‹ Pauline FoucaultChapitre 35 sur 47 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comme on allait entrer dans Vassy, Pauline, restée depuis quelques instants silencieuse dans son coin, pencha tout à coup la tète hors de la portière. Elle cherchait a voir de loin l'oracle dont elle avait parlé.

— Regarde ! dit-elle à Hector ; quelle est cette affiche éclatante ?

En effet, sur une des premières maisons de la ville, un placard en lettres rouges s'étalait avec une insolence de coloris qui a été bien exploitée et bien dépassée depuis 1846.

Hector lut à haute voix : bade. — Saisofi des eaux, etc., etc. Après ces mots qui appelaient les passants, suivait rémunération invariable des plaisirs variés de celte résidence.

— Ainsi, nous allons à Bade? demanda Pauline avec un battement de cœur, comme si celte décision, confiée au hasard, eût eu une énorme gravité.

— Allons à Bade ! les truites y sont excellentes, les eaux inoffensives, le paysage est coquet, la solitude n'y est pas redoutable, dit Heclor en souriant; mais pourquoi cette émotion ?

— C'est une folie, répliqua M mc de Villemoran. Je m'é-

tais dit tout bas à moi-môme que j'allais me condamner ou m'absoudrc, selon l'endroit que nous allions subir. Il y a des pays où je redouterais d'aller et qui seraient pour moi comme un arrêt de mort. Bade me déconcerte, c'est un endroit banal. Je ne sais qu'en penser ; je ne l'avais pas prévu.

— Raison de plus, peut-être, pour y courir sans retard, dit Hector. Tu n'as encore contre ce pays-là aucune prévention, et nulle déception ne s'y prépare.

— Des préventions? j'en ai contre tout, et cependant toute chose m'ôte une illusion. Bade ne me guérira pas. Mais allons-y.

Le voyage se fit plus gaiement qu'on ne devait s'y attendre ; Pauline, qui satisfaisait ses moindres caprices avec l'énergie qu'elle eût mise au projet le plus héroïque, avait une impatience d'arriver, un besoin de voir Bade qui l'empêchait de songer à ses ennuis. Elle montrait une vivacité d'impressions, une curiosité de pensionnaire, s'extasiant volontiers devant le moindre clocher, trouvant superbes les pays qu'elle traversait par un rayon de soleil, haïssant et maudissant les contrées qu'elle voyait par la pluie.

De sa jalousie, de Marie, de ses enfants, de M. Desprets, il n'en était plus question. L'angoisse se tordait au fond de sa pensée et n'osait plus remonter jusqu'à ses lèvres. La distraction et la curiosité l'enchaînaient. Hector étudiait cette étrange mobilité de sensations et croyait y voir un symptôme consolant.

— Elle a plus besoin d'apprendre que d'oublier ! se disait-il.

Ils arrivèrent à Bade le soir du quatrième jour et descendirent à l'hôtel d'Angleterre. Pauline, malgré la fatigue de la route, prit à peine le temps de dîner, voulant jouir sans délai du premier aspect de ce paradis des joueurs, dans lequel elle apportait, elle aussi, un enjeu.

Elle entraîna Hector vers l'allée de Lichtenthal. Elle avait jeté, en passant, un coup d'œil à la maison de conversalion.

— Ce pays-ci n'est pas effrayant, dit-elle en voyant les élégants équipages et les cavaliers qui revenaient de la promenade, ce n'est pas plus sauvage que les Champs-Élysécs. Quant on ne veut ni penser, ni aimer, ni haïr, mais se reposer dans un murmure, cet endroit est commode. Sans la roulette, il ne s'y jouerait jamais de drame. Ce n'est pas un salon, ni un théâtre; c'est un vestiaire : on y voit des mannequins de tous les pays qui ont l'air de se guérir, et qui font semblant de s'amuser; c'est charmant, délicieux; nous resterons longtemps, mon ami.

Hector sourit faiblement. Il savait au juste ce que valaient ces résolutions de séjour.

— Nous resterons jusqu'à la chute des feuilles, dit-il.

