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MOEURS ET COUTUMES

Ce qui , par-dessus tout , surprend et dégoûte le voyageur européen en Siam, c’est l’extrême servilité des mœurs de ses habitants. Est-il invité chez un grand personnage , chez un ministre royal du quatrième ou du cinquième rang, il le trouve assis les

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jambes croisées sur une natte ou un tapis au bout de l’appartement, et ceux qui ont le privilège de s’asseoir en sa présence , placés à distance respectueuse, selon leur rang, tandis que les serviteurs demeurent prosternés à genoux et appuyés sur leurs coudes. Le maître leur adresse -t-il la parole , ils lèvent un peu la tête en se couvrant la face de leurs mains et, sans oser lever les yeux , ils répondent à voix extrêmement basse. S’ils reçoivent l’ordre d’apporter des rafraîchissements , ils rampent sur leurs coudes et leurs orteils, poussent les plats devant eux comme ils peuvent. Enfin, marcher à quatre pattes est, en toute circonstance, le cérémonial du Siam. Le premier ministre rampe en présence de son souverain ; le secrétaire, avec son papier noir et son crayon, rampe devant le premier ministre ; le messager rampe devant le secrétaire, et les domestiques rampent devant le messager. Les Asiatiques ressemblent à une nation de crabes, d’autant plus qu’ils rampent également bien en avant et en arrière, ayant soin de toujours se tenir la tête tournée du côté du seigneur suzerain du moment.

Le caractère sacré attaché à la tête d’un homme et l’idée de dégradation qui s’associe à une position d’infériorité physique, frappent l’observateur à chaque pas. Tenir une chose au-dessus de sa tête c’est faire de cette chose le plus grand cas ; et c’est ordinairement ce qui se pratique quand on reçoit un présent. De même , porter la main à la tête pour saluer, c’est mettre la personne saluée au-dessus de soi ; et chaque fois qu’un Siamois passe devant un supérieur, il faut qu’il se courbe et qu’en même temps il élève les mains. De là l’horreur qu’éprouve tout individu à en

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laisser un autre passer littéralement au-dessus de sa tête, préjugé en conséquence duquel on ne bâtit pas d’habitations avec des étages.

Pendant que M. Crawfort était à Bankok, Sa Majesté le roi de Siam ordonna, suivant l’usage, à l'un des ministres de ses plaisirs, de donner un repas à l’européenne dans la maison où était logée l’ambassade anglaise et de fàire lui-même les honneurs de la fête. Mais cette maison, qui avait été bâtie pour servir de magasin , avait au-dessus de son rez-de-chaussée un étage auquel on n’arrivait que par un mauvais escalier et une trappe. Cette circonstance jetait le ministre dans une terrible perplexité, car c’était au premier que devait être donné le banquet. Heureusement on finit par tourner la difficulté en plaçant une échelle contre le mur de la maison, et ce fut par là que son excellence, douée d’un embonpoint fort gênant pour une semblable expédition, effectua son ascension et arriva saine et sauve à l’heure dite.

Les scrupules des Siamois pour ôter la vie aux animaux ne les empêchent pas d’en manger la chair du moment qu’ils sont tués par d’autres ; et souvent au marché ils achètent du poisson ou des volailles sous la condition que ces animaux seront tués avant d’être livrés. Les Chinois n’ont là-dessus aucune espèce de préjugé et non-seulement ils tuent pour les Siamois, mais encore beaucoup plus abondamment pour euxmêmes. La nourriture des Siamois est excessivement grossière : le porc est leur mets favori, mais souvent aussi ils se donnent la jouissance de manger des chats, des chiens, des rats et des lézards. En somme, les antiques distinctions juives en choses propres et en choses immondes ne font aucunement partie de leur

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croyance. Un Chinois dépense plus à sa table en une semaine qu’un Siamois en deux ou trois mois, et sa supériorité industrielle le met à même de le faire sans obérer sa bourse.

