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CULTE

A côté du gouvernement et de l’adminislration ci-

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vile , se place la religion dominante du royaume , qui mérite aussi notre attention à cause de l’influence importante qu’elle exerce sur la condition du peuple. Le bouddhisme est le culte presque universel de tous les pays situés entre le Bengale et la Cochinchine, et, chose bien digne de remarque, jamais aucune nation de cette croyance n’a atteint un haut rang dans les arts ou les armes, ni produit d’individus qui se soient fait connaître au monde comme législateurs, écrivains, guerriers ou fondateurs de sectes nouvelles. Le bouddhisme de rinde paraît être le même que celui de Ceylan, d’où on le croit venu ; mais il diffère matériellement de celui de la Tartarie, de l’Hindoustan, de l’Annam, de la Chine et du Japon. Son principal dogme est partout la métempsycose ou la transmigration des âmes. Il enseigne que toute la nature est non-seulement animée mais sensible, et que, par conséquent, en tranchant les branches d’un arbre, on amène dans la vie générale la même perturbation que dans le corps humain par l’amputation d’un membre.

Les bouddhistes croient que le monde matériel aussi bien que le monde spirituel a existé de toute éternité, et qu’il est destiné à subsister éternellement. Toutes les âmes sont de la même nature, qu’elles habitent l’enveloppe corporelle d’un homme, d’une bête ou d’un végétal. Leur condamnation à cet accouplement avec la matière est leur peine et leur destin, la plus haute félicité consistant à n’être accouplé à rien et à demeurer dans un état de repos complet. Ils supposent qu’après avoir accompli un nombre sufîisant de transmigrations et fait preuve des vertus obligatoires dans chaque état, les âmes des bons sont accueillies dans une succession de cieux et admises à la ün à cet

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état de perfection dans lequel il n’est plus de naissance ni de mort , et où elles sont affranchies des soucis et des passions qui incombent à toutes les autres conditions de l’existence. Ce repos reçoit ordinairement le nom de yVi-ri-pan, corruption probalile du mot pâli qui signifie « tout fini » ou « extinction de tout. » D’un autre côté, malgré leur croyance à plusieurs régions de châtiments en dehors de ce monde, Tenfer, qui constitue l’éternel tourment des méchants, consiste à souffrir une suite infinie de transmigrations sans possibilité d’arriver jamais au Ni-ri-pan.

Les Siamois ne sauraient comprendre nos notions abstraites d'une âme immortelle et immatérielle. Ils prêtent à toutes les âmes la forme humaine, et leur donnent une organisation matérielle , organisation assez subtile néanmoins pour se dérober à la vue et au toucher. En un mot, leur plus haute idée de l’esprit séparé de la matière, semble correspondre à peu près à l’idée que se faisaient les Grecs et les Romains des mânes et des ombres, et ces ombres sont l’objet de leur culte.

Bouddah paraît être le terme générique d’incarnation divine ; mais il est probable que ce fut jadis un nom propre. Il y a eu quatre Bouddah dans ce monde, dont le dernier, Gaudama, qui jouit d’une grande vénération, doit être, dans quelques milliers d’années, remplacé par un autre appelé Arimadayeh. Ce Gaudama était le fils d’un roi et avait vécu sous une foule innombrable de formes dans lesquelles il avait atteint un mérite immense avant sa dernière naissance. A sa mort, qui eut lieu il y a 4,000 ans, il voulut que son image et ses reliques fussent adorées, et que des temples fussent élevés à sa mémoire jusqu’à l’apparition

d’un autre Bouddah. Puis il entra dans l’éternel repos.

Les Siamois regardent toute prospérité comme la récompense de quelque vertu antérieure, et toute adversité comme la punition de quelque péché. Aussi, une grande partie de la vénération qui s’attache à la personne du roi , vient de la présomption que le fait seul de sa haute position est une preuve irréfragable du mérite supérieur acquis par son âme dans ses précédentes conditions d’existence , et dénote un état fort avancé de migration vers le Ni-ri-pan. Toutefois ils ne croient pas à un Juge Suprême qui estime ce plus ou moins de mérite et y applique la récompense qui lui correspond : cela dérive, selon eux, tout simplement d’une suite naturelle de causes et d’effets.

