H AL' L I N H FOUCAULT
lout bas à son héroïsme, et s'interroge avec l'anxiété d'uno àme lovai e. f Je voudrais qu'on estimât Hector de Yilleinoranà sahauleur. Un caractère comme celui-là, positif et simple, échappa par sa réalité même, aux engouements des lecteurs. 11 faut l'aimer par réflexion, cet homme réfléchi. Parce qu'il a la pudeur de son secret, il ne faut pas conclure la faiblesse, k crainte. La frivolité de sa mère l'a rendu grave. C'est une nature dévouée qui craint les épanchements inutiles, les démarches exagérées. Sépouvantaut d'une sympathie qui rapproche deux natures antipathiques, mais trop lier, trop bon, trop honnête pour reculer, pareequil entrevoit des douleurs, il a laissé échapper, dans l'entraînement d'une confidence qui était en quelque sorte la rançon de Marie, son angoisse, son trouble; mais cette minute de faiblesse a été rachetée; désormais, il Ta dit, il sait et il veut ce qu'il doit faire. Sa timidité apparente est la concentration d'un sage, et puisqu'il n'y a pas d'autre mot pour peindre cette âme virile que ce terme froid et lourd, je dirai que c'est un homme circonspec t. Mais cette simplicité est la plénitude bien plutôt que l'insuffisance de l'esprit et du cœur, et pour n'être pas un amoureux à guitare et à bouts ri niés, Hector n'en est pas moins atteint au vif d'une de ces passions invincibles et rares qu'il faut envier ou qu'il faut plaindre, mais qu'il faut à coup* sûr respecter.
Hector est, après tout, le Lindor contemporain que l'habit noir rend sérieux comme un diplomate, et qui ne peut pas se donner des airs de Roméo, avec la figure d'un agent de change.
La baronne n'avait poiut invité lady Fitz-Peters, non plus que son inévitable demoiselle de compagnie. Elle avait même fait comprendre, dans la journée, à la sentimentale Anglaise que le whist n'aurait pas lieu le soir, et qu'on dé-
s ira il être seuls pour causer d'aftaires de famille. Peut-être Antonia, bicu qu'il lui en coûtât de s'abstenir d'une réunion pareille, eût-elle respecté le désir aiusi formulé par la baronne; mais Pauline, prévenue par Marie et préparée aux émotions décisives de la soirée, sut persuader a la veuve que les avertissements de M mo de Villemoran n'étaient pas une exclusion, bien au contraire. Elle éveilla sa curiosité par des allusions, par des conjectures dont Antonia se sentit percée et mordue. Peut-être allait-on voir apparaître une i iancée inconnue de M. Hector; peut-être cette soirée étaitelle une veille de contrat! Lady Fitz-Peters faillit s'évanouir à ces insinuations que Pauline, malgré ses angoisses, avait l'incroyable malice de lui décocher. Elle résolut d'assister, quand même, à cette réunion, et, ne perdant pas la tête dans les fureurs d'une jalousie qui Tétouffait intérieurement, elle se fit habiller de couleur tendre, et enferma ses charmes dans une prison étroite qui ne pouvait que suggérer la tentation d'une délivrance. Ses bandeaux s'étalaient, comme deux rideaux de catafalque, le long de ses joues, en attestant l'énergie et les parfums du cosmétique. Tous les menus joyaux de l'amirauté étaient mis en lumière ; ses doigts ressemblaient à des pagodes, ses poignets à des bazars.
Notez que lord Fitz-Peters, par une manie de profession, avait aimé à multiplier dans la parure d' Antonia les emblèmes maritimes ; et que ses bagues, ses broches et ses brat^^îl^ît^j ï)^3 i tint- 11 t t^^^i^i ancres. Ce symbole d'espérance était ironique dans un pareil désarroi. Lady Fitz-Peters l'interrogeait pourtant avec ferveur.
Elle lit son entrée avec une majesté qui plâtrait assez bien le dépit; dissimulant dans la grimace d'un sourire officiel et immobile la torture qui changeait les lacets de son corsage en étreintes de fer. Antonia s'était assise dans le fauteuil le plus élevé, au milieu du salon, et elle attendait,
comme une sorte de Junon que va frapper le jugement de Paris.