La nuit était venue. La soirée était douce et belle. C'était fête dans le ciel, et fête dans la maison de conversation. La lune répandait sur les pelouses une lumière qui vcloutait le gazon. Les collines apparaissaient dans le fond, comme des décors de satin bleuâtre. On voyait, par les fenêtres ouvertes, passer et tourbillonner les valseurs de tous les pays que l'orchestre mêlait dans une harmonie cosmopolite. C'était la sainte-alliance des peuples réalisée par Strauss.

— Quel beau joujou! murmura Pauline. Que fait-on, l'hiver, de tous ces accessoires? On doit mettre le paysage en magasin, le démonter par pièce; la neige le gâterait.

Comme ils allaient entrer dans la maison de conversation, un promeneur, qui les suivait depuis quelques instants sans oser les aborder, se décida tout à coup, jeta son cigare, les dépassa de deux enjambées, lit volte-face, et se retournant brusquement, les salua avec respect.

Pauline tressaillit. M. de Vfllemoran n'avait pas reconnu le nouveau venu.

— Monsieur Philippe! s'écria Pauline.

— Eh ! c'est M. Loignon, dit à son tour Hector en serrant la main du journaliste.

— Moi-même, qui ne m'attendais guère à vous trouver ici. Comment, ajouta-t-il avec un ton de reproche solennel, vous venez déjà à Bade?

— Déjà? demanda Hector.

— Oui, c'est le voyage des époux de deux mois ou des mariés de vingt ans; on vient ici quand on ne s'ennuie pas encore, ou quand on s'ennuie trop.

— Nous venons vous rendre visite, répliqua Hector en plaisantant et en voulant détourner l'entretien de la pente que lui faisait prendre M. Loignon.

— C'est vrai, monsieur, ajouta Pauline, qui se sentait fort émue et qui voulait surmonter cette émotion, vous nous avez laissé votre carte; c'était un itinéraire. Où vont les journalistes en vacances? A Bade.

— Oh! la société est mêlée, dit Philippe; vous oubliez les diplomates en convalescence, les artistes en congé! Tous les gens qui jouent un rôle, plaisant ou triste, viennent ici; c'est une coulisse; voilà pourquoi je m'étonne de vous v rencontrer.

— C'est le hasard, dit Pauline.

— Ceci est plus grave! Quand le hasard se mêle de nos projets, la vie devient rouge ou noire, et on peut perdre.

— Il n'est pas défendu de tricher, reprit vivement M m ° de Villcmorari.

— Restez- vous longtemps? demanda Philippe.

— Mais oui, dit gaiement Hector.

— Mais non ! se hâta de dire M ni ° de Villcmoran,

— Il paraît que vous n'êtes pas d'accord ?

— Et vous, monsieur? répliqua Pauline, qui interrogea pour ne pas répondre.

— Moi ! je n'en sais rien. Je resterai jusqu'à mon dernier sou. J'attends ici l'ouverture de la session ; je me repose avant la fatigue. D'ailleurs, j'ai eu la faiblesse de promettre mes impressions de voyage à mon journal, et je fais les choses en conscience.

Philippe pensa qu'il ne fallait pas abuser de cette première rencontre, et après quelques mots, il continua sa promenade.

Quand il se fut éloigné, Pauline dit à son mari :

— Je ne crois plus au hasard. La carte de M. Loignon était un augure. Nous aurions dû ne pas partir et rester à Paris.

— Pourquoi donc? Que trouves-tu de fâcheux dans la rencontre d'un homme d'esprit qui nous expliquera Bade, ses environs et ses habitants? Nous voulons recevoir M. Philippe. Nous sommes plus libres ici de nous consulter à ce sujet. Nous le jugerons, sans nous engager; mais, silence, le voici.

En effet, M. Loignon revenait précipitamment sur ses pas.

— J'oubliais de vous prévenir, dit-il à Mme de Villemoran, vous allez retrouver ici d'autres gens de connaissance.

— Qui donc?

— Lady Fitz-Péters et Mme de Saint-Ovide.

