LA LIBERTÉ EXPORTEE EN ITALIE
Au fond de son tombeau, recouchons cette morte, Et donnons au Saint-Père une clef de la porte ; Le bonhomme sera si content qu'il oindra Le Diable, l'Empereur et tout ce qu'on voudra. Occupons! occupons! n'est-il pas juste, en somme, Quand Eome est à Paris, que Paris soit à Rome ?
Et ces soldats français qu'on voyait autrefois Chanter la Marseillaise aux oreilles des rois, Du nord au sud allant briser le joug antique, Et mourir en criant : Vive la République ! Que l'Europe voyait comme un éclair passer... Ils allaient à la gloire, ils vont se confesser ; Soldats-bedeaux, on voit leur drapeau catholique S'incliner en passant devant une relique ; Ils défendent au nom d'un mensonge de foi L'ombre d'un pape auprès d'un fantôme de roi ! Aux ordres de Mérode et du Sacré- Collège, Ces Français ne sont plus que Suisses du Saint-Siège ,
Je dis suisses d'église et montant gravement
La garde, autour d'un prêtre et d'un sain t-sacr émeut.
Et tu vois tout cela, France, et tu laisses faire !
Et Cavour temporise et Ratazzi diffère,
Et Pallavicini prend au piège un héros,
Et Guéroult parle au Rhin du ton de Despréaux,
Et Drouyn voit tomber, sans que son œil se mouille,
L'Empereur en enfance et l'Empire en quenouille,
Et Forey promenant les aigles sur les eaux
Espère leur trouver des Astèques nouveaux !
La tyrannie est ivre et fait mille folies,
Elle imagine enfin des choses si jolies
Que Persigny lui-même a failli se fâcher !
Et toi, France, tu vois tout cela sans broncher ;
Tu regardes passer, sur la terre et sur l'onde,
La Saint-Barthélémy des libertés du monde,
Et parais ignorer ce qui se fait là-haut,
Comme un factionnaire au pied d'un échafaud !