‹ Paul Valéry 1923Chapitre 5 sur 27 · DT · texte numérisé non relu

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Valéry artiste. « L’étonnement ce n'est pas que les choses soient ; c’est qu’elles soient telles et non telles autres. La figure de ce monde fait partie d’une famille de figures dont nous possédons sans le savoir tous les éléments de groupe infini. C’est Île secret des inventeurs. » Le secret aussi de l'invention qui nous fait inventer nousmêmes pour nous-mêmes et qui tire de cette famille de figures la figure que nous sommes. Nous zmaginons le reste de la famille et nous voyons la figure qui s’est réalisée en abandonnant sur sa route, comme ditle Socrate d’Eupalinos, les autres en tant qu'Idées. Le Valéry mathématicien et le Valéry métaphysicien sont des Idées de cette famille; le Valéry artiste est le Valéry sorti. Ce sont des arts, c’est la poésie, c’est l’architecture, c’est la danse, c’est la musique, qui lui permettent de

réaliser sa pensée et de conférer à cette pensée une figure apparentée aux figures irréalisées de groupe infini. M. Teste dit de la musique : « Elle me donne des sensations abstraites, des figures déli-

das PAUL VALÉRY

cieuses de tout ce que j'aime, — du changement, du mouvement, du mélange, du

flux, de la transformation.» Et la musique

qui épouse si fluidement la métaphysique d’un Schopenhauer et d’un Bergson se

trouve à sa place, comme atmosphère et …

comme symbole, autour du monde de Valéry, — synthèse mystérieuse de ces

deux immatériels, le nombre et la poésie

pure.

c'est-à-dire à sa propre image, à l’une de ses images possibles, «surveiller quelque

expérience créée aux confins de toutes les sciences. » En principe aux confins des

sciences, en réalité aux confins des arts, en pratique aux confins de la poésie. Ces

mots sont ceux qui devaient naître d’eux-

mêmes devant les méditations et les inter-

rogations d’un Mallarmé. ‘Fout Mallarmé consiste en ceci : une expérience désintéressée sur des confins de poésie, à une

hmite où l'air respirable manquerait à d’autres poitrines. Valéry a pris conscience

de cette expérience, l’a contrôlée, en a

Vous semblez, dit l’auteur à Teste,

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tenté la théorie, a contribué pour sa part à lui donner un commencement d’institution.

se + *

Institution, rigueur, discipline. Voilà des mots qui d’abord ne concordent pas avec ce monde de mélange, de flux et de transformation, avec cette disponibilité indéfinie que nous avons aperçue au principe de l'effort de Valéry. Et pourtant toute son œuvre coïncide avec une recherche, non peut-être passionnée, mais curieuse, de la précision. S'il lui arrive de se référer à la musique, ce n’est pas la musique source de rêverie qui l’intéresse comme poête, c’est la musique élevée sur les genoux de la mathématique, et nourrie de nombres rigoureux.

La multiplicité confuse nous l’avons derrière nous, non devant nous, et tra- vailler, œuvrer, c’est regarder devant soi, cest passer de la confusion à la précision, sans qu'il importe de savoir si cette pré-

encore et de la multiplicité et du rêve.

cision ne fera pas chez le publie, chez k. 4 spectateur, chez le lecteur, de la confusion À Quand nous parlons de ce qu'il y a de É mystérieux dans une œuvre de Léonard, ce mot atteste simplement notre ignorance, — et notre orgueil rejette, reflète sur l’œuvre la confusion qui n’existe que dans … notre propre esprit. Le prétendu mystère … de la Joconde vient de toute autre chose que du mystère. « Ce n’est pas d'imprécises ‘4 observations et de signes arbitraires que se servait Léonard. La Joconde n’eût jamais été faite. Une sagacité perpétuelle le guidait. » Rien ne se crée que par une … technique, et toute technique mobilise, 1 utilise, aménage patience et travail, précision et prévision. 4

Plus que de toute autre il en va ainsi.

de la seule technique à laquelle Valéry se soit réellement appliqué, celle: dé ‘14:42 poésie. Il n’a jamais admis ni compris le vers libre, qui n’est pas nécessaire- :

ment un vers facile, mais qui donne l'illusion de la facilité. II se rattache à la ‘4

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