‹ Pauline Foucault (volume 2)Chapitre 12 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On abuse de la nature dans les roumus contemporains* Us dis la nature et non pas le naturel. Les amants qui se sont avoué leur amour, en bémol ou en dièse, n'ont rien de plus pressé que de l'aller raconter aux rosiers et aux lilas, aux nuages et aux oiseaux, et il est impossible de se faire T historien de la moindre évolution de sentiment sans appeler le monde extérieur* comme confident ou comme agent.

Hector de Villemoran est un héros trop complet pour faillir, dans une circonstance si critique , à la loi absolue imposée à ses pareils. Bien qu'il eût peu de faiblesse pour les sentimentalités, et qu'il eut une raison forte que les vertiges du cœur ne faisaient pas chanceler facilement , il se laissa pourtant aller aux avances du ciel , aux caresses du matin. En piétinant sur le sable du jardin, il cherchait à reprendre aux branches que les bourgeons gonflaient les secrets que les jeunes filles avaient pu y laisser attachés. 11 s'efforçait , en aspirant f air printanier, de lui demander le mot, le conseil dont il avait besoin. Courageux et résolu, tant

qu'il avait pu fuir ramoilr; il se scnlaît faible * cl liosilant, maiménahr que son dfevoir pouvait eompromctirc lé bonheard^uti' être lovai qui s'clait fié à sa loyauté. ' "

Comme il passait pour la vmgtic^mc fois devant les fenêtros dl3 âà môre, il tîntendit son nom. C'^'taîtlà Wohncqui, mise en belïe humeur par cette belle matinée, Fappelait cl'mid'Jiétite voix moqueuse, et s'étontiait de n^ôtre point obéie. • '

-^ Eh bien! mon beau Lindor, dit Taimable vieille, estce qut-tn es devenu sourd?

— Je vous demande pardon, ma mère, répondit Hector avec la soumission dMn enfant, mais j'étudiais.

- -** Ttt as le triavail matinal; mais comme je veux aivssi miwsirnire, je vais te rejoindre, attends-moi.

La baronne quitta la fenôtre. Hector courut au-devant d'elle et la rencontra à la porte de sa chambre. Après lui avoir baisé la main, il lui prit doucement le bras, qu'il assujettit sous le sien. Mais un besoin d'activité extraordinaire donnait à la baronne une énergie dont ses forces étaient centuplées. On eût dit que sa taille s'était redressée et que, comme les fées qui vont quitter leurs rides et leurs accoutrements de centenaires au moment de procéder à un dénoilment, elle allait sortir d'elle-même, jeune, fraîche, rose ," comme ù seize ans. Hector sourit de ce rîijeunisse-

ment.

" — Il me semble que vous êtes matinale aussi, ma mère?

— Moi , repartit gaillardement la baronne , j'ai failli ne pas me coucher, tant je trouve qu'il fait bon vivre et tant j'ai peur de mourir en dormant.

— Que je suis heureux de vous voir ainsi, ma mère, dit Hector avec effusion.

— Dis-tu bien vrai ! •

— Oh! pouvez-vous penser...

— Mpn Dieu! je. sais coflibien tu es bon et patient. Tu n'es pas in,on fils, tu es ma iUJe. Sfais je me. rends. justice, Hector : je suis exigeante, égoïste; c'est une triste compagne qu'une vieille femme pour un liomme jeune et généreux comme toi. fAi bien, pign enfant, si tu ne veux pas que- je me dépêche de mourir, (Jélivre-moi d'ua ren^ords»

— Un remords I dit Hector en s'arrôtanjt et ^çntant son cœur bondir dans sa poitrine.

— Oui, je me suis souvent reproché d'accaparer t|i jeunesse. A ton âge, on aime autre chose encore que les papil - Ions et que ses ancêtres.

— Que voulez-vous dire? balbutia Hector.

: — Je veux dire, reprit la baronne en riant et en \o frappant doucement de la main, que tu es un vilain menteur» que tu n'aimes pas que moi, et que je veux que tu s4>is franc.

— Je vous jure...

