‹ Pays d'extrême orientChapitre 8 sur 61 · ARTS. — DIVISIONS DU TEMPS. — MONNAIES · texte numérisé non relu

ARTS. — DIVISIONS DU TEMPS. — MONNAIES

Il serait déraisonnable de s’attendre à rencontrer de l’adresse ou de l’industrie chez un peuple forcé de livrer un tiers du travail de sa vie au service d’un gouvernement oppressif. 11 n’est donc pas étonnant que

(1) Le seigneur Sama, c’est-à-dire le Pluton hindou.

PAYS d’extrême orient.

les Siamois n’aient fait que très peu de progrès clans les arts utiles. D’ailleurs, dès qu’un homme a atteint une certaine dose d’habilité mécanique, il est aussitôt accaparé par le roi ou l’un de ses courtisans, et est obligé de travailler en se contentant des gages que Sa Majesté veut bien lui octroyer. Il est par conséquent très difbcile à un particulier de se procurer les ouvriers, même les plus ordinaires, et ceux qu’on trouve, en petit nombre, sont des étrangers. Même pour la fabrication des bijoux, industrie qu’on rencontre souvent à un haut état de perfection chez des peuples très grossiers, les Siamois sont très peu avancés. La seule exception qu’on puisse citer à trait à certains vases d’or et d’argent qui se font dans le palais, invariablement sur le même modèle depuis au moins cent cinquante ans, et dans la fabrication desquels les ouvriers ont certainement acquis quelque dextérité. Presque tous les ustensiles de zinc et de cuivre sont apportés de la Chine ; et les Chinois résidant à Siam ont misa profit le fer et l’étain qui se trouvent abondamment dans le pays.

A présent il existe plusieurs grandes manufactures d’ustensiles de fonte dirigées toutes par des Chinois, ainsi que de nombreuses fabriques de poterie d’étain. Ces articles ont souvent une forme très-gracieuse et sont si bien polis , que l’étranger pourrait prendre la boutique d’un potier d’étain pour celle d’un orfèvre, n’était que le premier est presque toujours en même temps corroyeur. La mégisserie est un art fort répandu, non pas que le cuir soit destiné à faire des souliers, car les souliers sont chose presque inconnue des Siamois, mais on l’emploie à couvrir les matelas et les coussins. Les peaux de léopards, de tigres, etc., sont préparées avec la fourrure et exportées en Chine, ainsi qu’une grande quantité de cuirs.

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LE SIAM ET LES SIAMOIS

La poterie grossière , pour l’usage ordinaire , se fabrique dans le pays ; mais il se fait , de la Chine, d’immenses importations de porcelaines de la plus belle qualité. Les femmes seules tissent la soie et le coton, et ces tissus sont rudes et inférieurs même à ceux de Java et des Célèbes. L’art de la teinture est tout aussi arriéré, et l’impression sur étoffe est inconnue. La couleilerie et les outils sont ce qu’il y a de plus grossier ; sous ce rapport, ainsi que pour les armes à feu, les Siamois sont tributaires du commerce européen.

En fait d’architecture utile , le progrès existe à peine ; même les résidences des nobles sont faites de bambous et de feuilles de palmier ; quelques maisons de la capitale sont seules en maçonnerie. Autant qu’on peut en être sur, il n'y a que deux routes importantes dans tout le royaume, et, à Bankok , les voitures à roues sont complètement inconnues. Les Siamois n’ont jamais essayé de construire une route, et en général les ouvrages d’utilité publique, tels que des puits, des citernes et des ponts de pierre brillent par leur absence ; même autour du palais les ponts ne sont que des poutres nues et grossières jetées en travers du courant.

Comme toutes les nations à moitié civilisées , ce peuple réserve tous les efforts de son génie architectural pour ses édifices religieux, et, chose remarquable, c’est que, tandis que tous les arts utiles sont laissés aux mains des étrangers, les indigènes exécutent eux-mêmes tous les ouvrages qui se rattachent à leur religion.

La statuaire est exclusivement consacrée aux sujets religieux, et elle se borne généralement à la fabrica-

PAVS d’extrême orient.

lion d’un seul modèle, la statue de Bouddah assis. Les plus belles sont de bronze ou de cuivre, et quand on en fond une grande, les dévots sont dans l’usage d’y contribuer par le don d’une quantité quelconque de métal, quel qu’il soit, qu’ils se trouvent avoir en leur possession. Si petite ou incongrue que soit l’offrande, jamais elle n’est rejetée. Les diverses parties de la statue sont fondues séparément, et le tout est habillement réuni et somptueusement doré. La plupart des idoles, cependant, sont faites déplâtré, de résine, d'huile et de crin , mélange qu’on recouvre ensuite d’une couche épaisse de vernis et de dorure. L’un des derniers rois, qui était dans son genre un très-dévot personnage, dorait, dit-on, tous les jours une statue de ses royales mains et la présentait à quelque temple.

Les Siamois ont fait, paraît-il, d’immenses progrès en musique, art qu’ils aiment passionnément. La plupart de leurs mélodies sont empreintes d’un caractère vif et gai, et ont beaucoup de ressemblance avec certains vieux airs de nos campagnes. Un orchestre siamois complet comporte dix instruments dont plusieurs sont sans aucune espèce d’analogie avec les nôtres.

Voici quelles sont les principales divisions du temps. On compte douze veilles du lever au coucher du soleil et quatre du coucher au lever. Le chronomètre est une coupe do cuivre percée d’un petit trou et placée sur un bol plein d’eau où elle enfonce à l’expiration de chaque veille. La semaine siamoise est de sept jours ; les mois en ont vingt-neuf et trente alternativement, et l’année comporte douze mois ou trois cent cinquante-quatre jours. Tous les trois ans on intercale un mois supplémentaire de trente jours. Les mois se divisent en moitié de lumière et moitié de

LE SiA.M £T LES SIAMOIS,

ténèbres, l’année commençant avec le premier quartier de la lune en décembre.

Les plus grandes divisions de temps sont les cycles, dont le plus long est de soixante ans et le plus court de douze ans ; on les distingue par les noms de différents animaux. On compte deux ères ou époques : l’ère sacrée, qui date de la mort de Gaudama et dont on se sert en matière religieuse, et l’ère vulgaire, qui, dit-on, commence à l’introduction du Bouddhisme et correspond à l’an 638 de Jésus-Christ. C’est cette dernière qui est en usage dans les affaires civiles de haute importance ; mais il suffit, dans les occasions ordinaires, de désigner l’année du plus petit cycle. Ainsi, une lettre écrite le 26 mai 1822, était ainsi datée : « Angkham (mardi), 7® mois, 8® jour de la moitié brillante de la lune, année du Cheval. »

La monnaie courante consiste en cauris et en monnaie d’argent ; on n’emploie à cet usage ni l’or ni le cuivre. 11 faut deux cents cauris pour la plus petite pièce d’argent, et il y a trois subdivisions entre celte dernière et le tical, qui vaut environ 3 fr. 10 c. Il existe deux autres dénominations plus élevées, — le cattie, qui vaut 250 fr., et le picul, qui en vaut 2,500.

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