‹ Paulina [microforme]Chapitre 40 sur 79 · DEVANT L’'ARÉOPAGE · texte numérisé non relu

DEVANT L’'ARÉOPAGE

Sous ce nom d’Aréopage on désignait à la fois le tribunal suprême d’Athènes et la colline sur laquelle il siégait. Cette colline formait un des pla-

‘ teaux inférieurs de l’Acropole, du côté ouest, et

l’on y arrivait par un chemin sinueux qui partait de l’Agora, et par des gradins taillés dans là pierre de l’escarpement.

Ce nom paraît enir de deux mots grecs qui signifiaient “ colline de Mars”, et rappelle la légende que les dieux de l’Olympe y descendirent pour juger Mars.

Les juges de l’Aréopage joignaient à leurs fonctions judiciaires certaines attributions politiques et religieuses. Il était de leur ressort de s’enquérir de cette religion nouvelle que Paul préchait dans Athènes, et qui pouvait être un danger pour l'Etat.

Ils étaient d’aill + friands de nouveautés, et ce que Dionysos leur avait raconté était vraiment très neuf. Comme on disait dès ce temps-là qu’il n’y avait plus rien de nouveau sous le soleil, ils étaient curieux d’entendre parler d’un nouveau dieu.

Paul savait à quel auditoire d'élite il allait adresser la parole, et il crut bien faire d’avoir recours cette fois aux ressources de l’art oratoire qu'il négligeait généralement. Saint Luc ne l'a pas entendu lui-même, et n’en reproduit qu’une partie.

L’exorde nous paraît un chef-d'œuvre du genre.

“ Athéniens, leur dit-il, je constate qu’à tous égards vous êies des hommes singulièrement religieux ; car non seulement vous avez. élevé des autels et des temples très nombreux aux dieux connus ; mais en me promenant dans vos rues, et en examinant vos sanctuaires, j'ai trouvé un autel avec cette inscription : ‘“ Au Dieu Inconnu”. Eh ! bien, ce Dieu que vous aderez sans le connaître, est celui que je viens vous annoncer.

“Ce Dieu qui a fait le monde, et tout ce qu’il renferme, étant le maître du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme. Il ne saurait être servi par des mains humaines, Comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toute chose.

‘Il a fait d’un seul sang toute l'humanité, et il l’a placée sur la terre, où il a déterminé sa durée

et son domaine, afin qu’elle l’y cherche comme à tâtons quoiqu'il ne soit pas loin d’elle. Car c’est ep lui que nous vivons, que nous nous mouvons et. que nous sommes.

‘ Comme l’ont dit quelques-uns de vos poètes :

De sa race nous sommes.

‘Or si nous sommes de la race de Dieu nous ne devons pas croire que la Divinité ressemble à l'or, à l’argent, à la pierre, à une œuvre sculptée par l’art et le génie de l’homme. Le jour est venu d’oublier ces temps d’ignorance et d’erreur, et il faut que les hommes s’en repentent ; car Dieu a envoyé parmi nous celui qui doit juger le monde, et auquel il a donné tout pouvoir en le ressuscitant d’entre les morts...”

Jusqu'à cette dernière proposition le discours de Paul avait captivé l'attention et avait dû paraître habile.

Le rapprochement entre le Dieu inconnu que les Athéniens vénéraient déjà et celui que Paul venait leur annoncer ; l’évocation des croyances de leurs poètes ; l'affirmation qu’ils étaient tous enfants du même Dieu et conséquemment tous frères ; le fait k‘:torique incontesté que leurs philosophes et leurs savants avaient toujours cherché Dieu en tâtonnant, et n’avaient trouvé que des idoles indignes ; tout cela devait les intéresser et leur plaire, sous une forme nouvelle.

Mais lorsque l’apôtre des Nations osa leur précher le repentir de leurs erreurs passées, et le jugement, et la résurrection, les savants libres penseurs d'alors l’interrompirent, et lui dirent que ses croyances étaient des chimères et des rêves impossibles.

“Nous t'écouterons là-dessus une autre fois,” lui dirent un certain nombre, et ils s’en al'èrent.

Paul continua-t-il de parler à ceux qui restaient ? Saint Luc ne le dit pas, mais la chose est probable ; car il n’est guère vraisemblable que les quelques phrases qui précèdent soient tout le discours de saint Paul. 11 a dû raconter au moins les traits principaux de la vie de Jésus, et sa propre histoire ; et c’est par là sans doute qu’il a reteru une partie de ses auditeurs, et qu’il en a converti plusieurs, car les Actes des Apôtres sjoutent : “ Quelques personnes néanmoins s’attachèrent à lui, et crurent; de ce nombre furent Denys l’aréopagite, ct d’autres avec lui, parmi lesquels une femme nommée Damaris.””

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que Paul n'obtint devant l’Aréopage qu’un demi succès. Pourquoi ? Parce que les prétendus savants sont toujours les plus lents à croire. L'orgueil les aveugle. |

Il est probable que les prédications de l’apôtre aux foules de l’Agora furent plus fructueuses. Car il est certain qu’il y avait à Athènes, peu € : temps

après le court séjour qu’y fit saint Paul, une communauté chrétienne nombreuse, qui a fourni à l’Eglise des apologistes de renom, surtout l’illustre Denys l’aréopagite, et le célèbre Hiérothée, qui fut un génie prodigieux, mais dont les œuvres sont à peine connues. Il est certain également qu'après des années de christianisme on vit le Parthénon, qui pendant des siècles avait été consacré à Minerve, devenir le temple de la Vierge Marie, la mère du Dieu Inconnu prêché par saint Paul.

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