‹ Pauline FoucaultChapitre 24 sur 47 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Pauline était bien résolue à ne plus causer avec Philippe. Elle ne voulait pas augmenter ni aigrir le trouble dont elle souffrait. En conséquence de cette détermination bien prise, elle ne laissa pas échapper l'occasion de renouer l'entretien. De son côté, Philippe était piqué au jeu. Dix minutes après leur séparation ils s'étaient rejoints.

— J'ai oublié, monsieur, dit Pauline avec un sourire de coquetterie qui la fit rayonner, de vous demander votre opinion sur la liberté de la presse.

Philippe fit un bond, émerveillé qu'il était du tour machiavélique de l'entretien ; ce chemin des écoliers lui parut un chemin de maître.

— C'est-à-dire, répondit-il à son tour, que vous avez oublié de me donner votre opinion.

— Peut-être.

— Eh bien ! alors, mademoiselle, supposez que je vous ai répondu, et parlez, sans prétexte.

— Quel bonheur de lutter avec les gens d'esprit! s'écria Pauline.

— Surtout quand on a plus d'esprit qu'eux, n'est-ce pas, mademoiselle?

— Ne faites donc pas le modeste. Ou bien, si vous voulez être humble, soyez-le jusqu'à la vérité, et convenez que le paradoxe est la raison du succès et le danger des journaux.

— Vous voulez dire des journalistes ; mais je ne saisis pas l'allusion... •

— Comment, vous n'avouerez pas que votre théorie sur le sentiment en général et sur mon mariage en particulier était un exercice de paradoxe?...

— Je pense, mademoiselle, si brutales que vous aient semblé mes observations, que je vous blesserais plus en les traitant de plaisanteries et de paradoxes qu'en vous affirmant qu'elles étaient sincères. C'est parce que vous y croyez, que vous y revenez, et vous essayez de me les faire démentir parce qu'elles vous ont frappée par leur justesse.

— J'avais tort de vous trouver modeste, monsieur; vous ne l'êtes plus guère.

— A quoi bon, mademoiselle, prendre pour nous parler les petites précautions hypocrites du monde que vous ne connaissez pas et que je connais trop? dit Philippe avec une sorte de dignité ; nous sommes dignes de nous entendre.

— C'est pour cela que nous ne nous entendons pas, in^ terrompit Pauline, avec un petit rire aigu qui trahissait de l'inquiétude ou du dépit. Nous ne nous sommes vus pour la première fois que depuis une heure, et voilà trois quarts d'heure que nous nous disputons.

— Oh ! des disputes comme les nôtres ne font guère d'ennemis, reprit Philippe avec une voix caressante.

— Est-ce que la galanterie est aussi une vertu de journaliste ? demanda M" 8 Foucault, qui avait assez de ces badinages oratoires, et qui avait hâte de rentrer dans le fond du débat*

— Voilà la première fois qu'une femme d'esprit me trouve galant. Il est vrai que vous ne vous y connaissez pas.

— Vousavcz, monsieur, une singulière façon de me prouver que j'ai tort.

— Tenez ! ne disons rien de plus, ou disons-nous tout ce que nous avons à nous dire, mademoiselle.

Le journaliste, avec une familiarité quî n'était pas choquante, prenait les deux mains de Pauline et les retenait dans les siennes.

— Avec quel ton solennel vous parlez !

Et, bien qu'elle essayât de rire et de plaisanter, Pauline pâlissait visiblement.

— Voyons, Rotomago, vous tenez absolument à me dire la bonne aventure ?

— Et vous, vous tenez absolument à l'entendre !

— Ainsi, vous m'annoncez un avenir de larmes; je serai malheureuse en ménage; mon mari me battra peut-être.

— Votre mari ! dit Philippe en hochant la tête ; je m'imagine difficilement que ce puisse être un homme choisi par vous dans cette société banale, que vous dépassez de toute l'aspiration de vos rôves !

— Bah ! comment me le faudrait-il donc ?