— Fi 1 le voilà qui va renier l'amour, et devant moi encore ! s'écria M"**" de Villemoran^avcc une raillerie adorable. Eh bien I puisqu'il faut venir en aide à ta modestie, sache donc que je connais ton secret, monsieur l'amoureux 1

— Mon secret I

— Oui, vilain enfant, ton secret qui n'en est plus un pour personne, excepté toutefois pour la imuvre lady Fitz- Peters, qui en mourra de dépit.

— Pourquoi parlez- vous de lady Fitz-Peters, ma mère? demanda Hector confondu de cette avance.

— Parbleu! ne faudra-t-il pas son consentement?

— Mais qui vous a dit que j'aimais, et quel est le «om de celle que j'aime ? répéta Hector avec anxiété.

— Oh ! l'obstiné, qui manque de confiance ! Mais puisque je te répète que je sais tout, que j'avais tout deviné, et que d'ailleurs elle m'a tout avoué !

62 PAUtiXÊ FOtdAlLT

Hotflor no rë()ondit rien* Il se s>eQtait ébloui. Sa inère, qu'il eûteraint d'offenser par Faveu de son amouTy tunlHNU* lement en était instruite, mais encore souriail à ee rêve si loDgtiimps caressé en seeret. C'était à oonfondre la raison. Est-ce qu'il &'élaii trompé? ostrcc que ce martyre silen«i«ttx de ses jeunes annéeS) cst^o que cette immolation vo)on(air« de son oœur avait été un héroïsme inutile? esArcc qu'il lui était permis, cnfm, comme aux autre», d'akner et d'être aimé ? C8t<e qu'enfin la baronne de YiHemûraot avait reçu les coniidene^ de la demoiselle de eompagnie de lady-An-* tonia, et, romqfMint tout à coup avec ses préjugés, aveciises habitudes de naissance, de famille, d'éducation, pouvait avouer, et, bien plus, Seonseatait à proefanoer Pauline Foucault comme sa fiUe? C'était là une illusion, sans^doule, une erreur, un.piége, un mirage extravagant.

Voilà ce que se disait tout bas Hector, et pourtaut il oa- {w3rait ; voilà ce qui rempêchait de se laisser aller à la tentation d'une conildenoC) et pourtant la baronne le tegardait avec une tendresse si dévouéCf que toute son àme nontaU à ses lèvres» et que cet liomme froid et compassé étail brûlé du désir de démonstrations follet et bravantes* CoBMoe il ouvrait la bouche pour renouveler ses questions^ et- pour ^'assurer par une dernière épreuve qu'il n'y avait aucune arrlèro-pensée ni avoine confusion dans la bienvoiUancd de sa mère, Marie de Soulaignes apparut sur le perron.

— ^ Arrive donc I s'écria la baronne. Viens à mon secours contre cet entêté I

Marie, dont les yeuX avaient cette lumière étrange qui so dégage des larmes^ mais qui souriait, acoonrut el prit l'autre bras de sa tantci Ëlk avait surveillé avec effroi depui» quelques instants Tentrctien de la mère et du fils, et elle venait, Vaillante et triste^ empêcher qu'on ne livrât son ^cref-, et aider son cousin à garder ou à (ionner le sien.

Ëh'bion! maÎBteoant^h^sitcras-tu' encore, muot ineorr i^gtHef dit M»c :de Villeraoran. Prétcnëras-^tn encoro quo tu n'aimes pais et que tu ^les pas aimé ?

'«««4 Vous avez tort^ moo cousin, se hâta d'ajouter 'Marie, d'une voix douce ol ferme dont les inlksiioas eaehaient des c(m%0Ï]à secrets^! vous avez tort de no pas- répondre avec franchise à une si tendre demande. Les sentiments quevoiïs inspirer et cpe voue rossentez sont de ceux qui ne* doivent rien craindre d'une oonfession, et vous faites injure à votre raôre et à une autre personne en. ne parlant pa«.

