‹ Pauvre FranceChapitre 14 sur 16 · L'IMPOT DU SANG SOUS L'EMPIRE · texte numérisé non relu

L'IMPOT DU SANG SOUS L'EMPIRE

Ce que coûte un empire, on le sait aujourd'hui, Car un prince, et surtout un prince comme Lui, Ce n'est pas seulement le vol et la curée, Et la bourse du riche et du pauvre éventrée ; C'est la veine du peuple ouverte, c'est le sang De la France, que boit un vampire puissant ;

Il a soif en Crimée , il a soif au Mexique

De sang européen, ou bien de sang cacique :

Il lui faut de la gloire, il lui faut des lauriers,

Cyprès de la victoire éclos sur des charniers !

Heureux, quand le régal césarien s'apprête,

S'il ne fallait, par jour, à l'ogre qu'une tête!

Mais il tue au dedans, comme il tue au dehors,

Un peu partout; il faut pour remplir jusqu'aux bords

Cette coupe sanglante où s'abreuve sa lèvre,

A Lyon la famine, à Vera-Cruz la fièvre,

A Paris la misère, et la grève à Rouen ;

Il faut la mort des deux côtés de l'Océan,

Les cimetières pleins, les casemates pleines,

Il faut l'Afrique, il faut Mazas, il faut Cayennes.

Le cadavre d'un monde alimente un seul corps,

Un prince monstrueux vit de toutes ces morts.

PARALLELE

PARALLELE, 83

PARALLELE

Je ne sais pas pourquoi Jud fuit au fond des bois :

Il ne doit pas déplaire à Napoléon-trois ;

Il est disciple, il est compère, il est complice :

L'un a tué le juge, et l'autre, la justice ;

On peut s'entendre ; au Prince il tient par un côté,

C'est un rameau sanglant de l'arbre ensanglanté ;

Il est de la famille et de la dynastie ;

Tous deux ont travaillé dans la même partie ;

Ils sont tous deux voleurs et meurtriers tous deux ;

L'un n'est qu'un empereur, et l'autre n'est qu'un gueux.

Si le sort a voulu que l'un poursuivît l'autre,

Le jugement du sort ne sera pas le nôtre.

Pauvre Justice humaine, hélas ! après Platon,

Après Socrate, après Jésus, après Caton,

Après les saints qu'on tue et ceux qu'on déifie,

Après tous les martyrs de la philosophie,

Malgré tant de science et malgré tant d'amour,

Tu n'en sais donc pas plus encor qu'au premier jour!

Ta sagesse est folie, et ton savoir est doute,

Et tu vas devant toi, sotte, n'y voyant goutte,

Sinistre vagabonde, étendant tes deux mains

A tâtons, dans la nuit qui couvre tes chemins ;

T'en reposant toujours sur un dieu d'aventure,

Et sur un supplément de justice future ;

N'ayant pas même l'air de soupçonner ceci :

Qu'un César couronné n'est qu'un Jud réussi;

En face du succès laissant tomber ton glaive,

Conduisant Bonaparte au trône, et Jud en grève.

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