Un silence se fit. Pauline sentait son cœur battre à faire résonner sa poitrine.

Le journaliste, qui avait une plaisanterie sur la bouche, se mordit la lèvre et devint grave, presque recueilli ; une lueur étrange lui traversa les yeux ; son visage, impassible d'ordinaire, se colora vivement.

— Trouvez-moi ridicule, dit-il avec une voix singulière, mais je sens que je deviens amoureux de vous.

— Il n'y a que les cœurs secs pour s'enflammer à la première étincelle, dit Pauline en ricanant.

— No vous moque/, pas tant ; je concevrais de l'espoir, s'écria le journaliste,

Pauline lit un effort rapide pour dégager ses mains.

— Ne vous en allez pas, continua Philippe qui reprenait son aplomb et son ironie, car vous garderiez l'idée que vous aviez d'abord, que je suis un imbécile!

— Qui vous a fait croire?...

— Parbleu ! votre chère amie n'a pas manqué cette occasion. Elle m'a prévenu.

— Alors vous vous vengiez? demanda M Ue Foucault d'une voix émue.

— J'ai voulu me venger; mais en vous parlant, j'ai oublié mon rôle pour ne me rappeler que ma vie. Savez-vous à quoi je pense, depuis une demi-heure ? C'est que la dernière raillerie du sort à mon égard aura été de ne me mettre sur votre route que la veille de votre mariage.

— Quelle folie! murmura Pauline.

— La folie ! Ce n'est pas moi qui la commets, continua Philippe avec amertume. Ah ! s il en était temps encore, je vous dirais : Renoncez a votre ambition, a la chimère de votre vanité I Vous êtes une amc vaillante, acceptez la lutte avec moi ; elle vaut mieux pour vous que l'oisiveté que vous convoitez. Nous sommes deux enfants de la même race ; unissons nos fiertés et nos déceptions. Soyez pour moi ce que vous voudrez être. Marions-nous, comme Gringoire, devant une cruche cassée, ou, comme le premier venu, devant monsieur le maire. L'essentiel, c'est de partir ensemble pour la même route. Nous nous connaissons bien, nous nous aimerons avec toute l'énergie de deux affamés d'affection. Il n'y a que vous qui puissiez m'estimer un peu ; il n'y a que moi qui puisse vous épargner des douleurs. Je me suis meurtri à tous les endroits qui menacent de vous blesser. Je sais où vont vos rêves; vous savez, par

intuition, d'où reviennent les miens. — Ne m* interrompez pas. — Voilà, depuis vingt ans, ma première occasion de franchise et d'émotion sincère. Si je ne craignais pas de salir mes larmes en les laissant tomber sur ce tapis, je pleurerais de bien bon cœur, et je me mettrais à vos genoux ; je vous supplierais de nous sauver tous les deux. Ah 1 si j'avais une femme comme vous, je serais un homme! A nous deux, nous mènerions ce monde, qui est trop fort contre chacun de nous, qui ne pourrait rien contre nous deux ensemble. Deux cœurs comme les nôtres, en se combinant, dégagent une électricité foudroyante. Toute cette haine, qui fait mon esprit et qui gâte le vôtre, s'en irait dans des ardeurs sublimes. On me croit vieux et désillusionné. L'amour d'une honnéle femme comme vous me rendrait toutes mes illusions!

Pauline avait écouté, sans pouvoir interrompre. Après les divers incidents de la soirée, cette conversation achevait de la bouleverser. Immobile et pale, elle sentait glisser sur son front une sueur froide, et, tandis que tous ses membres étaient paralysés, la vie se concentrait dans sa poitrine, qu'elle échauffait à la briser. Chaque parole de Philippe lui semblait avoir été déjà entendue par elle dans un songe, et lui pénétrait dans l'oreille, avec les vibrations d'un écho. Ce n'était pas qu'elle se crût menacée par une séduction, par une tentation même ; mais elle éprouvait une sensation inouïe, comme si sa conscience, son cœur, son sang, tout son être se fût détaché d'elle pour lui parler.