• Herior regarda sa cousine. L'énigme se oompliquait. Marie vonatlrelleàigon secours? N'y avait^l pas là aussi une érigent phiB cmeUe, plus. poignante ? Maia en lisant mieux gar }ei visage de<lar jeune fille ealmo et résolue, il devina «onfu^ sèment l'héroïsme de cette> douleur, eti ce coiirag« fit honte mi* iieto* '■■•■'.■' ■'••'*>• -•.•:....-

"u-Yous' ave»' raison, ma nière^ije me remis» Je feraiftau «ontiment profond 4{ui m'anime l'injure ^e le traiter en amou" rette d'étudiant, si je n'étais pa» prêt à l'avouer toujours et en lOate cireon^lallce.Oui, ma- mère, j'aimt^ et je suis aimé ; et fmisqiie votre hoilheur, ditesH^'Ous^ e&t attaché maiuienant li des espérances d'union dont je n'auirais jamais osé vous parlftp; soyez heureuse, voua aurez tino fitlk.

' En parlant ainsi, avee émotion, Hector s'iaolioa sur la main de sa n)ère; toni à aoup^ ilaentH cette main se eon^traotep bous ses lèvre» par un. mony&mQnt d'effroi# Marie éhancelait et semblait près de s'évanouir, ' '**?^Mft. foi, je n'y com{)rend& plus rien, s'éeria la vieille baronne 4^n retenant sa nièce et en a^^puyant la tête de Marie surson'!épaule;de mon temps, on y mettait moins de rétiearree 0t moins de façons, et pourtant on s'aimait tout autant, quand on s'aimait. U faut t arracher à toi, Hector, len paroles qui d'ordinaire aiment le mieux à sortir du emiir:

et voilà Marie, qui l' encourageait, qui l' excitait, qui se dépitait de (on silence, qui cherche k s'évanouir, quand tu as parlé. Ah ! mes enfants, ayez i'amour plus simple et pînsrobuste. Allons, allons, ma fille; cela ne sera rien. N'étâH-ce pas d'ailleurs entre nous trois une petite comédie ? Ne sâvais^je pas bien d'avance à quoi m'en tenir, et ne m'avaîs-tu pas dit toi-môme?...

— Taisez-vous, tîiîsez-vous î s'écria Marie, en suppliant.

— Encore! reprit en riant M"»* de Villemoran. Décidément, mes yeux sont trop affaiblis pour YÎTe dans vos romans, mes chers amis; ou bien, vous avez changé de grimoire. Je comprends la modestie des jeunes filles, mais moins violente ; quant à celle des hommes, je rignorais.' Eh bien î ne direz-vous plus rien ? Et ce secret terrible, que nous savions tous et que nous n'avions pas besoin dte nous apprendre les uns aux autres, vousa-t-il pétrifiés?

Hector, en effet, semblait anéanti. 11 ne s'était pas mépris à cette émotion de sa cousine, et il n'osait achever l'aveu que cette noble enfant avait si fièrement encouragé. Quattt ti elle, son cœur l'avait trahie. Mais elle se domptait et essayait de sourire, pour s'empôcher de pleurer.

Il y eut une minute de silence. La baronne, que cette singulière attitude étonnait, mais attendrissait et amusait, et dont elle était bien loin de soupçonner la raison, regardait ses enfants avec une malice caressante, et prenait plaisir «^ prolonger leur confusion.

— Allons, reprit-elle enfin, je suis de trop maintenant entre vous deux, mes amis. Je sais ce que je voulais' savoir. Mon rôle est joué ; je rentre dans ma chambre, oïl mon feu m'attend. Vous m'enrhumez avec vos stations en plein air. Mais puisque le jardin est le confessionnal, qu'il soit aussi l'aulol ! Je voudrais que ces rosiers eussent des roses, je les effeuillerais sur vous ; je voudrais que les oiseaux chanlas-

seiH (laps Içs brandies, '^ç Joa prqj^drais. à .léi][>oiu,;.mHis pui^ue .los oiseaux ne sont pa,s (?clo.s ni les. lleurst oi?,yer^p^, (jpnmUws-DPU^, Tpcs anlOu^e^3^, de, ce yïçupu j^erro.qyi i;rim|>e/au mur et qui vivra plus longtemps q\io jnoi,., Jl>tles^^ cette verdure immuable qui rit à votrç jeunesse, et, qui se moque de mes vieilles années; j'atte^^e cebç^u ciel, où j'ai vu si souvent voltiger des amours bouffis ; et,. çle,Y^nj^ ce fl0cor, je vous uni^etjevous bénis, mes cliers sourijois. Ta jBai.ni .Marie ; la tienne, H^.ctor. A11qïis,,cc soir j'apnpncerai fie m^ri^o à, nos ^mis, et j^ leur raconterai moi^ petit ^iscQurs cli^unpêtre. Au revoir, mes enfants. Je vous jais^^e seuls. N'est-ce pasqu* j'ai bien joué mon rgle? , Et la, baronne,, ricanant et trottinant, s*amusant coj^ine d'un enfantillage de cette un^ion qu'elle venait de.pronop.c.er, ^eloii le rituel du dix-buit,ième siècle, se Singea vç^s la. maison, se retournant pour regarde?; les doux fiancés imraqfciles, qui semblaient. chang(^s en statues,

