‹ Paulina [microforme]Chapitre 18 sur 79 · US MU · texte numérisé non relu

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l’humanité ne pouvait être lavée que dans son sang.

Désormais, la loi du salut sera dans le sacrifice, et seul le sang effacera les péchés du monde, et fera des œuvres durables.

Et voilà pourquoi, selon le plan divin, Etienne a moins fait pour l'Eglise en parlant éloquemment qu’en répandant le premier son sang pour le Christ.

Un jour, d’âpres discussions éclatèrent entre les deux amis ; et comme Etienne l’emportait sur Saul par son éloquence, celui-ci en devint peut-être jaloux. Bientôt il le dénonça au Sanhédrin, avec l’appui d’Onkelos ; et à la suite d’un procès plus ou moins sommaire Etienne avait été condamné et lapidé.

Mais cette sanglante exécution à laquelle Saul avait présidé n’avait pas apaisé sa fureur. L’auteur des Actes des Apôtres nous dit “ qu’il respirait encore la menace et la mort contre les disciples du Seigneur ”. Et c'était la persécution la plus violente qu'il s’en allait organiser à Damas contre le Seigneur Jésus, qu’il n’avait pas connu, et qu’il avait pris en haine.

Qu'il était loin de prévoir alors que le Divin Persécuté l’attendait sur le chemin de Damas, et prendrait pour le dompter le même moyen dont Saul se servait à l'égard des autres : la violence.

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Dieu appelle les âmes à lui de façons souvent étrang ; et bien différentes. Tantôt il les éclaire graduellement, il les touche, il les attendrit, il leur témoigne son amour de mille manières, tantôt par des bienfaits, tantôt par des épreuves. Parfois il les châtie, et c’est après avoir longtemps souffert que certains pécheurs reviennent à lui et demandent pardon.

La vocation des apôtres s’accomplit par une douce parole de Jésus-Christ. Il jette sur eux un regard pénétrant et plein de bonté, et il leur dit avec une tendresse infinie : “ Suivezmoi ! ”

Mais à l'égard de Saul, son ennemi fougueux et emporté, il agi’ : + autrement. Il ne s’adresse ni à son intelligen à son cœur. Il ne trouble Pas Sa Conscience, eu ne lui donne aucune lumière, ni aucune inspiration.

Il le saisit violemment, comme un athlète fait avec son adversaire, il le précipite en bas de son cheval, il le foud ye d’un éclair dont le flamboiement le rend aveugle, et avant même

© . que Saul se soit rendu compte exactement de ce

qui lui arrive, il comprend que c’est une force surhumaine qui l’a terrassé. =

Mais alors une voix mystérieuse se fait entendre. C’est la voix de Jésus de Nazareth, et dès É que cette voix à parlé, Saul est instantanément = Converti. Il n’a pas un doute, pas une hésitation, È

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et il se met immédiatement au service de celui qu’il reconnait pour Maître :

“Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ”

Il était midi. Le soleil inondait de ses feux la, terre où Saul gisait sans mouvement.

‘ Lève-toi, lui répondit la voix, et entre dans la ville ; on te marquera là ce qu’il faut que tu fasses. ?’

Saul se leva, mais il était aveugle, et ses compagnons le prirent par la main pour le guider. Le loup furieux et assoiffé de sang était devenu un agneau muet qui se laissait traîner vers l'inconnu.

Quelle attitude humiliée pour celui qui, quelques minutes auparavant, était plein de fureur et ne rêvait que persécution !

C’est dans cette attitude de vaincu qu'il mar-

che vers la ville. Il y entre par la Voie Droite, (quel symbolisme dans le nom de cette rue ) et il est conduit dans la maison d’un ami, qui s’appelle Judas ! (le premier Judas était un traitre, mais celui-ci est un ami fidèle).

Pendant trois jours il reste là, seul, plongé dans les ténèbres mystérieuses qui l’enveloppent, sans manger, sans boire, méditant et priant.

“ On te dira là ce qu’il faut que tu fasses, ” lui a dit la voix, et il attend. Après trois jours, dans une vision, un hozame lui apparaît, lui impose les mains et le guérit. Mais ce n’est qu’une

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vision, et il attend encore, dans une angoisse mêlée d’espérance.