Les principes fondamentaux du bouddhisme impliquent théoriquement l’horreur du sang versé. Il ne paraît pas cependant que cette particularité ait beaucoup contribué à élever et à humaniser le caractère de ses sectateurs, et il est bon de remarquer que l’his • toiredes Gingalais, des Birmans, des Pégouans abonde en actes de cruautés ; en un mot, il n’est pas de pays en Asie où l’on fasse si bon marché de la vie humaine. Ceci, de prime abord, peut sembler inexplicable; mais à considérer la chose de plus près, on n’y trouve qu’un exemple frappant de ce principe que l’excès théorique du droit teud toujours , dans la pratique , à faire confondre le bien et le mal. Tuer un homme est un péché selon la foi de Bouddah, mais écraser un insecte ou tuer un reptile venimeux est également commettre un meurtre ; bien plus , dépouiller les champs de leur mer d’épis, c’est commettre des milliers de meurtres à chaque instant de la moisson. L’obéissance stricte et uniforme à cette loi étant im-

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possible à rhomme dans le cours ordinaire des choses de la vie , la désobéissance devient toute naturelle. Nous allons voir, en étudiant les coutumes et les mœurs de la caste sacerdotale , le moyen de tourner la difficulté, et d’éviter les conséquences de la transgression de la loi.

Les prêtres du Siam s’appellent talapoins ; chaque talapoin doit vouer une partie quelconque de son existence au ministère sacré ; l’âge où d’ordinaire on se consacre au sacerdoce est celui de quatorze ans. Ils vivent ensemble dans des établissements qu’on pourrait appeler des couvents ou des monastères, et qui consistent en une ou deux rangées d’habitations isolées, circonscrites dans l’enceinte d’un temple. L’établissement tout entier s’appelle un ouata et peut renfermer de dix à cent prêtres et au-dessus. Il n’y a pas d’institutions monastiques affectées aux femmes ; mais les vieilles femmes obtiennent la permission de se retirer dans les ouatas , où une rangée de logements leur est dévolue. Ces recluses sont habillées de blanc et elles remplissent certaines fonctions subalternes dans l’établissement.

A leur début dans le sacerdoce, les talapoins sont appelés Nens ou novices ; ils acquièrent ensuite des rangs plus élevés suivant leur mérite et leur ancienneté. Avec chaque prêtre plus âgé sont logés un, deux ou trois nens qui le suppléent dans les cérémonies ordinaires du culte , et il est de ces nens qui vieillissent dans cette condition sans renoncer au sacerdoce ou sans y entrer plus avant. Chaque couvent est sous la direction d’un supérieur qu’on pourrait appeler abbé ; les plus considérables sont placés sous l’autorité d’un dignitaire dont l’office correspond à celui de

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prieur. Au-dessus de tout ce personnel religieux est le San-Kratou grand-prèlre, qui tient sa nomination du roi et demeure toujours dans le palais. Ce haut personnage jouit des honneurs les plus grands, et aucun talapoin ne peut être ordonné sans une licence de lui ; mais en dehors de ce privilège il n’a aucune autorité temporelle ou spirituelle. Il faut, du reste, remarquer qu’il n’existe aucun système organisé de hiérarchie et de discipline en Siam, parmi les prêtres de Gaudama, si ce n’est le respect que doit tout talapoin au supérieur de son couvent. Ils deviendraient un corps trop puissant pour un gouvernement despotique , s’ils étaient organisés de manière à former une unité de conseil et d’action.

L’esprit de l’institution est de vivre d’aumônes, de se garder des péchés des laïques et de faire des expiations en faveur des transmigrations de ceux qui leur font la charité. Ils ne mangent point eu commun , et celui qui reçoit n’est pas forcé de partager le don avec un frère ; mais ils sont hospitaliers pour les étrangers, et chacun d’eux entretient deux lits à côté du sien pour recevoir les voyageurs. Avl lieu d’aller à moitié nus, comme les laïques de tons les rangs et de toutes les conditions, les talapoins sont toujours amplement et décemment vêtus de robes jaunes de soie ou de coton, à la manière des prêtres bouddhistes d’Ava et de Ceylan. La tête nue et rasée est abritée sous un petit écran qu’ils tiennent à la main. La bourse destinée à recevoir les aumônes, est un bassin de fer recouvert de drap rouge et accroché sur l’épaule gauche ; une heure est désignée avant le déjeùner pour aller faire la quête sacerdotale. Le prêtre se présente à chaque porte et attend quelques minutes. Il ne peut recevoir

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autre chose que des aliments tout préparés ou des vêtements, et il ne doit pas condescendre à remercier le donateur. S’il ne reçoit rien , il continue sa route en silence ; mais le cas se présente rarement.