— Une honnête femme ! balbutia-t-elle enfin avec un rire douloureux; qui vous assure que je sois une honnête femme ?

— Oh ! vous avez un garant infaillible, je vous l'ai déjà dit, Adèle s'y connaît. Mais sachez bien que votre vertu survivrait à quelques-unes des peccadilles dont on se fait

gloire dans ce salon. Vous ôtcs supérieure aux chutes ordinaires. Je me crois bien un honnête homme, moi ! Vous avez l'orgueil et vous aurez pour moi l'intolérance d'une pureté d'âme qui n'a pas combattu. Je ne serai compris qu'après vos défaites.

— Pourquoi donc me présager toujours des défaites? demanda Pauline avec effort.

— Parce que vous êtes vaincue d'avance.

— Moi, vaincue ! Et l'héroïque jeune fille secoua la tète avec fierté. — Moi, qui suis ici pour mieux attester ma force et l'infaillibilité de ma victoire ; moi qui ai réduit le préjugé au silence, et qui demain serai la femme d'un homme riche, titré, que j'aime de toutes les forces de mon âme, et qui m'aime 1 Moi, l'humble demoiselle de compagnie, moi la chétive sous-maîtresse qui, demain, me réveillerai baronne de Villemoran, je suis vaincue? Mais où donc serait la victoire, si elle n'était pas la?

Pauline s'exaltait et cherchait à s'enivrer de ses paroles. Elle voulait prendre sa revanche des émotions ressenties, et se donner un vertige pour en chasser un autre.

— Oui, vous êtes vaincue, ma sœur, reprit Philippe avec mélancolie, puisque vous êtes tombée dans les pièges de ce monde. Vous tenez trop à ces préjugés dont la défaite vous ravit. Ils ne sont pas bien redoutables, au premier choc; mais ils vous suivent et vous reprennent à chaque pas. Devenir baronne, depuis qu'on ne fait plus de barons, c'est bien facile. Se faire épouser, c'est élémentaire. Mais après? Ce titre, cette fortune, ce mari, tout cela est léger à prendre, mais tout cela peut devenir pesant à porter.

— Vous oubliez, monsieur, interrompit Pauline, que j'aime et que je suis aimée,

— Je n'oublie rien, au contraire, et je n'aurais pas d'alarme, si vous n'aimiez pas. Un calcul serait ignoble ; mais

un sentiment, en pareil cas, peut devenir mortel. Vous aimez trop, ou plutôt vous croyez aimer. Mais, je vous le jure, ce n'est pas votre baron, fût-il un héros, ce n'est pas un heureux de ce monde que vous devez, que vous pouvez aimer.

— C'est vous, n'est-ce pas ?

Et Pauline riait aux éclats avec des flammes dans les yeux qui appelaient des larmes.

— Oui, c'est moi, repartit Philippe avec autorité, et si j'osais, si je ne craignais pas de vous faire peur, je vous dirais que c'est moi que vous aimerez 1 Un jour, sans doute, vous vous rappellerez ma prédiction de ce soir, et vous me chercherez parmi vos amis.

— J'espère bien, dit Pauline avec une grâce trop avisée pour n'être pas contrainte, que je ne vous chercherai pas loin, ni longtemps.

— Eh bien I c'est alors qu'il vaudrait mieux ne pas nous revoir, mademoiselle.

Pauline eut un petit frisson qu'elle essaya de cacher.

— Vous avez la sympathie lugubre, reprit-elle, vous qui avez la haine si gaie et si spirituelle !

— C'est que je vous parle avec piété ; c'est que je décris pas. Je fais ce soir ma première communion.

— L'église est singulièrement choisie , insinua M lu Foucault.

