‹ Pauline FoucaultChapitre 16 sur 47 · PAULINE F O U V. A V L T · texte numérisé non relu

PAULINE F O U V. A V L T

Elle s'excusa sur la hardiesse de sa démarche; elle demanda pardon au nom des convenances nationales, de l'excentricité de sa conduite ; elle balbutia de vagues protestations au profit de sa pudeur ; puis, cet encens brûlé sous le nez de sa modestie, elle aborda avec l'intrépidité d'une amirale qui met le feu aux poudres le motif de sa visite. Elle avait été la raison involontaire d'un scandale. Sa demoiselle de compagnie, abusant des privilèges d'une présentation bienveillante, avait élevé ses prétentions jusqu'à l'audace d'entrer dans la famille de Villemoran. Cette faute, punie par la fuite de la coupable, n'était pas toutefois suffisamment réparée. Elle venait donc, elle, lady Antonia, veuve de l'amiral Fitz-Peters, se mettre à la disposition de ses hôtes pour toutes les satisfactions qu'il plairait à ceux-ci de lui demander, et elle croyait aller au-devant des exigences de sa position, en offrant la main, le nom, la fortune, l'honorabilité de lady Fitz-Peters, pour racheter les prétentions de M lle Pauline Foucault.

Le visage de la veuve semblait masqué d'un pan d'uniforme anglais, tant il était devenu cramoisi, pendant ce discours. Un silence sinistre et comique suivit cette allocution. Hector répondit avec le plus de gravité possible que cette démarche le touchait profondément; mais qu'il ne méritait pas ce sacrifice : il avait été le complice de Pauline, et il aspirait au châtiment de l'épouser.

La baronne riait dans son fauteuil ; Marie regardait presque avec commisération cette pauvre femme ridicule. Lady Antonia promena son regard imposant et suppliant sur ses trois auditeurs. Elle vit son désastre, ses mécomptes. Il ne restait plus qu'à sauver son pavillon et à sauter. Se redressant alors à se briser les vertèbres, et couvrant sa retraite du plus imposant défi :

— Milord, dit-elle avec un incomparable orgueil, pardon-

nez-moi d'avoir méconnu les usages français et d'avoir oublié qu'il n'y a plus chez vous de mésalliances, depuis vos révolutions. J'ai l'honneur de vous saluer. Vous pouvez louer à d'autres mon appartement; je quitte l'hôtel.

— Vous êtes une ingrate, lady Fitz-Peters! s'écria M me de Viilemoran.

— Que vous dois-je donc? répliqua la veuve farouche. J'emporte d'ici un affront et des pensées qui vont troubler mon repos pour longtemps,

• Ces derniers mots, prononcés avec un accent pudique, furent la suprême tentative d'un brave désespoir. Antonia n'osa pas relever les yeux de peur de rencontrer de l'ironie ; et, faisant volte-face, elle sortit du salon avec la rigidité du spectre qui vient de jeter des remords à Hamlet.

— Elle est folle, dit la baronne en haussant les épaules, dès que la porte fut refermée.

— Quel vainqueur vous êtes, mon beau cousin 1 dit en riant Marie.

Hector accepta la raillerie dont la sentimentale Antonia fit les frais.

— C'est égal, reprit la baronne en soupirant avec malice, voilà la maison vide, et ton départ, ma nièce, va nous laisser dans la solitude.

— En auriez- vous peur, ma tante ?

— Dame! mon enfant, j'avais des idées bruyantes depuis quelque temps, et je me faisais à l'idée d'accroître et non pas de diminuer mon entourage.

— Pourquoi renoncer à ces idées-là, ma mère? dit Hector avec douceur.

— Oh! je n'y renonce pas; et voilà pourquoi je n'aime pas cette maison vide 1

— Est-ce que vous craignez les revenants? demanda Marie.

— Non. surtout quand ils reviennent en plein jour, bien vite, sans se faire attendre, et quand mon fils leur ouvre la porte.

— Oh! que vous -êtes bonne, ma mère !. s'écria Hector. *

— Est-ce que je peux avoir une volonté?... Ah çà! saiton où elle est allée, cette fière Pauline?

— Je le saurai et je vous l'écrirai, reprit Marie.

— Tu nous écriras? Tu tiens donc décidément à ton départ?

— Plus que jamais, surtout maintenant que vous aurez une tille.

— Eh bien ! pars, mon enfant ; ma fille aussi. Tu sais ce que j'avais rêvé; mais Hector n'est pas digne de toi. Tu es une sainte, c'est toi qui me rends raisonnable. Est-ce que je puis résister quand tu me pries? Ahl mon fils, tu mérites d'être heureux! mais rappelle-toi, si jamais tu as des regrets, que tu ne dois pas maudire ta mère. Elle t'avait choisi le bonheur certain, tu as mieux aimé courir les hasards; je n'ai pas de reproches à te faire, on n'est pas libre de son cœur, il nous mène. D'ailleurs, j'ai confiance en ta raison et j'aimerai celle que tu aimes.

Hector s'était agenouillé, comme un enfant devant sa mère ; Marie essuyait du bout de ses doigts des larmes indiscrètes. On ne songeait plus à se moquer de lady Antonia, qui adressait les plus navrantes confidences à son perroquet, tandis qu'on chargeait ses malles sur la voiture destinée a l'emporter loin de la me de Courcelles.

Page 1