PREFACE. XVII
de têtes ne sont rien, que des innocents, à côté des étouffeurs de consciences ! Voilà pourquoi surtout je déteste l'empire, voilà pourquoi il importe qu'il ne dure pas ; voilà pourquoi, moi chétif, j'ai résolu de crier bien haut, et d'appeler bien fort, et d'écrire tous les jours; ce que faisant, je ne fais que mon devoir. La maison brûle, et je crie : Au feu! Voilà tout; la France se débat sous l'étreinte de son ennemi, et je crie : Au secours! Un Bonaparte est entré la nuit dans nos murs, avec sa bande armée; déjà il fait grand jour, et il y est encore, et je crie : Aux armes! Ce petit livre est une œuvre de combat, bien plus qu'une œuvre d'art; c'est un travail de siège, une machine de guerre; ma poétique est une balistique, et mon vers est chargé jusqu'à la gueule, et je fais feu, à mes risques et périls; chaque rime est un cri de rage ; chaque hémistiche, un cri de détresse.
Il ne faut donc pas me demander autre chose que ce que j'ai voulu donner. Le moment est solennel, le sort de l'Europe se joue