— Toutes les deux ! s'écria Pauline, qui eut un premier mouvement d'effroi et qui pâlit ; mais la réflexion lui rendit du courage.

— Eh bien ! je ne suis pas fâchée de les revoir, dit-elle fièrement et en relevant la tôte. L'amirale est-elle consolée? Adèle est-elle pauvre?

— L'amirale me semble dans un état satisfaisant de santé. Quant à Adèle, elle est resplendissante de gloire et de

beauté. Vous la verrez ; elle a monté en grade : elle n'est plus baronne. Comme elle s'aperçut qu'elle avait pris dix ans pendant ces cinq années, elle comprit le besoin de s'incruster définitivement dans un coin de cette société qui ne blâme que l'effronterie. Or, elle a découvert un général bavarois. Est-il général ? est-il Bavarois ? je l'ignore. Mais il a des rhumatismes qu'il aime à promener dans la compagnie d'Adèle. On la dit mariée. C'est un bruit qu'elle-même fait courjr. Cela me parait trop solennel pour être vraisemblable. Le général, d'ailleurs, est encore vert. Elle a une tenue irréprochable ; elle porte le nom de son vainqueur. Comme elle n'a guère trouvé que moi ici d'ancienne connaissance, et que je suis discret, on la traite avec des égards. Mais ce qui va vous confondre et vous donner à rire, c'est qu'elle est l'amie intime, l'inséparable de lady Fitz-Peters. Vous aurez été sans doute un lien mystérieux entre elles. L'amiralc et la générale ne peuvent se passer l'une de l'autre. Adèle sait tirer un excellent parti de cette amitié. Le pavillon de l'amirale l'a couverte d'abord. Aujourd'hui, il n'y a plus de différence entre elles ; elles sont sur un pied d'égalité.

— Ce que vous nous racontez là est fort plaisant, en effet, dit Pauline avec moquerie, je suis impatiente de les voir.

— Je ne vous dissimulerai pas que mon amie, M">o de Saint-Ovide, qui, par parenthèse, a laissé ce nom vacant pour un autre, préfère le tapis vert à la salle de danse. Elle joue. Lady Fitz-Peters voudrait bien danser, mais on ne pousse pas encore ici l'excentricité jusqu'à l'inviter. Je lui tiens compagnie souvent; elle m'apprend l'anglais ; et si je n'étais pas un homme de rien, elle ferait de moi quelque chose. Votre présence me rendra infidèle. Mais l'amirale m'a donné une petite boussole que je porte suspendue à mes breloques. Cette aiguille me ramènera toujours vers elle.

Tous ces détails furent débités par le journaliste de ce ton gouailleur, léger, indifférent, qui lui était habituel. Pauline l'observait et F écoutait avec attention. Elle se sentait presque blessée de cette liberté d'esprit que gardait Philippe; mais l'ironie, après tout, pouvait être un masque. Elle se réserva de conclure.

— Adèle avait raison, dit-elle en riant ; son chemin l'a conduite plus haut que moi. Hector, tu n'es pas général?

— Ni Bavarois î ajouta Philippe. D'ailleurs, sait-elle bien elle-même à quoi elle est arrivée, cette pauvre Adèle? Le monde est pour ses pareilles une cage d'écureuil ; elles tournent toujours, sans arriver jamais.

— Je croyais que vous étiez fâchés ensemble, demanda Pauline.

— Oh ! nous nous détestons, c'est pour cela que nous continuons à nous voir. Je vais, si vous le permettez, prévenir ces deux puissances de votre arrivée. La première surprise pourrait leur être funeste, Elles manqueraient, l'une d'esprit, l'autre de bon goût. J'aime mieux qu'elles assemblent un conseil de guerre.

— Et moi, je vais me mettre sous les armes, dit Pauline. On se sépara; mais on devait se retrouver quelques instants après dans la salle de bal.

Hector ne se souciait que médiocrement do cette rencontre. Tout ce qui exaltait l'esprit de Pauline lui semblait un danger. Lady Fitz-Pétcrs était désormais inoffensive; provoquer M** de Saint-Ovide, c'était, d'autre part, s'engager sur un terrain scabreux. Mais Hector avait résolu d'aller jusqu'au bout de la patience et des concessions.

