‹ Paul VeralineChapitre 22 sur 27 · DISCOURS DE M. MAURICE BARIVÈS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. MAURICE BARIVÈS

La jeunesse intellectuelle dépose sur cette tombe l'offrande de son admiration.

Paul Verlaine n'avait point de fonctions officielles, ni de richesses, ni de camaraderies puissantes. Il n'était pas de l'Académie, pas même au titre d'officier. C'était un exilé, et qui se consolait desonexil, très simplement, avec le premier venu de « l'Académie Saint-Jacques » ou avec les derniers arrivés de la littérature.

Cette figure populaire, nous n'aurons plus le bonheur de la rencontrer. Mais ce qui était en lui d'essentiel, c'étaient sa puissance de sentir, l'accent communicatif de ses douleurs, ses audaces, très nues à la française et ces beautés tendres et déchirantes qui n'ont d'analogue que dans un autre art, V Embarquement pour Cythère.

Or, tout cela demeure vivant. Et ce qui n'est plus dans ce cercueil vil dans nous tous ici présents.

C'est pourtiuoi nous ne venons point pleurer, regretter son génie sur sa tombe, mais nous venons l'affirmer.

Après tant d'hommages que, depuis douze ans, la jeunesse a donnés au maître Paul Verlaine, c'est un témoignage plus solennel encore que nous apportons dans ce lieu où se joignent à nous en pensée les jeunes lettrés des pays étrangers.

La constante fidélité des jeunes au maître que tous les critiques ignoraient ou bafouaient est un acte important et dont je veux dégager la signification.

Si l'on admet, comme c'est notre opinion, que le culte des héros fait la force des patries et maintient la tradition des

races, il faut placer au premier rang' des mainteneurs de la patrie et de la race le groupe des littérateurs et des artistes. II n'y a pas de groupe social qui proclame aussi haut que font ceux-ci la perpétuité de la personne humaine. Supposez, en effet, qu'un grand administrateur, qu'un fonctionnaire, qu'un industriel, qu'un soldat meure. C'est fini de leur existence personnelle. Leur effort, si utile qu'il ait pu être, est dispersé dans une œuvre anonyme. Ils ne laissent derrière eux que du silence et au cimetière peu de poussière. Quel point de repère fournissent-ils au Français qui veut se connaître soi-même, éclairer sa voie ?

Mais Verlaine, qui se relie à François Villon par tant de génies libres et charmants, nous aide à comprendre une des directions principales du type français.

Désormais sa pensée ne disparaîtra plus de l'ensemble des pensées, qui constituent l'héritage national. Et grâce à qui fut réalisée cette augmentation de l'idéal français ? Grâce aux jeunes gens.

C'est par notre constante propagande, par notre généreux amour, par notre clairvoyance active que l'œuvre de Paul Verlaine, repoussée par ses amis et ses émules — sauf par quelques-uns à qui l'opinion rend hommage — a triomphé d'obstacles que, vers 1880, on pouvait croire insurmontables. L'hommage unanime rendu aujourd'hui à cet illustre mort est l'écho multiplié des opinions des cénacles du quartier Latin.

Qu'on cesse donc de nous accuser de négation systématique. Nous sommes pour nos aînés le commencement de l'immortalité. Nous transportons dans notre barque les seules ombres de ceux que nous reconnaissons avoir été les bienfaiteurs de notre intelligence,

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