Hector, souriant avec amertume, suivait de. loin sam^Tc d'un r^eigard empreint d'une sorte de corppassion paternelle. Il vieot un âge où la tendreBse change, où la. soumission est une protection respectueuse. Hector avait prisi la main de sa cousine et la sentait, froide et inerte dans la- sienne. Il ne savait comment s'excuser de ce fatal imbroglio. Maria, devenue maîtresse de ses émotions, attendait qu'il parlât; mai», conime il persistait dans son silence, elle lui dit, en s' assurant que la baronne était rentrée et ne pouvait pas les surprendre : . ,

— Mon cousin, nous sommes fiancés, vous le voyez. Mais si vous êtes lié pour votre propre compte, je n'ai donné ma maba qu'au nom d'une autre ; j'avais une procuration. .

' — Quoi l Marie, vous savez ?.,.

— Oui, je sais tout, mon cousin, et vous avez pu tort de ne pas avoir confiance dans mon amitié; car, enfin, mon

voyage était peut-être une embûehe de votre mère^el de ma famille. J'aurais pu, pauvre provinciale, mettre beauoouf^ do bauiio volonté à acoepter le rôle qu'on ma'«6ignafCf et si j'avttis commis ia maladresse de me rappt^ler que, dansttdtKi êofonoe^ oa noua mariait tous ^«s }ours, jo serais auijoard'hiui, coKivcnez-»en, dans uile position un peu ridicule.

Marie. était calme et souriante en parlant ainsi. Cette ài^êi iièro n'avait plus de foiblesse à Fhefwe du [jdril, et elle ac<^ complisiiait avec sérénité la tâche qu'elle s'était i>mposée. Hector^ attendri de cette grandeur dont il sentait les effbtls caohéft, ému de to dévouement cordial, serra avec frémlsH sèment la main blanche et refroidie do sa cousine*

-<- Si j'oaais, Marie^ lui diuil, je tomberais à vod' pieds comme devant une sainte !

-»«- Vous auriez tort, répliqua la jeune ûil« en essayant de dégager sa main»

Et d'un ton qu'elle voulut rendre moqueur :

— Le sable est humide, et vous vous tacheriez les ge^' ooux. Ce jardin est bien compromettant.

— Ainsi, ma cousine, vous avez mon secret,

•— Mon cousin, j'ai celui d'une autre qui m'a èstimi^e comme sa sœur et qui vteut que vous soyez mon frère. Maxtor, vous ôtes bon, loyal, et"^ous avez dans Taffection d'une âme Hère «i pure la réconr>pense qui vous est due. Mats, peN mettez-^moi, noon ami, do vous dire que vous manquez derésolution. Je sais tous les égards, toutes les précautions que votre piété filiale doit exiger; mais ne ponvez^TOvs |ma avoir une volonté, et n'a\e«-vou8 pas aoquis le droit défaire respeoter sans violence Tamouf honnête qui vous anime t Je n'ai pas, continua la jeiMie allé, avec un adorable sourire, une grande expérience de ces choses, mais je crois qu'une bonne et simple franchise est encore le meiltenr et le plus court moyen. Vous voyeft ce qnHl en eOùt4> d'hésiter, un

qwp^quc^ e^^e^rfianoftiHespour rire, éonl j'aurais le énoii

di«. wo fteherw

• -*^ Hflri^iOt» «oQur, je vous bénia^Tout ce qu'uivaaiUiRieni j^0Mi^4ii'ft \^^ de iendresoe, 4e raoonnaisMiieovje vou6 Ifiidoone» Voue Oie savesi pw eaquei c'est qu'on «nonrconif prim^fii to»gt«inp«» par la froide raison, pap lo devoir. J^ai pcipur 4'^re jeuiy^ parce que j'ai peur d'èipe ridionle. Je touelia au butqiie je rêvais à vingt ans, et si je me laissais all^r. A Ja Joie qui m'inonde^ rje prodamerais tout haut cet Bmoin que jeoaehe, oonmo une faute contre reunui^Mats vousr snve^r ma cousine, que j'ai une tendresse un peu jalouse à ménager ;> ma mèroi*..