Le mariage à Siam, comme chez presque toutes les nations orientales, est une cérémonie purement civile accompagnée de musique, de danses et de festins. Les femmes ne sont pas renfermées ni rigoureusement exclues de la société des étrangers de l’autre sexe ; elles n’ont cependant rien de dissolu dans leurs mœurs et elles sont à cet égard bien supérieures aux femmes du Pégou et de la Gochinchine. La polygamie, bien que sanctionnée par la loi, n’est guère en usage que chez les classes aisées. Les épouses du monarque sont souvent nombreuses ; l’un des derniers rois en avait, dit-on , trois cents outre la reine. Quel que soit leur nombre ou leur rang , elles sont toutes sous le contrôle de celle-ci, et leurs enfants ne se servent du mot « mère, » que vis-à-vis de la reine seule.

Dans les conditions plus humbles de la vie, l’entretien de la famille pèse presque exclusivement sur les femmes. Ce sont les femmes qui labourent, qui sèment, qui hersent, qui roulent et qui tissent, mais elles ne paraissent être soumises à aucun mauvais traitement. Au contraire , par cela même qu’elles ont invariablement le maniement de l’argent, elles prennent dans le ménage une position très influente.

Gomme l’emploi des éléphants et des palanquins est, dans la partie basse du pays, interdit à tous autres qu’aux grands ofîiciers de la couronne , les balons ou bateaux, qui servent presque exclusivement d^moyen de locomotion, ont une importance assez considérable. La rivière sert à la fois de grande route, de bourse, de

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marché et de lieu de promenade ; elle est incessamment sillonnée dans tous les sens par d’innombrables barques de toutes les dimensions. Les plus grandes sont à la fois bateau, boutique et habitation ; les plus petites sont à peine grandes comme un cercueil. Des détaillants et des revendeurs de toute sorte vaquent de tous les côtés et crient leur marchandise comme dans les rues d’une ville d’Europe, tandis que «des enfants de cinq ou six ans vont à droite et à gauche dans de petits bateaux qui ne sont guère plus grands qu’eux et dont les bords sont presque à fleur d’eau. Naturellement, il arrive souvent de la confusion, mais il est intéressant de voir combien un peu de bonne humeur prévient les embarras et le danger. Personne ne songe à se fâcher d’avoir chaviré : on se contente de faire sécher la barque, puis on remonte dedans et l’on continue son chemin comme si de rien n’était. 11 est bien entendu que toute la population , hommes, femmes et enfants, nagent aussi aisément que l’on marche et n’ont jamais peur de se noyer.

Ces bateaux, quelle que soit leur taille, sont creusés dans un seul tronc d’arbre, de sorte que dans les plus grands on ne peut jamais s’asseoir plus de deux de front, bien qu’ils aient souvent dix à douze mètres de long. Les balons royaux, dont on se sert dans les grandes occasions, 'ont de dix-huit à vingt-quatre mètres de long et à peu près un mètre vingt centimètres de large. ^ Aux bouts sont adaptées une proue et une poupe fort élevées, tandis que le milieu du bateau n’a pas plus de deux pieds de bord. Ces barques sont ornées d’une foule de sculptures et de dorures, et au centre est un dais drapé de rideaux de soie qui ne peut couvrir qu’une ou deux personnes. Le reste do l’em-

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barcation est entièrement occupé par les rameurs, au nombre souvent de trente ou quarante. Un témoin oculaire raconte ainsi la procession aquatique d’une ambassade cochinchinoise à Siam :