Haranguer le peuple, consacrer des idoles, assister aux funérailles et autres cérémonies, tels sont les devoirs les plus ordinaires des talapoins, devoirs pour lesquels ils reçoivent généralement un salaire en argent de ceux qui réclament leurs services. Il en est beaucoup d’entre eux qui s’enrichissent de la sorte. Ils sont entourés de la plus haute vénération, et ils se déchargent de tout travail corporel sur les officiers séculiers et les novices appartenant aux ouatas. Tous les séculiers, quel que soit leur rang, leur doivent obéissance. Quant à eux , ils ne rendent jamais le salut; les parents même doivent s’incliner devant leurs enfants qui embrassent la carrière sacerdotale.

Le bras séculier ne saurait atteindre le talapoin coupable avant qu’il ait été dégradé. Ils sont exempts de toute espèce d’impôt, spécialement de la conscription, le plus lourd de tous. Néanmoins, la monotonie de leur vie, la porte de la société de leurs parents et de leurs amis, un célibat rigide et l’éloignement de toute occupation temporelle , font bientôt apercevoir le haut prix dont sont payés ces honneurs et ces immunités. Aussi l’immense majorité de ces hommes rentrent au sein de la société au bout de quelques années ou même de quelques mois, ce que du reste chacun peut faire sans encourir de reproches. Quant aux prêtres plus âgés qui persistent, ce sont presque exclusivement des hommes à qui les déceptions du monde ont fait prendre une seconde fois les habits sacerdotaux et qui ont perdu ainsi le droit de les quitter.

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La casle sacerdotale siamoise est sans puissance pour modérer ou balancer le despotisme du souverain ; au contraire, elle tend plutôt à l’asseoir et à le soutenir. Le roi est le chef réel de la religion nationale, les talapoins n’ayant ni dotation ni rang indépendants de sa volonté. Ils ne sont point un ordre héréditaire, ce qui les unirait les uns aux autres en les rendant jaloux des intérêts de leur corps ; ils n’ont rien non plus qui les rattache aux intérêts du peuple : de sorte qu’ils sont , pour la plupart , disposés à user de leur pouvoir spirituel pour rendre de plus en plus passive l’obéissance aux volontés du monarque et de plus en plus forte son autorité despotique.

Les bouddhistes du Siam admettent sans conteste dans leur sein les prosélytes de tous rangs et de toutes nations, ils placent môme un certain amour-propre à faire des conversions. Mais ils n’ont pas assez de zèle pour poursuivre sérieusement cette tâche, encore bien moins sont-ils disposés à persécuter qui que ce soit pour ses opinions religieuses. Leur code moral se résume en cinq préceptes négatifs :

1» Ne tue pas. — Ceci s’étend aux animaux, aux plantes et aux semences, et réduit les dévots à se nourrir de fruits , lesquels sont considérés comme n’ayant pas de vie, mais comme étant le produit de la plante vivante dont ils peuvent être détachés sans douleur lorsqu’ils sont mûrs. Cependant il n’en faut manger ni les noyaux ni les pépins. Rompre une branche d'un arbre vivant serait blesser l’âme qu’il renferme ; ce qui n’empêche personne de se servir de bois pour tous les besoins ordinaires. De même aussi les talapoins ne se font pas scrupule de manger de la viande, ne s’inquiétant pas qui a commis le meurtre.

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Faire une incision d’où le sang puisse couler est jugé péché plus grand que de tuer sans verser le sang.

2® Ne vole pas.

3® Ne COMMETS PAS d’impuretés. — Le célibat est la seule condition sainte.

4» Ne MENS PAS. — La loi civile prête son appui à ce précepte en livrant le menteur aux mains de la personne trompée pour recevoir la bastonnade. Et cependant la fraude est à l’ordre du Jour.