Pauline Foucault ne quittait que bien rarement lady Fifc- Petcrs. C'était l'excuse de sa présence. Un peu plus pale que d'habitude, serrant fortement les bras sur sa poitriue pour arrêter un frisson qui parcourait tout son corps, dévorant de la flamme de ses yeux tous les personnages rangés en cercle devant la cheminée, assise à l'écart, le visage caché par l'ombre de l'abat-jour, elle attendait, elle aussi, mais avec une impatience qui accélérait les mouvements de son cuiur jusqu'à l'anévrisme. Ce tribunal insignifiant et grotesque allait décider de sa destinée, de sa vie. Ces bonnes gens étaient terribles. Qu'allait dire cette baronne ridicule? qu'allait penser ce sigisbé sexagénaire qui ne pensait jamais à rien? Et ce doux prêtre qu'on privait de son whist, comment allait-il intervenir? Et Hector, comment défendrait-il la cause de son amour? Et Marie, tiendrait-elle sa promesse? Et elle-même, Pauline, aurait-elle bien la force de rester calme, et de ne pas plaider par ses cris et par ses transcris? Oh î comme elle se rappelait tous les serments échangés! Mais les serments suffiraient-ils pour rendre Hector invincible?
Chacun des assistants avait sa crainte, et nul n'osait toucher au motif sérieux de la réunion. On jetait par intervalles une réflexion, une plaisanterie, un mot qui tombait et plongeait dans le silence; mais nul n'osait relever ce défi involontaire. M» de Saint-Paares avait mis un empressement uil peu bruyant à acquitter une dette de whist ; mais tous les regards s'étaient aussitôt baissés avec discrétion pour ne pas être soupçonnés de complicité, et la baronne, par une petite toux grondeuse, avait fait comprendre au comte l'inconvenance de sa probité. L'abbé Legros sentit que c'était à lui d'avoir du courage, de rompre la glace; il se dévoua; et,
arrangeant sa ceinture, passant la main sur son rabat, se préparant comme pour un prône :
— Je croyais, madame la baronne, dit-il d'une voix doucereuse, que vous aviez une confidence à nous faire, et que cette réunion n'avait pas d'autre but.
— Rien ne presse, se hâta d'ajouter M. de Saint-Paarcs; on peut remettre la confidence à un autre jour.
— Saint-Paarcs, dit en riant M mc de Villemoran, si j'avais dos raisons d'ajourner, votre réflexion me déciderait à parler. Remettre au lendemain est toujours une imprudence ; a notre âge, c'est une fatuité sans excuse. Eh bien! oui, je vous ai convoqués pour vous faire part d'un grand événement : mes amis, je marie mon fils. Ah ! je ne lui fais pas violence ; il est majeur. Je n'ai eu qu'a bénir son choix, n'est-ce pas, Hector?
Hector se leva.
— Ma mère, je prends nos amis à témoin de la bénédiction que vous donnez à ma fiancée. Mais pardonnez-moi s je n'ai pu vous détromper plus tôt sur son nom.
— Qu'est-ce que cela veut dire? s'écria la baronne, tournant vors Marie, souriante et immobile en apparence, ses petits yeux écarquillés.
— Cela veut dire, ma mère, que Marie est ma sœur, ma confidente, ma meilleure amie, la marraine de mon amour, mais ne peut pas être ma femme.
L'abbé Legros fronça le sourcil ; le comte de Saint-Paarcs regarda le parquet, comme un homme foudroyé dans une affaire sérieuse. Lady Àntonia sentit l'ivresse d'une espérance folle lui monter au cerveau. Pauline tremblait et Marie souriait toujours. Quant à la baronne, elle agitait les mains et secouait la tête comme dans un brouillard ; enfin elle put dire :
— Quelle est... l'autre?... son nom?