« Une semaine environ après l’arrivée de l’ambassadeur à Pak-Nam, ville située à l’embouchure de la rivière, les préparatifs pour l’amener dans la capitale furent organisés par le gouvernement siamois. Nous eûmes donc l’occasion de voir ces barques royales qui excitèrent à un si haut point l’admiration de M. de Chaumont, il y a près de deux siècles, et dont le modèle semble avoir peu varié depuis. Le temps favorisait le coup-d’œil offert par le cortège. D’abord arrivèrent quatre longs bateaux montés par de nombreux rameurs en jaquettes rouges et en bonnets pointus de même couleur ; à la suite, venaient six barques magnifiquement ornées, contenant chacune quarante rameurs et pourvues de dais dorés sous lesquels étaient assis les personnages de la suite de l’ambassadeur. Au centre du cortège était une barque tapissée de tentures superbes et surmontée d’un dais de forme conique, sous lequel se tenait l’ambassadeur portant la lettre du roi de la Cochinchine. Derrière, suivaient en nombre égal des barques semblables à celles qui formaient la tête de la colonne, le tout faisant une flottille d’une vingtaine d’esquifs. La rapidité de leurs évolutions, la régularité avec laquelle les nombreux rameurs levaient et baissaient leurs avirons en cadence avec les notes aiguës d’un chant qui méritait bien le nom de barbare ; les formes grotesques des barques ; les brillantes couleurs des tentures, les dais dorés ; les costumes éclatants des hommes ; les bruyantes exclamations des spectateurs, tout cela présentait un tableau difficile à rendre.»

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Ce cérémonial, cependant, était comparativement mesquin, car, à la réception de l’ambassade française, il y avait soixante-dix ou quatre-vingts barques, portant plus de 3,000 personnes.

Quand le gouvernement de la Compagnie des Indes envoya M. Crav^ford en ambassade à la cour du roi de Siam, l’ambassadeur ne fut pas reçu avec un pareil déploiement de faste. On eût dit que Sa Majesté Siamoise avait considéré que le marquis de Hastings, gouvernant les Indes au nom de Sa Majesté Britannique, était simplement un fonctionnaire dont l’ambassadeur ne pouvait, à aucun titre, être digne du respect dû à un ministre envoyé directement par une tête couronnée. Voici, en substance, le compte-rendu de l’audience royale, tel que l’a donné un des membres de cette mission ;

« Après notre arrivée à Bankok, plusieurs jours se passèrent en négociations avec les ministres touchant le cérémonial à observer à notre présentation à la cour, la dignité européenne et l’amour-propre britannique repoussant toute idée de prosternation servile. Il fut enfin convenu que l’ambassadeur et ses principaux officiers laisseraient leurs chaussures à la porte de la salle d’audience, et qu’en paraissant devant le roi, chacun de nous ferait un salut à l’anglaise, après quoi nous prendrions les sièges qui nous seraient indiqués, et nous ferions trois salutations, en joignant les mains et en les portant au front. Ce qui surtout nous fut recommandé, c’était de replier nos jambes sous nos sièges et d’avoir grand soin que nos extrémités inférieures n’offensassent pas le regard sacré de sa Majesté.

» Le matin du jour fixé, à huit heures et demie, une barque à douze paires de rames , fournie par la

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cour, ainsi que les rameurs en uniformes rouges, prit les personnes de la mission, pour les conduire au pajais. Une autre barque portait leurs domestiques indiens, elles cipayesde l’escorte suivaient dans la chaloupe du navire. Quand nous abordâmes sous les murs du palais , nous trouvâmes un immense concours de peuple assemblé pour jouir du spectacle. Le moyen de transport qui nous était réservé au sortir du bateau , consistait en palanquins, simples hamacs en filet, pourvus d’un tapis brodé, et suspendus à deux perches soutenues par deux hommes. En entrant dans la seconde enceinte du palais, nous fûmes obligés de renvoyer notre escorte militaire et de quitter nos épées. A la troisième enceinte, nous eûmes à ôter nos chaussures et à laisser derrière nous nos domestiques indiens.

