtilement) à trouver, devant le ciel, dans la page intérieure, un peu de l’élément visuel qu il y a dans la page mallarméenne. Tout le poème tourne d’ailleurs
es Es RSR
sur ce vers, sur cette inhérence de l’hydre au héros, du firmament à l’âme, de l’un qui se déploie, ainsi qu’une page écrite, comme la suite, l’équivalent, la consonnance de l’autre.
Lisez le Cantique des Colonnes, fait avec des quatrains d’hexasyllabes, qui donnent en effet, sur la page, une disposition typographique de colonne. Le poème au premier abord peut paraître un peu obscur.
Il devient très clair, non seulement dans son détail, mais dans son dessin d’ensemble, quand on sent les raisons qui ont fait élire ce sujet à Valéry. Les colonnes, dans
le temple, ne figurent pas seulement des supports, mais aussi des rapports. Elles ne sont pas par elles-mêmes, mais elles se rapportent les unes aux autres. Et la plu- ! he part des stances expriment par des images | t. un rapport des colonnes au temple qu’elles | portent, ou à la lumière, ou à l’atmosphère.
Pieusement pareilles,
Le nez sous le bandeau, Et nos riches oreilles Sourdes au blanc fardeau,
Un temple sur les yeux Noirs pour l'éternité, Nous allons sans les dieux À la divinité |!
Dès qu’un rapport insisterait en une image, il deviendrait une chose. La poésie
de Valéry, qui se défend de l’oratoire, se
défend de toute insistance, et chaque image n'est tangente, comme la droite au cercle, qu’en un point du poème. Dès qu’à lui l’éclair en lequel elle s’acquitte de sa fonction de rapport, son rôle est fini. De là
cette figure de fuite, d’allusion, qu’elle
prend, comme celle de Mallarmé, au regard de la raison.
Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits Que d’erreurs promises !
Ni vu ni connu, Le temps d’un sein nu Entre deux chemises |!
Ce qu’indique ici son vérs, par des.
images consubstantielles à cette fulguration, Valéry l’a dit ailleurs (dans sa pré-