— Qu'importe ! si Dieu est là 1 et je sens que nos deux âmes le feraient visible. Ces bonnes gens qui nous regardent de côté et qui s'imaginent que je cherche à écorner la couronne de monsieur le baron, ils se moqueraient bien de moi, s'ils m'entendaient parler de Dieu comme un poète élégiaque, et d'amour comme Ântpny. Je ne savais pas qu'on eût tant de plaisir à pincer son cœur comme une gui-

tare. Vous me rendriez ma jeunesse et ma foi, si vous vouliez.

— Si je pouvais ! dit Pauline avec une compassion véritable.

— Quelle fatalité! reprit Philippe avec raillerie. Voilà deux êtres créés, instruits, élevés l'un pour l'autre. Il leur est aussi impossible de se joindre que s'ils étaient séparés par tout un monde. Ils n'ont qu'à se tendre la main, et ils ne peuvent pas le vouloir. II ne leur sera permis de se rejoindre que quand ils seront brisés. Us mettront leurs morceaux en tas !

— Quel homme étrange vous faites, monsieur ! et laissez-moi croire qu'il est impossible que vous n'ayez pas rencontré jusqu'ici un cœur à aimer. Je ne suis pas une trouvaille; je ne suis pour vous qu'une réminiscence.

— Pourquoi vous étonner pour moi de ce qui, ne vous étonne pas pour vous? répliqua Philippe.

— Mais, moi, je vous le répète, j'aime, je suis aimée.

— Oui! je saisbien! toujours la mômeillusion qui s'obstine 1

— Toujours le mémo doute qui me raille!

— Moi, vous railler! Ah ! si vous saviez quel miracle vous faites ce soir, vous ne m'accuseriez pas d'ironie. Je vous plains tendrement. Je voudrais vous sauver, voilà tout! Mais vous avez raison, j'ai trop d'intérêt à vous prémunir. Il sera toujours temps de laisser venir la douleur.

— Mais, enfin, pourquoi ce monde, dont je ne pense pas trop de bien, me réserverait-il tant de déceptions et d'amertume ?

— Pourquoi? Parce que vous chercherez dans le monde ce qui ne s'y trouve pas. Ce n'est pas la méchanceté qui vous fera mal, c'est la platitude. Vous allez, avec héroïsme, vous heurter à la vie monotone et mesquine. Je ne suis pas un utopiste : j'en ai trop soigné pour être accessible à la con-

lagion ! Je ne vous dirai pas que le monde est difforme. Il est le monde, voilà tout, c'est-à-dire une cohue d'hommes et de femmes élevés et dressés par la routine. Il n'a qu'un tort, c'est d'ôtre trivial. S'il avait des précipices, des abîmes à franchir, je ne vous plaindrais pas. Mais c'est précisément le sentier battu qui m'épouvante pour vous. Vous vous y traînerez, avec des ailes enchaînées, et ce sera là le spectacle lamentable.

— Pourtant, monsieur, dit Pauline, en s'efforçant de retrouver du calme, je ne suis pas une femme différente des autres. Est-ce que vous me soupçonnez de viser à la femme incomprise?

— Vous valez mieux que bien d'autres; seulement, vous n'avez reçu que l'éducation des autres, voilà votre plaie. On aurait <lû faire de vous une pythonisse ou une ménagère ; mais on s'est arrêté à l'échelon de la femme supérieure. Vous êtes au-dessus de la vie banale, assez pour la mépriser, mais pas assez pour la dominer et pour échapper à ses atteintes.

— Et vous croyez, demanda Pauline d'une voix haletante, que vous seul m'empêcheriez de me blesser?

— Moi, j'ai pratiqué la vie; j'en sais l'envers et l'endroit. Je vous dresserais la carte des écueils, et je vous aiderais à rire toutes les fois que vous voudriez pleurer.

— Merci ! j'aime mieux les larmes !

— Vous n'êtes pas dégoûtée, dit Philippe dont les paupières étaient injectées.

Pauline était en proie à la plus étrange émotion qu'elle eût ressentie jamais. Cette conversation qui cachait une sympathio croissante sous ses sarcasmes, cette persistance de Philippe, qui formulait tout haut les doutes, les défiances, les terreurs qu'elle avait ressentis si souvent au fond du cœur, cet amour bizarre qui se déclarait tout à coup et dont la cha-

leur l'enveloppait sans la pénétrer, tout était fait pour briser une nature nerveuse comme celle de Pauline.