» Dans la salle d’audience, immédiatement à l’entrée, était un immense paravent chinois, qui cachait tout l’intérieur de l’appartement. Après avoir tourné autour de ce meuble, nous nous trouvâmes tout-àcoup en présence de Sa Majesté. La salle était grande, haute et bien aérée ; elle pouvait avoir quatre-vingts pieds de long, sur une largeur proportionnée. Le plafond et les murs étaient peints presque entièrement de festons de diverses couleurs. Le parquet était couvert de tapis de différentes nuances et de différents modèles. Vingt piliers de bois, magnifiquement peints, disposés en deux rangées , formaient une espèce d’avenue de la porte au trône. Celui-ci était situé au plus haut bout de la salle et entouré d’une paire de magnifiques rideaux de draps d’or , qui tenaient toute la largeur de l’appariement. Au milieu, on voyait un grand nombre d’ornements bizarres, composés cha-

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cun de séries superposées de dais et de parasols frangés d’or, décroissant en dimension et formant de riches pyramides. Quelques-uns de ces trophées avaient jusqu’à dix-sept étages.

» La salle était toute pleine de courtisans prosternés, dont chacun , depuis l’héritier présomptif jusqu’au dernier officier, avait sa place désignée selon son rang. A notre entrée, les rideaux du trône furent tirés, et à deux mètres environ derrière, nous aperçûmes une sorte de niche voûtée, élevée d’à peu près douze pieds au-dessus du sol. Une lumière douteuse, et calculée évidemment pour l’effet, l’éclairait faiblement. C’est là qu’était placé le trône, meuble étincelant de dorure et ressemblant beaucoup à une belle tribune. Le roi s’y tenait immobile comme une statue, le regard fixe, et le corps absolument posé comme les images de Bouddah. Il portait une robe de tissu d’or avec des manches ; un sceptre était à côté de lui, mais sa tête était nue, et l’on ne voyait nulle part la moindre apparence de couronne.

M Tout autour du trône étaient appendues des tentures absolument de la même étoffe que les rideaux ; mais nous ne remarquâmes aucune espèce de joyaux, de perles ou de pierres précieuses , tant sur la personne du monarque que sur celles de ses ministres. Des gens placés derrière les rideaux, agitaient au pied du trône des éventails longs et gracieux. Toute l’assemblée était prosternée, au point que les fronts louchaient presque le sol ; pas un membre ne bougeait, pas un regard n’était levé sur nous, pas un murmure n’interrompait le silence ; on eût dit un temple plein de fervents adorateurs, plutôt que la salle d’audience d’un monarque de la terre.. Nous ne pûmes, nous

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autres hommes libres , regarder une pareille scène sans un mélange d’étonnement et d’indignation.

» Peu après que nous eûmes fait nos salutations convenues, le silence fut rompu par une voix venant de derrière le rideau , et lisant la liste des présents qui avaient accompagné nos lettres de créance. Tous ceux qui avaient pu être facilement transportés , avaient été disposés à la gauche du trône ; car c’est l’usage , à Siam, de reconnaître les cadeaux par lesquels un visiteur s’est fait annoncer, que de les exposer lors de la première entrevue.

H Celte lecture achevée, le roi posa quelques questions générales à l’ambassadeur ; elles étaient faites du ton grave et mesuré d’un oracle, et étaient passées à voix basse, de serviteur en serviteur, jusqu’à ce qu’elles arrivassent à l’interprète, qui se tenait derrière nous et nous les rendait en langue malaise , idiome dans lequel il transmettait aussi les réponses. L’entrevue dura vingt minutes environ, puis le roi se leva et se tourna comme pour partir ; alors les rideaux se fermèrent sur le trône, mus par une main invisible. Cette retraite fut suivie d’une fanfare de trompettes et d’une sauvage exclamation poussée par l’assemblée, qui, immédiatement, frappa la terre six fois avec le front, après quoi les princes et les ministres s’assirent. »

Les Siamois attachent la plus grande importance aux rites funéraires, et la seule manière honorable de disposer du mort, c’est de le brûler. Les malfaiteurs, les personnes qui meurent de mort subite ou de la variole, et les femmes sur le point de devenir mères, sont exclus de cet honneur et enterrés, parce que la manière dont ils sont morts est considérée comme une

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preuve qu’ils étaient sous le coup de la malédiction céleste. Les enfants qui meurent avant la période de la dentition, sont regardés comme trop peu de chose pour mériter pareille dépense, et les corps des indigents sont jetés à la rivière sans plus de cérémonie. Il en est qui, dans l’espoir de temps meilleurs, enterrent tout d’abord leurs amis, et, dès qu’ils le peuvent, les exhument et les brûlent.