• 0^' Ma. taate va «««devant do^ vos Tœux^' et «etle perséeii* tion pour un mariage en est la preuve*

• . «-fr. Ouiy pour ua mariage -qui ne change rion h ses* habi-^ tudes, qui n'introduit pas d'étrangère dans sa familie; qulne heurte aucun préjugé; mats qae dira-t-^elle en apprenant^ la vérité f ' . . - ' ■ .

— Ecoutez-moi sérieusement^ mon cousin, car je ci<ois que me3 paroles sont un oracle* Vous savee, les enfants, les jauDOs filles, les ineonsi^s, sont quelquefois inspirés par un esprit qui les.Cait parler à son gré. Eh bien I je sens qu'un do ces bons CBprits, descendu tout droit du ciel, m'est entré dan» le ^œnr et m'inspire. Vous aves un double devoir, celui do lilSf celui do fiancé. Si vos- lisières vous semblent bien -courljes^ c'est ique vous wve% grandi. Soyesi homme et posez ^oticement yotre volonté. Il n'y a plus d'&surpalion à devenir le chef réel et actif de la famille ; ma tante vous aime par-^âisus tout et a. peur de vous déplaire; usez de cette bieaveiUanee. Vous- ferez bouder M. de Saint-Paires^ vous fore» luir lady FiVK^Peters; le grand mal ! mais vous triompherez d^une résistance qui ne sera qu'un peu de coquetterie maternelle» Prenez garde, mon eousin! votre altitude

était un jeu dangereux pour celles, qui n'avaient \t^ votre secret; votre faiblesse serait un péril autrement grav0 po»r celle tpbe vous aimez. Pauline! n'est pas une intelligeacoimU* gaîre ni un cœur banal; elle m<>urraU de v,otre hésitations elle se tuerait, si vous la dédaigniez. Brave contre toiuti^ monde, oHe serait sans foriUî contre les blessures que ivou$ lui feriez vous-même. Prenez garde ! vous n'avez, pas U drcuit de tuer ni de torturer cette jeune fille, qui croit pa^sionaé-» ment en vous. Tout le monde n'a pas le pouvoir stérile des résignations, et Pauline moins que personne.

— Je vois que vttiis avez reçu bien dos confidences^ ma cousine, reprit Hector avec gravité. Vous me parlez avec une raison qui m'accable. Mais connaissez-iinoi toat onlÂeir, et voyez quel homme s'agite et tremble derrière ce naïasque impassible. J'en atteste votre bonté, votrohéroïquoidoucouy, i'aime profondément, d'un amour absolu, avec e&time^ avec respect, avec religion, cette pauvre fille valeureuse qui,:e$t restée grande, fière, pure dans sa misèife. Je l'aime, i<et/, permettez-moi de vous le dire, c'est là toute mon excuse d/e ne pas vous aimer. Mais expliquez-<moi donc pooiirquoi un/î résistance s'élève en moi quand mon secret va m' échapper.; pourquoi j'ai peur d'un aveu qui me lierait pour lo monde I Cela est lâche, sans doute, et ridicule. Je lui donnerais mon sang, ma vie, et j'hésite à lui donner mon nom; la /pensée d'un mariage me semble vaguement un péril* C'est pour elle seule, j'en suis sûr, que je redoute ce danger. Mais., enlin^ quel est-il ? Pourquoi cette inquiétude qui me torture, ei m'empèched'aller résolument jusqu'au bout.

— C'est que vous vous êtes trompé, mon cousin,, et que vous n'aimez pas Pauline.