Hector fit un mouvement. Ladv Antonia tressailli^ «I, emportée hors des bornes de la réserve britannique, lui ten dit la main. Mais Marie s était levée, et, traversant le salon, était allée vers Pauline, qui s'était dressée à son approche. Les deux jeunes filles s'avancèrent au milieu de l'anxiété générale.
— Ma tante , dit M 11 * de Soulaignes en poussant légèrement Pauline et en la contraignant ainsi à s'agenouiller devant la baronne, voici celle qu'il faut bénir!
— Jamais! s'écria avec vivacité M m * de Villcmoran en reculant son fauteuil.
L'amirale, par un phénomène singulier, eut tout à coup aux lèvres un des plus énergiques jurons de feu FiU-Pcters, mais elle ne s'était pas évanouie. Elle suffoquait et foudroyait Pauline de toute la mitraille de ses yeux à la Lancastre. L'abbé Legros et M. de Saint-Paares rougissaient du scandale. Marie, avec une majesté simple, maintenait sa main line et blanche sur l'épaule de Pauline, pour contraindre celle-ci à rester à genoux.
— Ma mère, dit Hector d'une voix ferme, je vous présente ma fiancée, et je vous demande de la nommer votre fille et de l'aimer.
La baronne ne répondit rien. Elle était furieuse d'avoir été jouée. C'était là nu fond sa grande objection; mais elle cherchait des prétextes.
— Allons, ma tante, ajouta Marie avec douceur, vous vouliez une fille, je vous en amène deux : embrassez- les.
— Mais toi, ma pauvre enfant! s'écria la baronne, sans regarder Pauline et en tendant les bras à Marie.
— Moi, répliqua M l,e de Soulaignes, je vous ai dressé un piège, et vous y êtes tombée. N'est-ce pas, mon cousin, que je ne vous aime pas?
— Elle ment, madame, dit d'une voix fière et frémissante
KauKne toujours agenouillée. Elle l'aime; mais elle s'est immolée, quand elle a su que j'aimais et que j'étais aimée. Que ce sacrifice soit honoré comme il mérite de l'être. Puisque votre fils m'a choisie, madame , c'est que je suis digne d'être votre fille.
La pauvre baronne sentait dans ses yeux des picotements qui annonçaient des larmes. Elle allait céder, quand elle eut la fatale pensée d'interroger ses amis du regard. M. de Saint-Paares affectait la plus mordante ironie ; il haussait les épaules d'un air qui voulait dire : Pauvre dupe ! L'abbé, froid et composé comme au confessionnal, condamnait par son attitude cette extorsion de la bénédiction maternelle. Quant à lady Fitz-Peters, on ne saurait décrire le tumulte de son visage. Jamais son intrépide époux n'avait essuyé des tempêtes égales à celle qui se peignait sur les traits de sa veuve. La pudeur outragée allumait surtout dans ses prunelles les feux de vingt tonnerres.
M* 6 de Villemoran fut embarrassée de cette opposition ; son égoïsme, d'ailleurs, qui avait consenti au partage avec Marie, se réveilla plus exigeant devant les prétentions d'une étrangère! Et puis enfin, quoiqu'elle n'eût guère de préjugés, et que, si près d'aller rejoindre ses aïeux, la baronne ne songeât guère à les ménager, elle était, ou plutôt elle aimait à se croire blessée dans sa dignité nobiliaire, par cette perspective de mésalliance. Aussi, bien qu'il lui en coûtât un peu de chagriner son fils, mais habituée qu'elle était à user de sa soumission jusqu'à l'abus, elle prit un petit air froid et hautain, refoula son émotion, et relevant, par un mouvement sec la pauvre Pauline agenouillée avec une patience merveilleuse :
— Mademoiselle, dit-elle, vous pardonnerez à ma surprise. Si j'avais pu prévoir l'erreur dans laquelle je suis tombée, je n'aurais pas appelé de témoins pour cette petite explica-
tion. Mon fils vous a donné des droits que je ne conteste pas ; mais vous ne voudriez pas d'un consentement obtenu par entraînement. Laissez-moi me recueillir, y songer un peu.