Les personnages d’un haut rang conservent les corps de leurs parents pendant une période plus ou moins longue, selon l’éclat de leur position. A cet effet , ils les embaument d’après les procédés fort imparfaits qu’ils connaissent, ayant soin de disposer le corps dans l’attitude de la dévotion , c’est-à-dire à genoux, avec les mains jointes ramenées vers la face. Au bout du temps voulu, on le porte dans l’enceinte d’un temple, où le bûcher a été préparé sous un abri élevé de forme pyramndale. Dès que le corps approche, il est reçu par les prêtres, qui le conduisent au bûcher en disant : « Le corps est mortel ; puisse ton âme monter au ciel comme la flamme qui slélève. »

« Le cercueil avec le catafalque , « dit M. Finlayson en racontant une cérémonie funèbre dont il avait été témoin , « s’élevait au moins à une hauteur de sept pieds. Le catafalque, de forme élégante et légère, était recouvert d’un drap blanc, et un dais de même couleur, orné de fleurs naturelles de jasmin, surmontait la bière, richement dorée.

» La cérémonie commença par la lecture de certains passages des livres bali. Pendant cette lecture, la place était couverte de talapoins de tout âge qui, sans avoir l’air de prêter la moindre attention aux rites religieux, se pressaient autour de nous et nous

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examinaient avec autant de curiosité que de familiarité. La lecture achevée, les prêtres démantibulèrent cercueil et catafalque dont les draps devinrent leur profit ; puis le corps fut lavé par l’un des serviteurs laïques, >

» Le maintien des parents était grave et décent , mais on ne voyait sur aucun d’eux l’expression de la douleur, à l’exception cependant d’une seule personne qui pouvait bien passer pour conduire le deuil. C’était la fille bien-aimée du défunt. Elle était en habit de deuil, c’est-à-dire vêtue de blanc et la tête rasée. Sa douleur paraissait véritable et la vue du cadavre lui faisait verser d’abondantes larmes. — On recouvrit le catafalque de terre humide sur laquelle on dressa un monceau de qienu bois sec, puis le corps fut replacé dans la bière et porté trois fois autour du bûchei* par les parents mâles du défunt, que suivait la fille favorite en poussant de grandes lamentations. On le mit ensuite sur le bûcher, après quoi on distribua à l’assistance des bougies de cire et des torches odoriférantes, puis un prêtre mit le premier le feu à la pile en faisant une prière à haute voix. L’assemblée suivit et nous -mêmes à qui l’on avait offert des bougies en nous invitant à nous joindre aux funérailles. Aussitôt que la flamme s’éleva dans les airs, la fille du décédé se mit à distribuer de l’argent aux vieilles recluses appartenant au temple. Pendant ce temps, les hommes de la famille, rangés de chaque côté du bûcher, firent chacun un paquet d’une partie de leurs vêtements et lancèrent six fuis ces paquets au-dessus de la flamme en ayant soin de ne pas les laisser retomber à terre. Nous ne pûmes avoir l’explication de ce jeu grotesque, mais il mit fin à la cérémonie. »

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Quand le corps est entièrement consumé, on ramasse avec soin les fragments d’os et l’on en fait une pâte avec laquelle on modèle une petite statue de Bouddah qui, une fois dorée et terminée par les prêtres, est ou conservée par la famille du trépassé ou placée dans un temple.

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