‹ Pauvre BlaiseChapitre 4 sur 36 · MICHEL · texte numérisé non relu

MICHEL

Non, non. Monsieur Jules, non, non, il ne faut pas me faire chasser; je dirai comme vous me l'ordonnez. )>

Et Michel prit Jules dans ses bras et l'emporta au château.

Le pauvre Biaise était resté immobile, stupéfait. Enfin il ramassa la serpe et se dit :

<c Faut-il que ce garçon soit méchant! Je vais vite tout raconter à papa, pour qu'il connaisse la vérité et qu'il sache bien que ce n'est pas moi qui l'ai blessé. »

Il courut vers la grille ; son père l'attendait avec impatience.

« Tu y as mis du temps, mon garçon, dit-il en recevant la serpe. Qu'est-ce qui t'a retenu si longtemps? »

Biaise , tout essouftlé , raconta à son père ce qui s'était passé; il avait à peine terminé son récit, que M. de Trénillj parut en haut de l'avenue, marchant d'un pas précipité vers la grille.

« Anfry! cria-t-il avec colère, amenez-moi ce petit drôle, qui s'est caché dans la maison quand il m'a aperçu. »

Anfry marcha seul vers M. de Trénilly.

v Monsieur le comte, dit-il le chapeau à la main, je crois savoir ce qui vous amène ici, et je sais que mon fils n'est pas coupable de ce qui est arrivé.

M. DE TRÉNILLY

Comment, pas coupable? Mon fils a au pied une grande entaille que lui a faite votre garçon avec sa serpe, et vous trouvez qu'il n'est pas coupable?

ANFRY

Ce n'est pas mon garçon, c'est le vôtre qui se l'est faite lui-même.

M. DE TRÉNILLY

Ceci est trop fort, par exemple ! Me faire croire que mon fils s'est coupé pour le plaisir d'avoir une plaie et d'en souffrir pendant huit jours.

ANFRY

Non, Monsieur le comte, mais par impriidonco et par colère. »

x\lors Anfrj raconta à M. de Trénilly ce que venait de lui apprendre Biaise.

<c Faites-le venir, dit M. de Trénilly, je veux l'entendre raconter à lui-même. »

Anfrj alla chercher Biaise, qu'il trouva blotti derrière un rideau.

ANFRY

Allons, Blaisot, viens parler à M. le comte ; il veut que tu lui racontes ce qui s'est passé avec M. Jules.

BLAISE

Oh! papa, j'ai peur. Il a l'air en colère; il va me battre.

ANFRY

ïe battre! Sois tranquille, mon garçon, je suis là, moi; s'il fait mine de te toucher, je t'emmène et nous quitterons la maison, seulement le temps d'emporter nos effets. »

Biaise sortit de sa cachette et, tout tremblant, suivit son père, qui l'emmena devant M. de ïrénillj. Biaise n'osait lever les jeux; M. de Trénilly le regardait avec colère.

« Raconte-moi comment mon fils a reçu sa blessure, dit-il enfin avec dureté.

BLAISE

Il ne voulait pas me rendre la serpe que papa m'avait envoyé chercher, Monsieur ; j'ai insisté, il s'est fâché, il a voulu m'en donner un coup; la serpe est lourde, elle est retombée malgré lui et l'a blessé au pied.

M. DE TRÉMLLY.

Tu mens! je te dis que tu mens!

BLAiSE, vivement.

Non, Monsieur, je ne mens pas ; je ne mens jamais. Si j'avais blessé M. Jules, je l'aurais dit sans attendre qu'on me le demandât. »

L'honnête indignation de Biaise parut faire impression sur M. de Trénilly; il regarda alternativement Biaise et Anfry, et s'en alla en se disant à mi-voix :

« C'est singulier ! Il a l'air franc et honnête; mais pourquoi Jules aurait-il fait ce conte, et pourquoi Michel l'aurait-il soutenu?... C'est ce que je vais tâcher de me faire expliquer »

Quand il fut parti, Anfry rentra avec Biaise et lui répéta la défense d'aller au château sans nécessité.

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