— Ma mère, dit Hector, qui vit les lèvres de Pauline s'agiter avec le frémissement d'une colère impatiemment contenue, qu'avez-vous besoin de consulter autre chose qne votre tendresse pour moi? Jamais le soin de mon bonheur n'a contrarié le vôtre. Pour la première fois, j'ose insister. Ne différez pas d'accorder votre consentement que j'attends comme un témoignage d'affection.
— Hector, me reproches-tu de n'avoir pu vivre sans ton amitié?
— Ma mère, je ne vous fais pas de reproches , je vous
adresse une prière. J'aurais voulu vous prévenir, empêcher une explication pénible. Le hasard nous a donné des témoins. Je fais appel à leur sagesse : je suis sûr qu'ils m'aideront à vous convaincre.
— Taisez-vous, monsieur de Villemoran, interrompit Pauline avec violence et en se relevant ; ne voyez-vous pas qu'on me trouve de trop chétive naissance pour porter votre nom? N'est-ce pas, monsieur le comte? N'est-ce pas, monsieur l'abbé? N'est-ce pas, milady?
Et la jeune fille courroucée montrait tour à tour chacun des assistants qui baissait la tète.
— Tais- toi, Pauline, dit Marie, que le caractère emporté de la jeune fille épouvantait, et qui tremblait que des paroles irrémissibles ne fussent prononcées.
— Vous insultez . mes hôtes ! s'écria la baronne avec ai-
greur.
— Madame, continua Pauline, c'est moi qu'on insulte et qui me défends. Monsieur de Saint-Paares, que pensez-vous du mariage de M. le chevalier de Villemoran avec la demoi-
selle de compagnie de lady Fitz-Peters? Je vous adjure de me répondre sur voire honneur et votre conscience.
— Sur mon honneur, mademoiselle, reprit en badinant, avec une galanterie aigre-douce, M. de Saint-Paares, que cet incident choquait au dernier point, je trouve que vous méritez tous les hommages d'un homme d'esprit, et je comprends qu'il soit difficile de renoncer à vous.
— Vous le voyez, madame, reprit Pauline avec une froideur terrible, en se tournant vers la baronne : il est difficile de renoncer à moi. Cela est un compliment à double sens, qui veut dire qu'on ne perd pas tout son temps à m'aimer, mais que je suis trop ambitieuse de prétendre au mariage.
— Mademoiselle, je proteste, s'écria M. de Saint-Paares en rougissant.
— Oh ! je ne vous en veux pas. Et vous, monsieur l'abbé, qui sanctifiez au nom du ciel les affections que le ciel inspire; vous devant qui tous les cœurs sont égaux, que ditesvous de mon ambition?
— Je dis, mademoiselle, répondit avec un peu d'embarras, mais avec sévérité, le vicaire de Saint-Philippe, que mon caractère m'interdit de prononcer légèrement entre un devoir défini et sacré comme la soumission filiale et les titres fort discutables d'une passion mondaine. Je prie Dieu qu'il vous éclaire tous les trois, et permettez-moi d'ajouter que l'humilité et la modestie sont les premiers titres à son intervention.
— Vous avez raison, monsieur l'abbé, j'ai trop d'orgueil ; lady Fitz-Peters est là pour me le rappeler. Milady, je n'ose pas vous demander votre avis; mais vous qui m'avez connue si patiente, si calme, donnez-moi, je vous prie, un certificat de moralité et de douceur, pour que je puisse entrer dans cette maison.
— Je vous dois autre chose que cela, Mademoiselle, dit
avec une incomparable fierté la superbe Ântonia; je vous dois vos gages, que je vais vous payer, en vous congédiant.
— Vous les remettrez à M. Hector de Villemoran ; ce sera ma dot.
Et en parlant ainsi avec des sifflements dans la voix, Pauline tourna le dos à i'amirale. Celle-ci se sentit moins malheureuse en pensant qu'elle n'avait pas été absolument sotte dans sa réponse.
