CHEZ LES GALATES
Le culte de Vénus avait sans doute fait perdre aux Cypriotes le goût des choses spirituelles et religieuses. Les plaisirs de la chair les avaient tellement corrompus que leur esprit et leur cœur atrophiés ne pouvaient plus s'élever au-dessus des biens de la terre et des amusements du monde
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La prédication de Paul en Chypre fut done cette semence tombée parmi les ronces qui fut étouffée par les mauvaises he: es.
Mais la conversion du proconsul avait produit un effet considérable sur la population ; et, quand Paul le quitta il en avait fait un véritable apôtre du Christ. — “Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve À tous deux, lui dit Paul en lui faisant ses adieux, mais soyez sûr, Sergius, que nous nous retrouverons quelque part en ce monde, et que vous deviendrez comme moi un apôtre de la religion nouvelle. Je m'en vais vers les Gentils. Le peuple juif n’a pas reconnu son Messie, Il l’a fait mourir, et il a demandé que son sang retombe sur lui et sur ses enfants. Ce vœu de son cœur perverti sera exaucé. Il y aura partout dans le m “%e des Juifs qui se convertiront. Mais la masse du peuple, la race ellemême, restera entêtée dans son incrédulité. Elle est condamnée à toujours attendre un messie qui ne viendra jamais, et elle mourra dans son péché, chassée de 5a patrie, loin de Jérusalem et de son temple qui seront détruits.
“ Mais ies Gentils entendront la voix de Dieu qui les appelle, et c’est pourquoi je m’en vais vers eux dans tous les pays où l'Esprit m’emportera. De ce jour, je renonce à mon nom hébreu, Saul, et je vais prendre le second nom qui m'a été donné au jour de ma circoncision, Paul, qui
convaindra mieux à mon titre de citoyen romain, dans mes relations avec les Gentils. Je vous reverrai, Sergius, soit en Grèce, soit à Rome, et je vous associerai À mon œuvre apostolique, qui est l'œuvre du Christ.
‘Ne vous troublez pas au sujet de Chryséis et de Paulina. Soyez vous-même fidèle au Dieu que je vous ai fait connaître » et votre exemple les amenera un jour au pied des autels de Jésus- Christ,”
Prul et ses deux Compagnons s’embarquèrent à Nea-Paphos et firent voile vers le Nord. Leur mission plus ou moins fructueuse en Chypre n'avait pas duré trois mois. Après deux jours de navigation très orageuse, dans laquelle ils furent bien près de périr, ils abordèrent à Attalia, et se rendirent à Perge en remontant le Cestrus, qui était alors navigable.
En cette saison : de l'été, la population des rivages de la mer émigrait aux flancs des montagnes, où la température était plus fraîche, où la brise purifiait l'air, où les bois exhalaient des parfums et ombrageaient les habitations. Les premières pentes du Taurus abondaient en sites charmants de villégiature, au bord des lacs et des rivières.
Paul ne fit donc que passer à Pcrge qui était presque déserte, et il Communiqua à ses deux compagnons le dessein qu’il avait formé de fran-
Lo eh. RE. CMS: NES
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chir la chaîne du Taurus, et d’aller évangélise. les Galates,
Barnabé le voulut bien ; mais Jean-Marc s'y refusa pour des raisons que Paul n'approuva pas. Mare se décida done de retourner à Jérusalem.
Le Cestrus creusait une profonde vallée dans la montagne du Taurus, et les caravanes y avaient tracé d’étroits sentiers. Mais à l'endroit où la route atteignait les sommets élevés, couverts de hautes futaies, elle devenait difficile et périlleuse. C'était un pays inhabité et sauvage qui servait de retraite aux brigands.
Les deux missionnaires ne craignirent pas de s’aventurer dans ces solitudes redoutées.
Un soir, ils entrèrent dans une forêt, en suivant un sentier qui paraissait bien tracé. Barnabé proposa d’y chercher un gîte dans les broussailles, et d’v passer la nuit.
‘ YWemain, dit-il à Paul, en plein jour, nous pourrons nous aventurer dans l'épaisseur des bois. Nous serons plus sûrs de la route à suivre, et moins exposés à faire des rencontres dangereuses.”
— Peut-être, répondit Paul, mais la nuit est belle et fraîche ; je me sens plus dispos à marcher qu’au soleil, et la route est bien marquée par des pistes de chevaux — ce qui prouve qu’elle
est fréquentée. — Quant aux rencontres dangereuses, elles sont aussi fréquentes le jour que la nuit dans les forêts du Taurus.