5“ Ne bois pas de liqueurs qui enivre. — ■ Ce précepte défend non-seulement l’ivresse, mais l’usage même le plus modéré de toute boisson qui, prise à l’excès, pourrait causer l’ivresse.

La désobéissance à un des commandements est considérée comme un péché chez les laïques aussi bien que chez les prêtres. Mais l’affaire des séculiers c’est de pécher, et celle des taîapoins est non-seulement de se saiictiiier eux-mêmes , mais par leur sainteté d’expier les péchés du peuple. Les prêtres ne se font pas scrupule de faire pécher autrui chaque fois que le péché peut leur être profitable. Ils ne font pas bouillir de riz parce que le riz est une semence et que l’ébullition la ferait périr ; mais ils le font préparer par les novices et les séculiers , et le mangent ensuite sans remords. Quant aux laïques , forcément ils pèchent continuellement , et le moyen de racheter leurs péchés, c’est d’entretenir de nourriture et d’habits les taîapoins, qui maintiennent pour eux l'état de grâce.

Les Siamois s’étonnent que les chrétiens appellent chacun indistinctement à la vertu ; cette égalité serait impossible d’après leur code, et quand on leur apprend en quoi consiste la sainteté chrétienne, ils en concluent que tous les chrétiens sont des caliat (gens, dont

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le rôle est de pécher) et qu’il n’y a que leurs talapoins de creeng (saints).

Outre les cinq prétextes généraux de morale obligatoire pour tous , il y a pour les talapoins un code spécial. Ce code leur défend de manger après midi, de fréquenter les réunions publiques, d’écouter la musique, de se parfumer ou de porter des bijoux, de dormir ou de se coucher sur un lit haut de plus d’une coudée , d’emprunter ou de faire des dettes, de regarder quoi que ce soit quand ils passent dans les rues, de toucher de l’or ou de l’argent (1) , de garder des aliments la nuit plutôt que de les donner aux animaux, de creuser la terre, de s’immiscer dans les affaires de l’Etat, d’élever la voix en riant , de faire du bruit en marchant, d’injurier, de calomnier ou menacer, de tousser pour appeler l’attention , d’étendre les jambes quand ils s’asseyent, et une foule d’autres actes semblables montant à cent quarante-quatre, dans lesquels la morale et le cérémonial sont mêlés sans distinction, comme dans ceux qui précèdent.

Les ouatas sont bâtis dans les sites les plus élevés, et beaucoup d’entre eux couvrent une grande étendue de terrain. Ils renferment toujours un temple avec les images de Gaudama, une large enceinte, une ou plusieurs flèches , une bibliothèque et le logement des talapoins. En général, le style des édifices est toujours plus ou moins chinois, avec une certaine tournure d’architecture égyptienne, surtout dans la coupe des fenêtres et des portes. Les Birmans élèvent des pagodes et des monastères énormes, tandis que les

(1) Ils amassent souvent des fortunes considérables ; mais ils se servent de leurs serviteurs séculiers pour encaisser l’argent qu’ils reçoivent.

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temples proprement dits sont comparativement petits et insignifiants. Les Siamois, au contraire, bâtissent des pagodes insignifiantes et de petites maisons pour les prêtres, et ils réservent leurs richesses et leurs efforts pour l’érection de temples immenses.

Ces édifices sont ornés , suivant le goût siamois, de piliers, de dorures, de peintures historiques et de clinquant chinois. La plupart sont en briques , extérieurement recouvertes de plâtre et surchargées à l’intérieur de grotesques mosaïques faites avec des coupes, des assiettes et des plats de porcelaine de Chine , ou autre, de toute grandeur et de toute couleur, entiers ou en fragments, incrustés dans le plâtre de manière à former des fleurs ou des figures. Mais l’important du travail et de la dépense est consacré aux pignons , aux corniches, aux portes, aux fenêtres et à la voûte du toit. Tout cela est en bois sculpté, peint, verni et doré. Les temples consistent ou en une salle centrale spacieuse renfermant une statue gigantesque de Bouddah entourée de milliers d’autres plus petites, ou bien en une salle centrale qui renferme l’image principale et autour de laquelle sont groupés de nombreuses pièces destinées à recevoir toutes les statues que fabrique la dévotion populaire. Le principal ouata de Bankok, cité d’ailleurs pour son architecture merveilleuse, en renferme, dit-on, quatorze ou quinze cents de toutes les tailles, depuis deux centimètres jusqu’à dix mètres, et il paraît que le nombre en croît si rapidement que les prêtres sont obligés , de temps en temps, d’en détruire une grande quantité.

