‹ Paul Valéry 1923Chapitre 19 sur 27 · RE CET AE · texte numérisé non relu

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AE.) EDS PRET PENTIER.

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refuse à les dissocier, elle rejette quand il lui plaît les comme et les pareil.

Rhéteurs embarrassés dans votre toge neuve,

Vous n’avez pas voulu consoler cette veuve, Vénérable aux partis.

Et ce cri, ce doux cri qu’une nourrice apaise

Fit, nous l’avons tous vu, bondir et hurler d’aise Les canons monstrueux à ta porte acCcroupis.

Mallarmé et Valéry sont allés le plus loin

possible dans cette direction. La Yeune

Parque, V'Ebauche d’un serpent peuvent s'appeler des empilements d'images, ou bien une radiation d’images telle que chaque vers en rayonne plusieurs et qu’à la limite il en rayonnerait une infinité.

. Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure Seule avec diamants extrêmes ? Mais qui pleure S1 proche de moi-même au moment de pleurer ?

Où est la chose ? où est l’image ? Nulle part. Ce qui existe c’est un point intérieut d’où l’on peut indifféremment se transporter à l’une ou à l’autre de ces deux réalités, une nuit étoilée, un état pathé-

PS

tique. Puis, dans les vers suivants, un mouvement (le vent, une main...) qui va des diamants extrêmes au diamant intérieur formé d'émotion, d'intelligence, de tendresse, de poésie, et ausst de leur absence.

Cette main, sur mes traits, qu’elle semble effleurer,

Distraitement docile à quelque fin profonde, Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,

Et que, de mes destins lentement divisé, Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.

Des étoiles, qui écrivent un destin, à cette larme, qui est en nous ce destin, les vers n’établissent pas un lien (un comme serait ici monstrueux) mais une communauté cosmique. Ils reconnaissent cette communauté, et aussi ils y ajoutent. Par le rythme, la beauté, la conscience, ils représentent un plus, et ce plus, comme en algèbre, est aussi réel que les éléments avec lesquels il forme binôme. C’est que la création poétique (le pléonasme #oxiy indique ici en elle le type épuré et authentique de toute création) ne présente pas un miroir de l’univers, mais elle ajoute à l’être de

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l'univers, exprime le mouvement de l’univers non au tableau noir, mais en marchant, c'est-à-dire en apportant son mouvement propre. Ici encore la création poétique se trouve éclairée par les réflexions que la danseuse inspire à Socrate : L'âme cesse d'exister dès « qu’elle se prive de toute addition frauduleuse à ce qui est. » Elle existe quand elle tourne le dos à la pensée de l'être qui est, pour s’appliquer à créer l'être qui sera par elle. Dès que nous pensons l'être « le passé en un peu de cendres, l’avenir en un petit glaçon se réduisent. L’âme s’apparaît à elle-même comme une forme vide et mesurable. » Nous et l’univers ne consistons pas dans ce que nous sommes, mais dans ce que nous ajoutons à ce que nous sommes. « L’univers ne peut souffrir un seul instant d’être ce qu’il est. Il est étrange de penser que ce qui est le Tout ne puisse point se suffire.

Son effroi d’être ce qu'il est l’a donc fait se créer et se peindre mille masques ; il n'y a point d’autre raison de l’existence des mortels. Pourquoi sont les mortels ?

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Leur affaire est de connaître. Connaître ?

Et qu'est-ce que connaître ? C’est assurément n'être point ce qu’on est. » Oui, mais ce serait, à la limite de la connaissance désintéressée, connaître ce qui est, être cequi est. L'affaire des mortels n’est pas de connaître, mais de créer, c’est-à-dire de faire ce qui n’est pas encore. |

Le centre et le massif de son œuvre, c'est jusqu'ici, chez Valéry, une création

poétique, trois volumes, ou plutôt trois plaquettes de vers que la plupart des poètes s’accordent à considérer comme un des sommets actuels de la poésie française.

Un Album de Vers anciens comprend tous

les poèmes de jeunesse écrits jusqu’en 1898. Après la mort de Mallarmé et même un peu avant, longtemps Valéry cessa

d’écrire des vers (quelques articles dans

l’Athenæum anglais et le Mercure furent toute sa production littéraire) ; il ne revint

à la poésie que vingt ans après, en 1917,

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quand il publia la Yeune Parque. De 1018 à 1922, 1l écrivit les poèmes de Charmes.

Il croit que son œuvre poétique s'arrêtera là, et qu'il a à peu près épuisé la matière lyrique départie à sa nature. Chacun des trois livres a son indépendance, comme trois cercles, non tangents, mais concentriques. Le centre commun, celui que l’Herodiade de Mallarmé désignait déjà du doigt, c’est la méditation de la substance du poëte par lui-même, le poids de cette substance dans une main parfaite et dure, faite de rythmes et d’images.

Et là-haut, dans la lumière immense, Nous nous sommes trouvés en pleurant, O mon cher compagnon de silence.

- Ecrits un peu dans le cercle de la lampe allumée rue de Rome, dans l’ombre de la yole qui glissait sur la Seine à Valvins, sur lés bords du rondeau où fleurissait le nénuphar blanc, les vers anciens de l’Album nous évoquent à chaque page le décor mallarméen et symboliste. Ils vivent profondément par un double élan vers deux

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puretés paradoxales, celle du moi pur, celle de la poésie pure : le moi pur seul objet de la poésie pure, tous deux d’ailleurs identiques et ne comportant qu’une différence

de point de vue, — de même que la seule

matière possible de la loi morale universelle est chez Kant l’idée même d’universalité.