— Eloignez-vous un instant, murmura-t-elle en suffoquant, j'ai peur de me trouver mal.

— Tant mieux, dit brutalement Philippe, je vous recevrais dans mes bras.

— Vous m'outragez, répondit Pauline, qui tremblait de tous ses membres.

— Non, je vous force à convenir que je vous aime.

— Mais moi, s'écria-t-elle, presque à haute voix, je ne vous aime pas!

— En ôtes-vous sûre?

Pauline, à ce mot, se dressa comme par un ressort. Elle voulut s'éloigner ; mais ses pieds étaient enchaînés, enracinés dans du plomb. Elle promena un regard effaré autour d'elle, vit M me de Saint-Ovide, le comte, les deux banquiers et le musicien qui la contemplaient en souriant ; elle comprit le sens injurieux que tous ces regards moqueurs donnaient à ce tête-à-tête et à son trouble; l'indignation, la honte achevèrent de l'accabler. Elle s'évanouit.

Adèle s'élança, mais Philippe la repoussa du geste.

— On n'a pas besoin de vous, dit-il brusquement; donnez-moi seulement une carafe et un verre.

— Pour éteindre un si grand incendie?

— Par grâce, taisez-vous, reprit le journaliste avec chaleur. Messieurs, soyez assez bons pour l'empêcher de tuer la seule femme honnête qui soit entrée ici !

On se regarda sans comprendre. L'énergie avec laquelle Philippe avait parlé , l'émotion qui se lisait sur son vi sage, les deux larmes qui roulaient le long de ses joues caves, les soins convulsifs qu'il rendait à Pauline, tout était si nouveau, si extraordinaire, que les spectateurs de cette scène étaient confondus. M. Loignon amoureux et subite-

ment épris ! Il y a\ait là de quoi défrayer bien des chroniques.

Tandis que Pauline sortait peu à peu de son évanouissement, M me de Saint-Ovide qui, légèrement intimidée par la défense de Philippe, n'osait approcher d'elle, murmura derrière le journaliste :

— Si c'est là ce que vous appelez le grand jeu, mon bonhomme, vous avez perdu ; on vous rend des points.

Philippe haussa les épaules et dédaigna de répondre. Il pressait délicatement, avec des précautions fraternelles, un mouchoir imbibé d'eau, sur le front de Pauline.

Adèle, encouragée, continua en persiflant :

— C'est l'amadou qui a mis le feu au briquet.

— Voilà un propos de pierre à fusil, murmura Philippe ; ah ! vous me payerez cela, ma belle.

— Est-ce que vous me ferez aussi la cour ?

— Vous êtes absurde, dit le. journaliste, qui voyait Pauline rouvrir les yeux et qui étendit la main pour maintenir à distance M me de Saint-Ovide.

M I,e Foucault, à mesure qu'elle reprenait conscience d'elle-même, se hâtait d'abréger l'incident dont elle était l'héroïne. Elle essaya de sourire et balbutia :

— Je ne sais ce que j'ai éprouvé... la chaleur, sans doute; je me sens d'une faiblesse !...

— Ne pourrait-on envoyer chercher une voiture pour reconduire mademoiselle? demanda Philippe.

Pauline tressaillit ; Adèle sourit.

— Mais elle est ici chez elle, répliqua M me de Saint- Ovide.

— Alors, c'est vous qu'on va reconduire.

Adèle cherchait une riposte à la hauteur de cette impertinence, quand la sonnette extérieure retentit.

— Qui attendez-vous donc? demanda Philippe.

— Peut-être le médecin ! répondit Adèle avec son plus charmant, c'est-à-dire son plus méchant sourire.

Presque au môme instant la porte du salon s'ouvrit, et l'on annonça :

— M. de Villemoran 1

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