‘’Ayons confiance, Barnabé ; le Seigneur doit protéger ses missionnaires. Quand il a daigné envoyer un ange au jeune Tobie, qui s’en allait en pays lointain retirer une somme d'argent due à son père, crois-tu qu’il abandonnera ceux qui s’en vont prêcher son évangile chez les Gentils ?
— Non, ” reprit Barnabé : et les deux apôtres se remirent en marche.
L’obscurité et le silence qui se prolongent finissent par dégager certaines terreurs. Vous sentez que te n’est pas le vide qui vous entoure ; que des êtres invisibles et mystérieux flottent dans l'air autour de vous. Et vous entendez des bruits inexplicables qui viennent des profondeurs. Sont-ce les forces de la nature qui accomplissent leurs évolutions, ou les plaintes des bêtes fauves qui souffrent de la faim, ou les
appels de ralliement des malfaiteurs errants à la recherche de leurs victimes ? — Peut-être.
“Mais non, dit Paul, c’est le mouvement universel des êtres qui ne se reposent jamais, et dont les voix grandissent dans les ténèbres.
“Tiens, voici une clairière qui s’ouvre devant nous, et qui va nous permettre d'admirer la sérénité de la nuit et la beauté du ciel.
— Oui, dit Barnabé, et voici là-haut des étoiles qui scintillent.
— Elles sont belles et lumineuses, reprit Paul mais que leurs lumières sont faibles et tremblan-
PAULINA 77 tes ! Dans leur course régulière sur le ciel noir, elles ressemblent aux bonnes âmes qui cherchent la vérité dans les ténèbres qui enveloppent le monde. Elles gardent encore au fond de leurs consciences quelques pâles rayons de la lumière que Dieu y alluma quand il leur donna l'existence, et elles attendent qu'il vienne de nouveau les éclairer. C’est la mission que nous allons remplir au nom de Jésus-Christ. ”
Oui, c'était bien le rôle de ces premiers messagers de l’Evangile, et de tous ceux qui ont suivi leurs traces dans les déserts de ce monde, Dans les sphères mystérieuses où gravitent les âmes, elles luttent contre l’ombre qui voile la vérité, comme les étoiles luttent contre la nuit. Souvent l'ombre paraît invincible, tant elle est épaisse ; mais quand l’apôtre paraît, portant dans sa main le flambeau de la foi, l'ombre se dissipe.
Que sont-ils pourtant ces humbles missionnaires qui n’ont nior, ni argent, ni pouvoir, ni influence d’aucune sorte, auxquels manquent même souvent le talent et:la science, que sont-ils en présence des obstacles et des ennemis à vaincre ? — En apparence rien. Et cependant ils triomphent de l’espace illimité, du désert, de la forêt, des puissants et des savants. = C'est qu’il y a en eux un élément divin ; et, grâce à cette force cachée, ils triomphent à la fois de l’hostilité de la nature et de l’hostilité humaine.
Après avoir traversé la clairière, où les iniatigables marcheurs avaient pu contempler un coin du ciel étoilé, il leur fallut gravir une montagne couverte d’un bois touffu. Les ténèbres s’épaissirent, et ils perdirent leur chemin. Barnabé ralentissait le pas, mais Paul marchait en tête, et bientôt ils trouvèrent un étroit sentier, qui longeait l’escarpement d’un ravin.
Un sourd rugissement leur fit comprendre qu’ils étaient dans le chemin d’une bête fauve. Ils continuèrent de marcher lentement, et tout à coup ils aperçurent le feu d’un campement au fond du ravin.
“Tiens, dit Barnabé, voilà une habitation humaine.
— Les hommes sont plus dangereux que les fauves, dit Paul : mais c’est aux hommes que nous sommes envoyés : allons visiter ceux-ci.”
De la hauteur que le sentier suivait ils dominaient le campement, et ils purent l’observer aisément. C'était une large tente, circulaire et conique, en peau de chameau, ouverte par le haut pour laisser passer la fumée d’un grand feu qui flambait. au milieu. Autour du feu dormaient plusieurs hommes enveloppés dans leurs manteaux de laine brune ; et au dehors, une sentinelle veillait, debout, le dos appuyé sur un grand pin.
En les apercevant, la sentinelle fit entendre un coup de sifflet, et l:s dormeurs s’éveillèrent. En