L'Album pourrait porter entier ce titre d’une de ses pièces : Narcisse parle. Et la liaison entre l’Album et Charmes, la pé-

rennité du thème poétique que n’a jamais déserté Valéry, le Fragment du Narcisse publié dans Charmes nous en assure à nouveau. On sait quel prestige exerça le mythe de Narcisse sur la génération sym-

boliste. On trouverait bien des thèmes

communs entre les vers de Valéry et le

Traité du Narcisse d'André Gide. Mais

tandis que la prose symboliste avec Gide, :

la poésie symboliste avec Henri de Régrier, ayant tiré de ces solitudes déco-

ratives ce qu’elles comportaient de nou-

veau, de jeune, d’aigu, les abandonnaient

avec la satisfaction d’y avoir fait leurs :

écoles, Valéry a continué à occuper, après Mallarmé, ce pic stérile et dominateur, où la glace prend un aspect de diamant, et d'où la sentinelle perdue sent qu’elle surveille de haut, d’un air vierge et sous des étoiles élargies, les vallées par lesquelles se pressent les villages, poussent les maisons et passent les routes. | Voici les tercets d’un sonnet :

Est-ce vivre ? O désert de volupté pâmée, Où meurt le battement faible de l’eau lamée, Usant le seuil secret des échos de cristal da

La chair confuse des molles roses commence À frémir, si d’un cri le diamant fatal Fêle d’un fil de jour toute la trame immense.

On reconnaît une nature transposée non seulement dans une intelligence, mais dans un vocabulaire, celui de Mallarmé, où la Rose et le Diamant figurent comme des emblèmes usuels, pleins de Signification pour les initiés, ainsi que chez les mystiques persans la Rose et le Rossignol.

Un monde de conscience, pris sous des paupières baissées, dans la méditation de : 7

lui-même, et lé (tout comme le He Brisé, mon Dieu |) par le diamant fatal, par le contact de la vie à vivre. Le thème, en sa racine originelle, est celui de toute poésie ; on n’en saurait imaginer de plus banalisé par tout le lyrisme romantique.

Pourquoi nous apparaît-il, dans le symbolisme et dans Valéry, avec un timbre poétique réellement nouveau ? Parce qu'il passe du sentimental au métaphy-

sique ; parce qu'il se transporte Run

point qu'on peut appeler soit l’antipode du lyrisme, soit un hyperlyrisme. Le poète ne nous accorde pas plus de confidences sur sa destinée personnelle que ne le faisait un poète parnassien (et … Mallarmé nous montre comment le Parnasse a pu évoluer en symbolisme). Il ne tire de lui-même que des attitudes et des images par lesquelles il s'intéresse, et nous intéresse, à deux êtres généraux, à deux universaux, à deux Idées, qui sont l’univers et la poésie. Le mythe de Nar- | cisse a été traité non sentimentalement, comme eussent pu faire un disciple de

Baudelaire, un Samain, mais métaphysiquement, à la manière (approchée plus théoriquement que réellement) d’un Léonard ou d’un Gœthe. Et Valéry, pas plus que Mallarmé, n’a voulu quitter cet éther supérieur, sinon pour des jeux, des exercices présentés comme tels, et dont on ne trouve d’ailleurs d’exemples que dans ses Vers anciens, — une tête, une oreille, une figure en miroir. |

Éclose la beauté par la rose et l’épingle !

Du miroir même issue où trempent ses bijoux.

Bizarres feux croisés dont le bouquet dur cingle L'oreille abandonnée aux mots nus des flots doux.

Négligeons-les, et arrivons à la seconde poésie de Valéry, celle qui commence avec la Jeune Parque, après une interruption de vingt ans. |

% + La Jeune Parque passe pour le poème

le plus obscur de la poésie française, beaucoup plus obscur que l’Après-midi d’un

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Faune. Et pourtant elle n’a pas subi les railleries qu’on prodigua à Mallarmé. Ce livre si difficile, si peu intelligible en apparence, est respecté. Cela pour deux raisons. D'abord on ne raille plus Mallarmé.

Mallarmé, comme Baudelaire, a vaincu,

on ne voit dans sa « difficulté » qu’un culte

mystique de la poésie, et les moins mallarméens reconnaissent qu’il a écrit une quarantaine de vers qui sont parmi les plus beaux de la langue française ; Valéry bénéficie de la trouée qu'a faite son maître. En second lieu il y a dans la Ÿeune Parque

un singulier contraste entre l'obscurité

du poème et la beauté évidente, extraordinaire, des vers et des images pris séparément. Cet éclat extérieur, visible

pour tous, prouve évidemment l'existence

d’une intelligibilité intérieure, dont le poête a la clef. Il en est de même pour tout poème de qualité élevée, et le métier de la critique consiste à convertir, dans une certaine mesure, cette intelligibilité intérieure en une intelligibilité commune.

Sous l'éclat des images et la musique des

vers, nous sentons dans la Ÿeune Parque d’abord, la passion la plus jalouse et la plus fière de la vie intérieure. La conversion de l’intérieur en extérieur est une nécessité du langage et de la poésie :

conversion à laquelle Valéry se refuse, employant au contraire la poésie à renforcer, à maçonner, à embaumer cet intérieur. Une image viendra ici à mon aide.

Vous avez devant vous trois pièces anatomiques, une main, un cœur et un cerveau. Vous tirez de vous-même assez de sympathie, d'intelligence, pour animer la main, pour la comprendre dans son mouvement, pour y voir une réalité vivante qui va, Croyez-vous, remuer et faire des gestes pourvus d’un sens, faciles à interpréter.

Le cœur ne vous dira à peu près rien de pareil, à moins que vous ne soyez physiologiste. Le physiologiste, lui, reconstituera spontanément avec ce cœur un ensemble d'images dynamiques presque aussi naturelles, aussi claires, que l’ensemble d’images dynamiques reconstituées par un individu quelconque sur une main. Voici

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