— Encore cette folie, se dit-il.

Et il alla s'habiller.

Pauline trouva dans son ressentiment des inspirations de toilette. Quand elle entra dans les salons de la maison de

conversation, appuyée au bras de son mari, elle eut presque un succès de beauté.

Philippe l'attendait et parut ébloui.

— Vous ne ferez grâce à personne, je le vois, dit-il en l'abordant.

L'amirale avait mis ce soir-là toutes voiles dehors. S'autorisant de la température, elle sortait le plus qu'elle pouvait d'une robe de mousseline de soie cramoisie, qui hésitait à lui couvrir les épaules. Ses bandeaux, qui avaient toujours été en augmentant depuis cinq ans, s'avançaient maintenant jusqu'à la pointe des lèvres. Son menton, son nez et sa

bouche semblaient entre-bâiller les cheveux pour paraître. Cette disposition particulière était, hélas! une dernière ressource de sa coquetterie; il devenait impossible, de cette façon, de lui trouver des rides, et tout portait à croire que l'année suivante, abusant de sa belle chevelure, lady Fitz- Pétcrs ne laisserait plus rien apparaître entre l'intervalle des bandeaux.

Elle vit entrer son ancienne demoiselle de compagnie, et sembla grandir sur sa banquette ; puis elle se mit à agiter avec fureur un gigantesque éventail, capable de faire chavirer un vaisseau à trois ponts. On eût dit qu'elle voulait chasser le mauvais air répandu dans le salon par la présence de cette petite personne.

Adèle était assise derrière l'amirale ; mais elle n'avait pas de colère dans les yeux. D'un embonpoint qui exagérait les saillies, vêtue toujours avec cette élégance outrée que nous avons remarquée déjà, feue M me de Saint-Ovide avait toujours de quoi plaire, mais à certaine catégorie d'amateurs seulement; et la diminution de sa prestesse expliquait le général.

En voyant entrer M me de Yiilcmoran, Adèle se leva et sortit.

— Elle fuit! murmura Pauline, ravie de ce premier triomphe.

— Ne le croyez pas! dit Philippe qui avait entendu. Sa retraite est habile et touchante; elle a peur d'empêcher vos salutations à l'amirale, et comprend très-bien que le hasard doit vous rapprocher et que M. de Villcmoran ne peut pas vous conduire vers elle. Si vous la poussiez à bout, elle s'armerait de l'amirale et vous la lancerait à la tête; mais, jusqu'ici, elle offre l'entrevue, c'est-à-dire le combat, à armes courtoises, et elle n'attend que l'occasion de vous trouver seule pour vous parler.

— Eh bien! alors, sois assez bon, Hector, pour me laiser ; je veux avoir avec lady Fitz-Peters la même humilité. Tu jui dois au moins un compliment, va le lui porter; je reste là; quand Adèle me quittera, hâte-toi de revenir.

— Nous jouons aux échecs, dit Hector, qui obéit sans objection.

Philippe Loignon prit un fauteuil et s'installa à côté de Pauline.

— Eh bien! que faites-vous là? lui demanda M me de Villcmoran?

— Oh! je ne gêne pas Adèle, et je gêne votre mari en l'accompagnant.

— Soit, mais peut-être me gênerez-vous.

— Quand je m'en apercevrai, je n'attendrai pas votre madame.

— Vous n'avez pas changé, monsieur, depuis cinq ans.

— Non, madame, je n'ai pas changé, répondit Philippo congé, sérieusement.

Pauline eut peur d'entrer trop rapidement dans une conversation qu'elle désirait peut-être. Elle demanda à Philippe des détails sur la plupart des gens réunis dans ce salon.

Le journaliste s'empressa de la satisfaire, et lui récita gratis (ce qui était une première preuve de dévouement) toute une chronique spirituelle et frondeuse qui eût fait merveille dans son journal. Il est vrai que cette première édition parlée n'empêcha pas l'édition écrite, et que Philippe ne risquait pas une ligne, à cette gentillesse.