La voix qui lui a dit : “ Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ” n’a pas parlé sur le ton de ia colère. Non, c'était plutôt une plainte, un doux reproche : et puisqu'elle doit Jui apprendre ce qu’il doit faire, c’est qu’elle veut lui pardonner. C’est donc avec confiance qu’il attend. Quand une grande douleur vient soudainement.

assaillir son âme, l’homme sent le besoin de s’éloigner de l’homme. Il cherche la solitude ; et seul, il se recueille en lui-même, il médite, il étudie le mystérieux ébranlement survenu dans sa vie.

Tout naturellement il cherche Dieu, qui seul pourra lui expliquer le mystère de son afHiction, et à qui seul il pourra dire : “ Que voulez-vous de moi, Seigneur ? ”

C’est ce qui arriva à Saul après son mystérieux fo droiemert sur le chemin de Damas.

La foudre est un éclair, et sa lueur éblouit,

À mais elle n’aveugle pas. Celle qui avait terrassé

Saul l'avait rendu aveugle. $es yeux étaient ouverts, mais pendant trois jours et trois nuits, il ne vit rien.

Ananie lui rendit la vue extérieure. Mais C'était la lumière intérieure qu’il voulait avoir.

Pour la trouver, il sentit l’irrésistible besoin ce se retirer dans le désert. Et comme Moïse, et comme Elie, il voulut en habiter non pas les

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boris, mais les profondeurs. Il s’enfonça jusque dans l’intérieur de l’Arabie.

Il s’éleva jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Et maintenant, il habitait ce sol sacré où Dieu lui-même était descendu bien des fois pour parler aux hommes.

Sans doute il y descendrait encore pour lui donner la lumière intérieure, et pour lui faire entendre sa: parole.

Tout son être moral avait été bouleversé.

Dans la pleine manifestation de sa haine, dans toute la fougue de sa passion religieuse, il avait été foudroyé, et ce coup de foudre allait changer radicalement sa vie, et lui donner une direction toute coniraire à celle qu’il s'était donnée luimême.

Mais quelle étrange parole Jésus lui avait adressée quand il l'avait renversé sur le chemin de Damas : ‘Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon. ”’ |

Qu'est-ce que cela voulait dire ? Cela voulait dire sans doute : “ Tu seras pour moi ce qu'est le bœuf pour le laboureur. Tu laboureras la terre pour que j'y sème la vérité! Ce sera dur pour toi, mais si tu regimbes je te ferai sentir l’aiguillon de la souffrance jusqu’au martyre. Piqueur sans pitié, je labourerai ton corps de plaies, ton sang arrosera les sillons que tu auras

creusés. C’est à ce prix que tu seras mon élu,

mon apôtre, la gloire de mon Eglise ! ”

Oh! la gloire ! Il l'avait aimée jadis et ardemment convoitée. Mais maintenant c'était fini,et tout ce qu’il ambitionnait c'était de voir briller et grandir la gloire de son maître, sans prévoir qu’un jour elle serait aussi la sienne. Que de fois dans les années qui allaient suivre il sentirait cet aiguillon qui le pousserait à travers le monde jusqu’à ce qu’il eût terminé les divines semailles dans la Ville Eternelle !

Alors l’aiguillon serait remplacé par une chaîne : elle serait la forme de sa captivité ; et des soldats le traîneraient un jour, enchaîné sur la voie d’Ostie, voie douloureuse comme celle du Calvaire ; et ils lui trancheraient la tête !

Mais dans la suite des siècles des temples magnifiques célèbreraient et immortaliseraient son nom sur le sol consacré par la semence de son Corps.

Rome tout entière chanterait sa gloire, et sa Statue dressée au sommet d’une colonne, consacrée jadis à l’empereur Marc-Aurèle, attirerait la vénération des peuples de l'univers jusqu’à la fin des temps.

Mais ce n’était pas à la gloire que Saul songeait au pied du mont Horeb. Il méditait sur le merveilleux événement qui allait changer sa vie. Il interrogeait son esprit et son cœur. Il se deman-

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