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CHAPITRE XII

M. de Brévannes ne réfléchit pas un moment à tout ce qu'il y avait d'iuiiniliant et d'odieux dans le rôle qu'il préparait à sa femme ; nulle considération, nul scrupule ne pouvait empêcher cet homme d'aller droit à son but.

Dans cette circonstance, en songeant à se servir de Berthe comme d'un moyen, il se dit avec une sorte de forfanterie cynique : — Yoici la première fois que mon mariage m'aura été bon à quelque chose.

Il crut néanmoins nécessaire de prendre envers sa femme un ton moins dur que d'iiabitude pour la décider à se laisser présenter à la princesse de lîansfeld. Berthe allait peu dans le monde; elle était fort timide; or, s'attendant à quelques difficultés de sa part, il préférait les vaincre par la douceur, ses menaces pouvant rester vaincues devant un refus obstiné de sa femme.

Celle-ni s'attendait si peu à la visite de son mari,

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qu'elle donnait un libre cours à ses larmes en pensant à ."M. de Hansfeld qu'elle ne devait plus revoir.

Pour la première fois elle sentait à quel point elle l'aimait. Elle avait le courage de ne pas maudire cette séparation cruelle, en songeant au trouble qu'une passion coupable aurait apporté dans sa vie. Ne voyant plus Arnold, du moins elle serait à l'abri de tout danger.

Une consolation pareille coûte toujours Lien des larmes ; aussi la jeune femme eut-elle à peine le temps d'essuyer ses yeux avant que son mari fut près d'elle.

Berthe avait assez de sujets de chagrin pour que M. de Brévannes ne s'étonnât pas de la voir pleurer ; il fut néanmoins contrarié de ces larmes, car il ne pouvait, sans transition, parler à sa femme des plaisirs du monde et de sa présentation à madame deHansfeld. Réprimant donc un léj^er mouvement d'impatience, il dit doucement à Berthe, en n'ayant pas l'air de s'apercevoir de sa tristesse ( cela rendait la transition d'autant plus rapide) :

— Pardon... ma chère amie... Je vous dérange..

— Non... non, Charles... vous ne me dérangez pas — dit Berthe en essuyant de nouveau ses larmes, qu'elle se reprochait presque comme une faute.

— Ce matinj vous avez vu votre père?

— Oui... vous m'avez permis d'y aller... quand je...

~ Ohî... — dit M. de Brévannes en interrom

1 10 PAL LA MOMI.

pant Berlhe — ce n'est pas un reproche que je vous fais. Je n'aime pas le caractère de votre père, il me serait impossible de vivre avec lui ; mais je rends justice à sa loyauté, à l'austérité de ses principes, et je suis parfaitement tranquille quand je vous sais chez lui.

Berthe n'avait rien à se reprocher; pourtant son cœur se serra comme si elle eut abusé de la conlîance de son mari, qui, pour la première fois depuis bien longtemps, lui parlait avec bonté; elle baissa la tête sans répondre.

M. de Brévannes continua :

— Et puis, enfin, ces visites à votre père sont vos seules distractions... depuis notre arrivée à Paris... A l'exception de cette première représentation des Français, vous n'êtes allée nulle part.,. ; aussi je songea vous tirer de votre solitude...

— Vous êtes trop bon, Charles; vous le savez, j'aime peu le monde... je suis accoutumée depuis longtemps à la vie que je mène. JXe vous occupez donc pas de ce que vous appelez mes plaisirs...

— Allons, allons, vous êtes une enfant, laissezmoi penser et décider pour vous à ce sujet-là... Vous ne vous en repentirez pas...

— Mais, Charles...

— Oh ! je serai très opiniâtre... comme toujours, et plus que jamais; car il s'agit de vous être agréable... malgré vous. Oui... une fois votre première timidité passée, le monde, qui vous inspire tant d'cfïroi, aura pour vous raille attraits...

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