Hector et Marie, affligés de cette explosion, s'étaient serré la main par une pression muette et très-éloquente, et ils se demandaient ainsi quel bonheur était possible avec cette âme ombrageuse. Mais il s'agissait moins de bonheur que d'honneur, et Hector, voulant couper court à une scène qui n'avait déjà que trop duré, vint baiser la main de la baronne en lui disant :
— Je ne vous demande plus qu'une chose aujourd'hui, ma mère, et vous ne pouvez pas me la refuser : c'est de faire estimer et respecter chez vous, partout le monde, cette jeune fille, digne d'estime et de respect. Quant au reste, nous en reparlerons à loisir.
— Bien, mon fils. Excusez-moi, mademoiselle Pauline, continua avec une grâce charmante M me de Villemoran. Mon premier étonnement a été brutal ; mais je ne veux plus voir en vous que l'amie de ma nièce, et vous serez toujours honorée, comme vous méritez de l'être, dans la maison dont Marie est l'enfant et la reine.
— Et moi, s'écria Pauline, vaincue, comme toujours, par la douceur, en se jetant aux genoux de la baronne, ne m'ar*pellerez-vous jamais votre fille?
— A quoi bon? répondit avec mélancolie la baronne, qui ne voulait pas s'engager, j'ai si peu de temps encore à être mère !
Pauline comprit que c'était assez d'insistance. Elle voulut
prouver qu'elle savait aussi se résigner et que sa raison enchaînait à propos son orgueil. Elle salua donc avec respect la baronne, et d'une voix dont toutes les cordes se détendaient :
— Madame, lui dit-elle, pardonnez-moi, à mon tour, les émotions pénibles de cette soirée. M. le vicaire a raison : la soumission filiale est un devoir sacré. M. Hector saura le remplir, et je saurai le respecter. M Ue Marie est ma caution. Klie vous apprendra à ne point me haïr ; j'apprendrai d'elle la résignation, et si, aux yeux du monde, vous ne me jugez pas digne d'être votre fille, devant Dieu, je vous honorerai comme ma mère.
Cette retraite était habile. Après ces paroles, qui lui avaient coûté un merveilleux effort, Pauline s'inclina et voulut sortir, mais elle chancelait et ne voyait plus la porte. Marie courut à elle, la soutint, l'accompagna jusqu'à sa chambre, et là, ne pouvant plus se contraindre, Pauline eut une crise nerveuse effroyable, suivie de larmes et de violents sanglots.
Le comte de Saint-Paares et l'abbé Legros s'esquivèrent, sur quelques mots de condoléance. Hector, silencieux et triste, reconduisit sa mère, qui l'embrassa avec plus de tendresse encore qu'à l'ordinaire. Quant à lady Antonia, elle remonta chez elle avec une fureur froide. Si le fantôme de lord Fitz-Peters vint errer ce soir-là autour de l'alcôve de sa veuve inconsolée, il dut trouver que le riche mausolée dont cette nouvelle Arthémise l'avait gratifié mettait la conscience de celle-ci fort à l'aise, et que le premier mérite des morts est de ne pas revenir.
Marie de Soulaignes veilla une partie de la nuit au chevet de Pauline. Elle s'efforça de calmer, de ramener à l'intelligence froide de la situation cet esprit impressionnable que le moindre obstacle exaspérait, et qui dépensait une vitalité
prodigieuse dans des luttes inutiles. C'était une de ces natures privilégiées ou fatales qui dépassent la réalité en marchant dessus, et qui en gardent l'épine dans le talon. Il n'y avait pas, à vrai dire, dans les incidents de la soirée, matière à profond désespoir : il était évident que la baronne de Villemoran, après quelques jours de douce sollicitation, céderait et tendrait les bras à la fiancée de son fils. Un peu de patience et d'adresse pouvait venir à bout de cette résistance. Voilà ce qui ressortait clairement de cette scène; voilà ce que Marie s'efforça de démontrer. Mais Pauline avait besoin de douleur, autant que d'amour, et son âme inquiète se fût mal accommodée d'un bonheur facile, d'une victoire sans combat.
La suite de ce récit éclairera le lecteur sur ce caractère étrange, mais réel, que nous avons observé plus d'une fois, et qui est le produit des préjugés et des mécomptes, et aussi de l'éducation incomplète de ce temps-ci.