Pendant ce temps Hector saluait l'amirale.

Quand celle-ci vit M. de Villemoran s'avancer seul , débarrassé de sa femme, elle eut une contraction des lèvres qui alla se perdre sous ses bandeaux, mais qui put passer pour un sourire; elle sut gré à Hector de la délicatesse de son isolement, et y vit peut-être des remords. Toute la bourrasque préméditée se dissipa donc; l'éventail mis en déroute se reposa. Lady Àntonia se montra gracieuse et, faisant faire volte-face à sa vengeance, elle s'appliqua à humilier Pauline, non plus par des airs de dignité qui pouvaient être perdus, mais par l'accueil chaleureux qu'elle fit à son mari.

Nous demanderons la faveur de ne pas reproduire un entretien qui se maintint dans les généralités les plus inoffensives, malgré les efforts de la bonne amirale pour glisser ses pointes d'épigrammes sous le velours de ses paroles. On parla beaucoup du passé. Lady Antonia eut des soupirs expressifs, des élégies dans son regard. Hector eut la complaisance d'écouter docilement et de donner la réplique avec un sérieux imperturbable. Lady Filz-Peters avait eu bien des chagrins depuis cinq ans. Elle s'était installée dans la maison de M me Bellamy. Mais là, son beau perroquet, le dernier souvenir de l'amiral, était mort : l'infortué s'était égaré au réfectoire, et avait eu l'imprudence d'y manger; il était tombé foudroyé; l'oiseau était empaillé, mais lady Antonia lui survivait et était bien seule au monde. Sans l'amitié d'une charmante femme, épouse d'un général bavarois, elle

n'aurait su que devenir. L'amirale fut d'une grande abondance en faisant l'éloge d'Adèle, et elle se borna, avec une magnanimité superbe, pour toute vengeance, à jeter de côté quelques petits regards dédaigneux dans la direction de Pauline.

Celle-ci, pendant ce temps, écoutait avidement les bavardages de Philippe, et s'excitait tout bas à lui adresser certaines questions qui brûlaient ses lèvres.

— Adèle ne vient pas, dit-elle, en l'interrompant.

— Voulez-vous que j'aille la chercher? La malheureuse aura été exposer un louis à la roulette pour savoir si elle doit vous embrasser ou vous mordre.

— Vous la calomniez ?

— Non, depuis qu'elle engraisse, elle devient superstitieuse.

— Et vous, ôtes-vous toujours fataliste?

— Toujours un peu.

— Que signifie cette carte d'adieu que vous avez déposée chez moi?

— Enfin! vous m'en parlez ! le préambule a été long.

— J'aurais dû, en effet, vous exprimer plus tôt mon élonnement.

— C'est pourtant tout simple. Vous mettiez à m'accueillir une si grande, et permettez-moi d'ajouter, une si injurieuse hésitation, que j'ai glissé cette carte dans la serrure pour entre-bàiller la porte.

— Pourquoi tenir tant à nous voir?

— Vous le savez bien, dit Philippe.

— Pauline se sentit rougir et essaya de lutter contre cette émotion :

— J'ai oublié, répliqua-t-cllc.

— Eh bien ! je vais vous le redire. C'est que je vous aime, madame; c'est que vous allez bientôt m'aimer; c'est

qu'il est temps que j'intervienne, comme je vous ai menacée de le faire autrefois, et que je veux vous sauver.

— Vous vous y prenez d'avance, dit M me de Villemoran avec raillerie, et vous avez une façon de venir en aide à mon bonheur dont l'efficacité ne m'apparaît pas nettement.

— Bien : moquez-vous, c'est votre droit, c'est votre rôle. Mais écoutez-moi encore une fois, madame ; vous serez libre ensuite de m'interdire l'entrée de votre maison. Je vous jure, cette fois, de respecter votre arrêt et de ne rien tenter contre lui, môme en effigie.

Philippe ne riait plus en parlant ainsi.

Pauline devint grave devant cet homme sérieux.

— Je vous écoute, lui dit-elle avec un grand battement de cœur.

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