— C'est peut-être au contraire, Marie, parce que je l'aime trop, et parce i{ue ma tendresse acquiert la lucidité des âmes on extase. A mesure que je l'étudié et que je sens

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augmenter mon dé\'OU|emont, je seps/ aussi de plus en plus les dififéreQces de deux cœurs eatraîBés l'uti vers l'autre par quelque loi falale des contraires. .Plus nous ueus >aiia^roiD&v moins nous serons^ près de nous confondre ot d'a.voir les mêmes sensations^ .les mêmes délicatesses* Ali! je ne recule pas pour moi, mais pour elle. Jo prévois à un moment .\(n cboo terfible, et je crois que si je ne J'aimais pas comme je l'aime^ je la haïrais avec. passion. ' : . .

— ' Taisez^vous, . répliqua Marie^ qui essâVa de gaunire., mais que cette confidence épouvantait; tais^z-*voU6.1:Ge^nt là les vaines excuses de votre timidité. D'ailloura, moo cousin, il est trop tard) le mal est fait! Si l'Un de vous deux doit souffrir,: que ce soit vous. qui prévoyez ia douleur. Vous avez le courage froid et paisiblcy ne le laissez pas ébranler. Allons, mon cousin, je vous exhortais au honleur, c'était voos mdoonnaitre; je vous exhorte à la souffrance. Voilà 1(> lien véritable «1 indissoluble entre 'nous* Pauline compte sur vous ; ne la trompez pas. Elle vous aime, vous lui avez dit que vous l'aimiez ^ ne rétractez pas des paroles sincères- Voilà ce qui. est le devoir rigoureux et immédiat. Le reste appartient aux conjonctures et ài Dieu. Soyez toujours bon, patient,' dévoué , et laissez faire le temps. Le bonheur n'est pas ressentâel, c'est l'accessoire. > -

-*— Ah ! Marie, que nous nous comprenons bien 1 ' ■*- C'est pour cela, mon cousin, que nous jie pouvons pas- no«îv aimer, se hâta do chre avec une ironie touchante r héroïque enfant. Écoutea, ma tante nous, réBorve quelqi^c piège pour ce soir. Tendons-lui une bonne petite, embûchei. Bile annonce votre mariage à ses amis ; annoncez en même temps votre amour à elle et aux autres* Je serai là, je vous aiderai; nous brusqUerons l'affaire, et nous aurons .raison de vos hésitations et des scnipulos do ma tante, que vous exagérez.

— Soit, Marie, vous me donnez confiance. Je serai digne de votre amitié, ma sœur. Ce qui nous manque, à nous autres hommes, c'est l'enthousiasme de la douleur; nous nous embarrassons de subtilités, et, malgré toute notre loyauté et tout notre courage, nous essayons de discuter avec le calice. Vous nous apprenez la vraie grandeur; vous n'analysez pas vos sentiments; vous les transfigurez. Excusez-moi, ma cousine, vous verrez ce soir que je n'ai pins d'irrésolutions, et que je sais 'e( que ]è peux vouloir.

— Bien dit, mon cousin ; mais séparons-nous , car il no faut éveiller la jalousie de personne.

— C'est vrai, n'est-ce pas, elle est jalouse?

— Qui, lady Fitz-Peters? je crois bien ; et n'a-t-elle pas un peu raison, mon cousin?

— Vous rioz, Marie?

— Oh ! ne faites pas attention ; c est coihmè si je plèuraîs. Ce mot fit tressaillir Hector. Il s'dançâ pour ressaisir la

main que sa cousine avait retirée. MaisM'ïe de Soiilaîgnes fît un mouvement en arrière, posa un doigt sur ses lèvres,' par un geste doucement grondeur, *êt lui tourna tè dos."

Hector comprit que toute insistance serait indiscrète. Il traversa le jardin pour rentrer à l'hôtel.

Quand elle se vit seule, Marie leva ses beaux veiix riiisselants de larmes vers îe ciel, et murmura : -' •

— Je vous remercie, mon Dieu, de m'avôir donné la force d'aller jusqu'au bout. -^ Pauvre Hector! pauvre Pauline! Est-ce donc là de Vàmour? Je ne suis pas Faîte alors pour aimer.

Remarquons en passant que depuis qu'il s'étatl agi d'àmour, par une pudeur réciproque , Marie et Hector" ne s'étaient plus tutovés.

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