Tous les établissements religieux semblent ne pouvoir se passer d’un ou plusieurs pra-cha-dis ou flèches sacrées. Ce sont de solides massifs de maçonnerie,

larges de 4 à 5 mètres carrés à la base , mais sans aucune espèce d’ouverture. Ces édifices ne sont point un objet de vénération, ni un lieu affecté au culte ; on suppose que, dans l’origine, ils servaient de tombeaux. Le pra-clia-di du principal temple de Bankok a environ 75 mètres de haut ; il est d’une forme élégante et légère.

La bibliothèque de cet établissement est aussi riche que possible en ornements sculptés, dorés et peints en vermillon brillant. Au centre est une sorte de tabernacle ou de sanctuaire surmonté d’une flèche ; c’est là que sont déposés les volumes sacrés au nombre d’une cinquantaine. Gomme tous les autres livres bali de ce pays , ils consistent en de longues et étroites bandes de feuilles de palmier enfilées par chaque bout à une corde. Les tranches en sont richement dorées et le tout présente même un aspect coquet.

Dans chaque ouata , les habitations des talapoins occupent la partie la plus reculée , et l’établissement entier est entouré de murs de briques ou de palissades de bambous. Quoique peut-être aussi coûteuses que les temples hindous et rnahométans de l’Indo, ces constructions siamoises leur sont fort inférieures en majesté et peu faites pour inspirer des sentiments de respect et d’élévation à des esprits européens. Ceci s’explique facilement par la nature périssable des principaux malériaux de l’édifice , par le caractère d’emprunt des ornements, et surîout par l’absence de toute idée d’antiquité. Les terrains d’alluvion qu’arrose le Ménam n’offrent pas de matériaux de construction durables, de sorte que les sommes, qui eussent été dépensées en matériaux solides, sont gaspillées en embellissements temporaires. D’ailleurs , le sys-

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tème sur lequel repose la société ne fournit aucun prétexte à des constructions moaumentales de longue durée. Chaque ouata est bâti dans des. vues personnelles de piété ou de vanité et la nature du gouvernement empêche le fondateur de léguer des fonds qui répondent de son entretien. Aussi un grand nombre des splendides édifices décrits par les auteurs français vers la fin du xvii® siècle , sont maintenant oubliés et en ruine.

Les fidèles qui fréquentent les temples les jours de fête sont des deux sexes et de tous âges : la majeure partie sont des Siamois, mais il y. en a aussi bon nombre de race chinoise et d’autres des rovaumes voisins du Laos, du Pégou, de la Gochinchine et du Gambodje. C’est en vain qif on cherche là le décorum qui convient à un culte religieux, il n'y existe autre chose que cette espèce de terreur rampante qui caractérise les audiences du monarque terrestre. Le peuple est bruyant et léger, tantôt se prosternant devant les idoles , tantôt chantant quelque refrain monotone , tantôt encore s’amusant à de niaises bouffonneries. Vous verrez un homme allumer froidement son cigare à une torche immense,' pieuse offrande à la divinité ; un autre , tranquillement assis devant une image , jouera du flageolet au milieu de personnes accomplissant leurs dévotions au même autel. Pas de prêtre qui officie ; mais seulement quelques dévots allant présenter des offrandes aux idoles et les inonder de parfums. Ces offrandes consis'tent en torches odoriférantes tout allumées, en fleurs, en pièces de drap la plupart du temps de couleur Jaune, et en guirlandes de fleurs artificielles. C’est en cela principalement, sinon exclusivement, que paraissent consister. les de-

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voirs des croyants. Les femmes , mêlées à la foule, sans voile, sans contrainte, sont en général bien plus assidues et plus ferventes que les hommes.

Une des plus grandes charités qui se pratiquent dans les fêtes solennelles religieuses, c’est la mise en liberté de quelques animaux de peu de valeur achetés à cet effet.

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